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Europe, quels investissements de long terme ?

Actualité 20.03.2018

A l'occasion du Printemps de l'Economie qui se tient à Paris les 15, 20, 21, 22 et 23 mars 2018, la responsable des affaires européennes de la Caisse des Dépôts et Consignations livre son analyse sur les réalisations et l'avenir du plan Juncker.

Par Sophie Barbier, responsable des affaires européennes à la Caisse des Dépôts et Consignations

Le Plan Juncker est sans conteste un succès. Succès quantitatif puisqu'il a permis de mobiliser 265 milliards d'euros d'investissements depuis son lancement à la fin de 2015. Mais surtout succès de politique économique. Le Plan Juncker, c'est d'abord la reconnaissance de l'importance de l'investissement de long terme au niveau européen – pas de l'investissement "tout court", mais bien de l'investissement dans des projets risqués car porteurs d'externalités qui se déploient dans le temps.

Le Plan Juncker, c'est également une reconnaissance du rôle majeur des pouvoirs publics européens dans la dynamique de cet investissement de long terme – non via des dotations à fonds perdus et un dirigisme centralisateur, mais grâce à des instruments financiers qui permettent de faire levier sur les financements publics (toujours plus rares) pour attirer les financements privés (parfois trop frileux).

Le Plan Juncker, c'est enfin une nouvelle manière de mettre en œuvre les politiques européennes – en mobilisant les institutions communautaires tout en s'appuyant sur les relais nationaux que sont les investisseurs publics tels que la Caisse des Dépôts en France.

Avec le prolongement et l'extension du Plan Juncker aujourd'hui, la mise en place d'un nouveau cadre financier pluriannuel demain, il est possible de poursuivre dans cette voie et d'aller plus loin : investir dans des projets de taille plus réduite, plus risqués, encore davantage générateurs d'externalités positives. C'est un enjeu majeur pour la croissance européenne, mais c'est également un enjeu majeur pour l'avenir de l'Union européenne qui doit exister dans les territoires, au plus près des citoyens.

Dans ce contexte, quels investissements de long terme privilégier ? Sans doute des investissements dans les infrastructures sociales (logement social, éducation, santé), essentielles pour une croissance de long terme inclusive, et pourtant délaissées par les autorités publiques soumises à de fortes contraintes budgétaires et largement ignorées par les financeurs privés en raison de leur couple rendement/risque jugé peu attractif. A cet égard, le récent rapport Prodi-Sautter propose des pistes pour combler le gap d'investissement dans ce secteur aujourd'hui estimé à 150 milliards d'euros par an !

Sans doute également des investissements verts – dans la lignée de ce que préconise un autre rapport récent qui va servir de base à la Commission pour présenter son plan d'actions en la matière. Sans doute enfin, aussi, de manière plus générale, des projets de petite taille, plus risqués, car une croissance inclusive et durable est également une croissance au cœur des territoires.