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Etat des lieux des partis libéraux en Europe, par Jean Garrigues

Actualité 02.04.2012

À l'approche des élections présidentielles en France, Touteleurope.eu publie une série d'entretiens sur les familles politiques en Europe. Jean Garrigues, Professeur à l’Université d’Orléans, historien et spécialiste d'histoire politique, fait le point sur les partis libéraux.

Touteleurope.eu : Comment définir aujourd'hui les partis libéraux ?

Jean Garrigues : C'est une définition complexe, dans la mesure où un grand nombre de partis européens se réclament aujourd'hui des idées libérales. C'est en effet autour du libéralisme, économique et politique, que s'est bâtie la démocratie en Europe au début du XIXe siècle. Donc les partis qui se définissent comme libéraux ne suffisent pas à englober l'ensemble des courants dont les valeurs sont effectivement libérales, à gauche comme à droite.

 

Touteleurope.eu : Dans quels pays européens sont-ils les plus puissants ?

Jean Garrigues : Dans la plupart des grandes démocraties européennes, les partis libéraux occupent une place importante. Le principal héritage est celui du parti libéral britannique, qui a été l'un des deux principaux partis jusqu'à la première guerre mondiale. Il se définissait d'abord par son opposition aux conservateurs, et représentait donc déjà la gauche. Le parti des Démocrates-libéraux (LibDem), qui résulte de la fusion en 1988 entre le parti libéral et le parti démocrate, est aujourd’hui allié aux conservateurs.

Autre grand parti en Europe, le Freie Demokratische Partei (FDP) allemand. Celui-ci a été fondé au lendemain de la seconde guerre mondiale par Theodor Heuss. Tantôt allié aux sociaux-démocrates, tantôt aux conservateurs de la CDU, il est donc resté au centre de l'échiquier politique. Ce qui leur a d'ailleurs permis de rester au gouvernement, depuis plus de 40 ans. Ils rejoignent, voire dépassent la droite sur les questions de liberté économique, et plutôt la gauche sur les questions sociétales.

 

Touteleurope.eu : Pourquoi ne trouve-t-on pas en France de partis équivalents ?

Jean Garrigues : Cette tradition d'un parti libéral autonome, porteur d'une véritable identité politique, est beaucoup moins présente en France. Durant la Ve République, les libéraux français ont toujours intégré des coalitions de droite : c'est le cas de Démocratie libérale d'Alain Madelin, d'Alternative libérale qui a rejoint le Nouveau centre… Le projet de Valéry Giscard d'Estaing de créer, dans les années 1960-1970, une famille politique spécifiquement libérale, à mi-chemin entre les valeurs sociales de la gauche et économiques de la droite, n'a tenu qu'autour de sa personnalité.

Dès lors, on a tendance à amalgamer le libéralisme français avec les idées économiques et sociales de la droite : liberté économique, interventionnisme minimum, vertus de la responsabilité, baisse des dépenses publiques, etc. De fait, là où les partis d'inspiration marxiste ont été importants, comme en Italie et en Espagne, on peut retrouver cette identification entre libéralisme et un conservatisme économique intransigeant sur la préservation de la liberté d'entreprise. La logique libérale y a donc été déportée vers la droite.

 

Touteleurope.eu : Qu'en est-il en Europe centrale et orientale ?

Jean Garrigues : Les valeurs libérales y sont constitutives des nouvelles démocraties, sans qu'elles ne soient à l'origine de partis libéraux dénommés comme tels. A la fois dans la nécessité de rupture avec les sociétés "illibérales" communistes, et de course en avant vers le libéralisme économique. Ces partis sont aujourd'hui en concurrence avec, d'un côté, la résurgence de partis nationalistes plus ou moins autoritaires comme en Hongrie, de l'autre les partis héritiers du communisme.

 

Touteleurope.eu : Existe-t-il une vision de l'Europe partagée par les partis libéraux ?

Jean Garrigues : Il y a un tropisme européiste dans cette famille libérale. Dans l'ensemble, ce sont des Européens convaincus, partisans de l'intégration politique européenne, voire d'une gouvernance fédérale européenne. Le principe du libre-échange y est évidemment prédominant. L'idée d'Europe est donc un point commun à toutes ces familles libérales, qu'elles se nomment comme telles ou non. Or c'est une idée de plus en plus remise en cause, chez les extrêmes mais aussi au sein des formations plus modérées de la droite et de la gauche.

 

 

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