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Entre rigueur et relance, le cœur du G20 balance

Actualité 28.06.2010

Priorité à la croissance ! C’est le message qu’a voulu faire passer le G20 réuni ce week-end à Toronto. Un objectif que personne ne remet en cause, mais qui divise quant aux moyens d’y parvenir. Or sur ce point, les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pas tranché. Doit-on pour autant le regretter ?

Austérité ou relance ? Personne n’espérait vraiment que les 20 premières économies du monde allaient tomber d’accord sur cette question qui les oppose fondamentalement depuis que les Européens ont pris le virage de la rigueur.

Sans surprise, le communiqué publié à l’issue du G20 laisse toute latitude aux uns et aux autres pour poursuivre leurs politiques : il encourage une consolidation des budgets tout en mettant en garde contre une austérité généralisée. En pratique, les Etats-Unis pourront mener à bien leur politique de relance, et les Européens leurs coupes budgétaires.

Personne ne s’attendait non plus à ce que  la taxe bancaire prônée par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni remporte l’adhésion au G20. Elle se retrouve tout de même mentionnée dans le texte final, sous l’expression "levier financier". "Le G20 reconnaît la légitimité de la taxe, c’est déjà bien !" insiste Paris, qui compte la mettre en œuvre quoi qu’il arrive.

Ainsi, c’est un texte consensuel qui prend acte des approches de chacun sans trancher pour une méthode commune, éloignant ce sommet de ses prédécesseurs qui avaient vu les Etats opposer un front plus franchement uni face à la crise. Ce qui ne signe pas pour autant l’échec de cette réunion, pour le chef de l’Etat français.

"Les temps étant plus apaisés, il est normal qu'on rentre dans des G20 à connotation moins dramatique", a fait valoir Nicolas Sarkozy. "On ne peut pas prendre des décisions historiques à chaque fois, mais chaque fois c'est important de discuter", a ajouté le président qui avait annoncé un "sommet de transition".

Converger à tout prix ?

Qu’il n’y ait pas d’unification dans l’approche n’est pas forcément à déplorer. Jusqu’ici, le G20 s’était imposé comme une instance de décisions relativement activiste. Un comportement qu’imposait la crise, plus qu’une tendance durable pour les 20 pays les plus industrialisés.

Les pays auraient-il, dès lors, "décidé de ne rien décider" selon les mots d’Elie Cohen, interrogé sur France Culture ? Pour lui, espérer du G20 qu’en sorte des mesures communes à tous est un trompe l’œil.

Comme l’a rappelé dimanche le président américain Barack Obama, les situations divergent largement d’un pays à l’autre. La crise de l’euro et la défiance qu’elle inspire aux marchés vis-à-vis de l’Europe rend nécessaire aux yeux des Européens de donner la priorité au redressement de leurs finances publiques.

Si croissance il y a, c’est par le retour de la confiance qu’elle passera, soutiennent-ils. Au contraire, la croissance, repartie aux Etats-Unis, semble valider la politique de relance américaine. L’erreur serait de s’engager de concert sur une voie qui ignore les spécificités régionales : bien que l’économie soit mondialisée, les différences entre les systèmes et les situations persistent.

Concernant le secteur bancaire, par exemple, le sauvetage des banques n’a pas pesé d’un même poids sur toutes les économies mondiales. Les banques ont très différemment souffert d’un pays à l’autre, et certaines banques ont traversé la crise sans heurt et surtout sans appeler à l’aide le contribuable. Cela a expliqué l’opposition de nombreux Etats à la proposition de taxer les banques.

Ce qui est important, a souligné Pierre Lellouche, c’est que soit acté le principe de participation des banques à l’effort consenti par les Etats qui les ont aidées à faire face à la crise. Que cela soit par une taxe ou par d’autres leviers, et que cela ne s’applique pas aux banques qui s’en sont sorties seules, n’est pas synonyme d’échec.

Pour Dominique Straus-Kahn, patron du FMI, c’est le sens que devrait prendre la gouvernance mondiale, plutôt que chacun tente de convaincre les autres de marcher dans son sens. "Se fixer un objectif commun est une idée intéressante, mais simplifie trop le problème", explique-t-il. La mission de l’institution serait au contraire de s’assurer que chaque Etat poursuive les "politiques adéquates" compte tenu de sa situation particulière.

 




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