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Entre représentations collectives et intérêts objectifs, le poids du national s’impose

Actualité 20.05.2010

À la lumière des développements inquiétants des dernières semaines sur la crise financière grecque et ses conséquences sur l'ensemble de la zone euro, cette analyse de Luis Bouza Garcia, en conclusion du n° 15 de Regards croisés, mis en ligne le 31 mars 2010 sur arte.tv, n'a rien perdu de son acuité. Au contraire.

L'Europe en débat



Le blog L'Europe en débat, lancé en octobre 2007, est le fruit d'un partenariat  entre ARTE et le Collège d'Europe
D'octobre à décembre, une équipe du Collège d'Europe a planché depuis le campus de Bruges (Belgique) et celui de Natolin (Pologne) sur le thème de l'énergie, avec en ligne de mire la conférence de Copenhague sur le climat. Titre de leur dossier : Énergie, politique, lobbies et environnement. Pays étudiés : Allemagne, Espagne, Finlande, France, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Suède.

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Du Conseil européen des 25 et 26 mars, on retiendra surtout le plan pour soutenir le redressement budgétaire de la Grèce.

Le gouvernement grec attendait, en contrepartie de ses mesures d’austérité, une déclaration politique forte des membres de la zone euro lui permettant d’afficher la solidarité européenne face aux marchés afin de réduire la facture salée des taux d’intérêt de sa dette publique.

Le Premier ministre grec, Georges Papandréou, considérait que, à partir du moment où son pays appartient à la zone euro et qu’il vient de faire des sacrifices pour le rester, il pouvait prétendre profiter d’un coût d’endettement plus proche de celui de l’Allemagne.

L’Europe profite au plus grand nombre : les seuls groupes sociaux ayant été clairement lésés par l’intégration européenne sont les employés de bureau de change et les douaniers.

Ceci est dû à la nature de la méthode communautaire, qui permet à tous les intérêts d’être représentés à différents moments du processus de prise de décision.

Pourtant, des déséquilibres sectoriels restent possibles : Davide Bradanini nous a rappelé que la réalisation d’une politique monétaire commune contrôlée par une autorité indépendante vouée à éviter l’inflation sans une politique budgétaire ni économique a bénéficié aux intérêts du capital sur ceux du travail au sens plus large.

Ces tendances, couplées avec le passage à la vitesse de croisière de la mondialisation, ont bousculé les buts de l’intégration par le marché, dont on attendait qu’elle puisse tirer les situations socio-économiques vers le haut. Rien n’était joué d’avance : pendant les années 90, le social semblait être le prochain but à atteindre par l’intégration européenne.

Pour autant, ce serait une erreur de ramener tout aux "ravages du néolibéralisme". Il faut aussi, et peut-être d’abord, évoquer le poids des intérêts nationaux. Les opinions publiques ne sont pas prêtes à transférer plus de pouvoirs vers Bruxelles, et surtout pas dans le domaine économique et budgétaire.

La création d’un impôt européen, qui conforterait la citoyenneté européenne en accompagnant les droits et libertés d’obligations, serait la meilleure façon de se mettre les opinions publiques à dos. Si les peurs liées a la concurrence et au dumping fiscal entre États membres, se sont révélées exagérées, la crise grecque nous rappelle surtout que les États ne sont pas prêts a créer des transferts financiers pouvant servir à aider les régions et les pays mis à mal par la perte de l’instrument de la dévaluation monétaire face aux crises.

Par ailleurs, dans la même mesure où les pays contributeurs nets au budget ont tout intérêt à maintenir la manne budgétaire qui se déverse sur les économies moins avancées, dont l’effet modernisateur favorise leurs exportations vers ces pays, ils auraient intérêt aussi à garantir la stabilité de la zone euro "en mettant la main à la poche".

Mais, comme l'a mis au jour le  jeune Karl Marx en étudiant la notion d’idéologie, les représentations collectives ne sont pas étrangères à la concurrence des intérêts et peuvent empêcher un groupe ou tout un pays de saisir clairement le sens de ses intérêts.

Ce qui donne l’idée que l’argent du contribuable allemand ne doit pas être dépensé sur les rives de la mer Égée : aux Grecs d'assumer leurs erreurs. Il y a surtout de la part des États la volonté de conserver cette véritable fabrique du lien social qu’est le budget de l’État au niveau national : après la professionnalisation de la plupart des armées européennes, la sécurité sociale et l’éducation nationale restent les véritables creusets de la citoyenneté.

Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas que les chefs d’État et de gouvernement n’aient pas trouvé opportun de dépenser leur énergie et une part de leur capital politique à repenser la stratégie économique de l’Europe d’ici 2020.

Les conclusions du Conseil ont beau parler du gouvernement économique, la méthode de pilotage de cette stratégie n’a pas été revue, à la lumière de l'échec de la stratégie de Lisbonne. On peut d’ailleurs regretter, comme le fait Anne-Sophie Michel, le fait que l’inclusion sociale, remède à l'exclusion, ne soit plus au cœur de cette stratégie.


Luis Bouza Garcia

 

Conclusions de Regards Croisés n°15, "A qui profite l'Europe ? Identités, classes sociales, représentations" - partenariat Arte-Collège d'Europe

     



Source

Regards croisés n°15 : A qui profite l'Europe ?

L'Europe en débat - Partenariat Arte-Collège d'Europe


En savoir plus

Conclusions du Conseil européen des 25 et 26 mars 2010 [pdf] - Conseil européen

Déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro [pdf] - 25/03/10 - Conseil européen

Les interventions de l’UE au niveau national : quel impact ? par Yves Bertoncini [pdf] - Notre europe