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En direct du Parlement européen : Prix Sakharov, Conseil européen, candidature de Tajani, adieux de Martin Schulz…

Actualité 14.12.2016

Pour cette dernière session plénière de l’année, c’est dans un climat tendu et grave que les députés européens se sont réunis à Strasbourg. Une fin d’année 2016 particulièrement difficile avec de nombreux dossiers épineux, un changement de présidence à l’horizon et une actualité dramatique en Syrie… Les sujets sur la table étaient nombreux pour les députés qui remettaient lors de cette session le Prix Sakharov. Décerné à deux jeunes Yézidies survivantes de Daech, la cérémonie aura particulièrement ému l’hémicycle cette année. "Je suis fier de présider ma dernière conférence de presse en présence de ces deux femmes fortes", a lancé mardi 13 décembre Martin Schulz ému.

Nadia Murad et Lamiya Aji Bashar, lauréates du prix Sakharov 2016

Un courage et une détermination saluée par les députés européens

"Depuis le début de mon mandat en 2009, je n’avais jamais vécu un tel événement au sein de l’hémicycle". A l’instar d’Arnaud Danjean, eurodéputé membre des Républicains, c’est avec beaucoup d’émotion que la plupart des députés européens ont assisté à la remise du Prix Sakharov 2016 . Vêtues de leur tenue traditionnelle, Nadia Mourad Bassi Taha et Lamiya Aji Bachar, deux jeunes Yézidies survivantes de Daesh, ont raconté leur histoire. "Daech et les extrémistes sont arrivés dans notre village en août 2014 pour supprimer toute présence des Yézidis. Ils ne nous ont laissé qu’un seul choix : se convertir ou mourir", a expliqué Nadia Mourad, rappelant que tous les hommes de Kocho, son village natal en Irak, avaient été massacrés. "Il n’y a aucun doute sur le fait que Daech a commis un génocide de masse. Ce génocide ne consiste pas seulement à tuer, mais aussi à réduire de manière systématique les femmes en esclavage et à prendre les enfants", a-t-elle ajouté.

Devant les députés, les deux jeunes femmes, qui ont trouvé refuge en Allemagne, ont demandé la poursuite des auteurs de ces atrocités. Elles ont également plaidé pour la mise en place de zones protégées dans leur pays afin de protéger les Yézidis et d’autres communautés en danger. Sujet largement commenté par la suite par les eurodéputés, Nadia Mourad et Lamiya Aji Bachar ont évoqué le rôle que pourrait avoir l’Europe dans l’accueil et la réinstallation de la communauté yézidie. "L'Europe est un symbole d’humanité et prouve aujourd’hui qu’elle l’est bel et bien. L’Europe doit rester un modèle pour le monde, un modèle de coexistence des peuples et des cultures", a souligné Nadia Mourad.

Devant des députés particulièrement impressionnés par les deux jeunes filles, Martin Schulz a souligné leur courage. "Vous avez survécu à la captivité, à des atrocités inouïes et à l'exil. Vous avez vaincu la peur et la douleur. Vous avez finalement trouvé refuge et protection en Europe, mais vous ne vous êtes pas arrêtées là. Vous vous êtes levées dignement afin de lutter pour ceux que vous avez laissés derrière vous, pour la justice et contre l'impunité". Le président du Parlement a appelé la Cour pénale internationale à mener des enquêtes sur les crimes contre l’humanité perpétrés par l'auto-proclamé État islamique, avant de rappeler que l’Europe avait le devoir de protéger les populations persécutées : "Nous, la communauté démocratique, qui vivons dans des régions du monde plus prospères, nous ne leur offrons pas de protection. C’est une honte, c’est insupportable", a-t-il déclaré sous les applaudissements des députés.

Martin Schulz a aussi salué l’engagement pour la défense des droits de l’homme du journaliste turc Can Dündar et du chef de file des Tatars Moustafa Djemilev, finalistes du Prix Sakharov et également présents.

Enfin à la fin de la cérémonie, le président a salué la présence du petit frère de Lamiya Aji Bachar, qui avait retrouvé sa sœur la veille de la remise du prix, après 18 mois passés dans un camp.

Syrie, Russie, crise migratoire, Brexit : le Conseil européen du 15 décembre est lancé

Quelques heures avant le Conseil européen qui aura lieu à Bruxelles le 15 décembre, les députés européens ont abordé les principaux sujets à l’ordre du jour de cette rencontre entre les dirigeants européens.

Les présidents des groupes politiques ont débattu des moyens de remédier à la tragédie qui se déroule à Alep. "Alep, c’est l’enfer sur terre. Nous devons agir maintenant pour fournir une aide humanitaire et débattre de l’accueil des réfugiés. M. Poutine a du sang sur les mains et la prolongation des sanctions à l’encontre de la Russie est le bon message à envoyer", a lancé le président Parti populaire européen (PPE, centre-droit) Manfred Weber. Guy Verhofstadt, chef de file des libéraux (ADLE), a quant à lui exhorté les États membres à imposer des sanctions au régime d’Assad, à la Russie et à l’Iran, et à combiner les multiples structures de coopération dans le domaine de la défense.

Ce dernier, qui est candidat pour remplacer Martin Schulz à partir du mois de janvier à la présidence du Parlement, a été critiqué dans l’hémicycle pour cumuler trop de fonctions dont celle de négociateur pour le Brexit. Des critiques qui n’ont nullement atteint le député belge qui a par ailleurs averti le Conseil de ne pas débuter les négociations sur le Brexit sans impliquer le Parlement européen dès le début.

Jean-Claude Juncker a, pour sa part, demandé davantage de soutien pour l’Italie en matière de gestion des migrations et a rappelé aux États membres la nécessité de doubler le Fonds d’investissement extérieur de 44 milliards d’euros, afin de contribuer à la lutte contre les causes profondes de la migration.

Autre sujet d’actualité particulièrement commenté, l’Europe de la défense qui sera à l’ordre du jour du Conseil européen. Le président de la Commission européenne qui s’est donné un an en septembre 2016, lors du Sommet de Bratislava, pour relancer l’Europe de la défense a déclaré que les pays de l’UE devaient faire preuve d’ambition en créant l’Union de la défense, en mettant en commun les équipements, en harmonisant les normes et en élaborant une base commune pour la recherche et l’industrie.

Antonio Tajani (à gauche)

Antonio Tajani (à gauche)

 

Lancement de la campagne pour l’élection du président du Parlement européen

Très attendu, le nom du candidat représentant le PPE pour la présidence du Parlement européen a été désigné mardi 13 novembre lors d’un vote à bulletin secret. Pourtant loin d’être favori, c’est finalement l’Italien Antonio Tajani, ancien commissaire européen sous Barroso (2008-2014), qui l’a emporté haut la main et entre dans la course, battant notamment le Français Alain Lamassoure. "Le résultat est très clair", a déclaré le président de groupe PPE Manfred Weber. "Nous sommes convaincus d’avoir un candidat fort. En tant que groupe du PPE, nous voulons continuer à construire des ponts avec les autres groupes politiques, c’est la démarche qui va nous animer dans les années à venir". L'eurodéputé allemand a rappelé que, selon l’accord conclu lors de la nomination de Martin Schulz, le poste devait maintenant revenir à un élu de centre-droit.

"C’est ici ma maison, je suis arrivé en 1994. Mais par la suite même quand je suis devenu commissaire européen, j’ai toujours donné beaucoup d’importance au travail du Parlement européen", a déclaré Antonio Tajani. Au sujet d’un éventuel accord avec le groupe de Marine Le Pen, le candidat a répondu : "Je suis le candidat du PPE, pas d’un autre groupe politique".

Pour l’instant, trois autres candidats sont en lice. Le président du groupe des socialistes et démocrates (S&D) Gianni Pittella, qui a annoncé la couleur : "nous avons besoin d’une diversité des positions politiques, qui donnent leur richesse à la démocratie. La coopération structurée de ces deux dernières années et demies est terminée", ainsi que les Belges Guy Verhofstadt (ADLE) et Helga Stevens (ECR, droite souverainiste).

Lors d’une courte allocution en guise d’adieux, Martin Schulz a quant à lui dressé le bilan de ses cinq années en tant que président du Parlement. "Je voulais rendre le Parlement européen plus visible, plus audible et plus influent. Cinq ans plus tard, je peux dire que nous avons réussi ensemble ce pari : le Parlement est maintenant plus visible, plus audible et plus influent que jamais". Le président sortant, qui entend désormais jouer un rôle politique important dans son pays, a cependant averti : "Cette démocratie transnationale est maintenant en grand danger. Partout sur notre continent, les porteurs de division et les ultranationalistes font de nouveau recette".

Par ailleurs, Ska Keller et Philippe Lamberts ont été élus coprésidents du groupe Les Verts/ALE pour la deuxième moitié de la législature, soit jusqu'aux prochaines élections européennes, en juin 2019. Contrairement à tous les autres groupes politiques du Parlement européen, la présidence du groupe des Verts/ALE est bicéphale et la parité homme-femme y est assurée.

 

Par Alexandra Lesur