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En direct du Parlement européen : accord sur le climat, succession de Martin Schulz, droit des femmes en Pologne…

Actualité 06.10.2016

Au cœur de l’intense rentrée politique et législative européenne, la session plénière du Parlement européen de début octobre (3-6 octobre) – à laquelle Toute l’Europe a assisté – affichait un programme assez terne. Mais derrière l’ordre du jour : une ratification inattendue de l’accord de Paris sur le climat, une succession de Martin Schulz à la tête du Parlement qui se lance, ou encore un débat sur la Pologne bien embarrassant.

Martin Schulz et Ban Ki-moon, au Parlement européen le 4 octobre 2016

L’Europe ne rate pas le wagon de la ratification de l’accord sur le climat

Heureusement, la ratification soudaine des accords de Paris sur le climat par les Européens est venue apporter un brin d’effervescence. Grâce à cette nouvelle étape, le seuil de 55% des pays représentant au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet serre, nécessaire pour la validation de l’accord, va pouvoir être atteint avant le début de la COP22 à Marrakech (Maroc), le 7 novembre prochain.

Tout sourire, Martin Schulz, président du Parlement européen, a accueilli dans l’hémicycle Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, accompagné de Ségolène Royal, présidente de la COP21 en remplacement de Laurent Fabius, parti au Conseil constitutionnel. Ovation nourrie et peu de suspense évidemment au moment du vote : il n’y eut guère que les europhobes pour se prononcer contre, certainement au nom de leur rejet inconditionnel de tout accord international. "Il n’y a que des nazis ou des fascistes" pour agir de la sorte, s’emportera plus tard un membre de la délégation des socialistes français.

Que ce soit dans l’hémicycle ou en conférence de presse toutefois, les discours furent résolument convenus, tout juste égayés par Guy Verhofstadt, le patron des libéraux européens, prompt à apostropher Mme Royal en public sur sa convocation prochaine devant la commission d’enquête du Parlement européen dédiée au Dieselgate. Ou encore par Jean-Claude Juncker, à l’ironie retrouvée après un crépusculaire discours sur l’Etat de l’Union. Rappelant qu’il était souvent considéré comme le père des turpitudes de l’Europe, il n’a pas boudé son plaisir à être aujourd’hui associé à la "paternité du succès" de la ratification de l’accord sur le climat.

Alain Lamassoure peut-il remplacer Martin Schulz à la présidence du Parlement ?

Si l’ambiance au Parlement européen est donc restée globalement feutrée durant cette première session d’octobre – une seconde est prévue du 24 au 27 octobre – l’agitation commence toutefois à grimper concernant la succession de Martin Schulz à la tête de l’institution. L’actuel président du Parlement européen est en poste depuis 5 ans, un record, et son deuxième mandat de deux ans et demi arrive à son terme en décembre. Muet sur la possibilité de se porter candidat à sa propre succession, le social-démocrate allemand considérerait également un retour dans le jeu politique national. Les socialistes et démocrates européens seraient bien entendu susceptibles de le soutenir, même s’ils sont nombreux, dans son camp, à faire valoir leur frustration quant à "l’accord de coalition" passé en début de mandature avec les conservateurs. La délégation socialiste française apparaît à cet égard tout à fait divisée.

En parallèle, le Parti populaire européen (PPE), groupe politique dont Les Républicains sont membres, se prépare. Faisant valoir le deal passé avec M. Schulz en 2014 selon lequel il quittera le "perchoir" en décembre prochain, la droite européenne ne veut pas croire à la candidature d’un socialiste. Futur ex-chef de la délégation française des Républicains, Alain Lamassoure (voir photo ci-dessous), proche d’Alain Juppé, s’est montré intéressé par la présidence du Parlement européen, sans officialiser sa candidature. "Si je suis candidat puis élu, je resterai à ce poste jusqu’en 2019", a toutefois assuré M. Lamassoure, excluant ainsi de rejoindre le gouvernement en cas de victoire du maire de Bordeaux à l’élection présidentielle.

Alain Lamassoure


La guerre de succession est appelée à être courte : le nom du prochain président du Parlement européen doit être annoncé en décembre. Mais cette dernière pourrait par contre être âpre. Les socialistes et démocrates européens ont d’ores et déjà fait valoir leur refus de voir les trois institutions européennes être présidées en même temps par des conservateurs.

Embarrassante Pologne

Sujet régulièrement abordé par le Parlement européen, le cas de la Pologne et de ses entorses aux droits civils a également fait l’objet d’un nouveau débat cette semaine à Strasbourg. La volonté du gouvernement polonais ultraconservateur d’annuler tous les motifs – déjà fort restreints – d’avortement a suscité l’embarras de la plupart des groupes politiques. Les socialistes et démocrates n’ont en effet pas rejoint la motion de la gauche radicale européenne, demandant un vote sur cette question, en raison du refus de certaines délégations d’Europe orientale et méditerranéenne. Les socialistes français n’ont donc pu faire part que de leur indignation face à un projet de loi (finalement rejeté jeudi 6 octobre par le Parlement polonais), que Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen et membre de la commission des Libertés, a jugé "rétrograde".

"Rétrograde", un terme également utilisé par la délégation des Républicains, qui a aussi qualifié la volonté du gouvernement polonais de "provocante" et de "barbare". Ne cachant pas sa "gêne" vis-à-vis de ces sujets relevant de la politique nationale des Etats membres, Alain Lamassoure a fait valoir le principe de subsidiarité pour justifier le refus persistant de sa famille politique de se prononcer sur ces questions.

Barroso, Kroes et Hedegaard plombent l’Europe

Enfin, les cas Barroso, Kroes et désormais Hedegaard continuent de hanter de nombreuses discussions européennes. L’incompréhension domine ainsi les rangs des socialistes ou encore des écologistes, ces derniers se demandant pourquoi Jean-Claude Juncker, actuel président de la Commission européenne ne réagit pas plus fermement.

"Ça nous plombe" a résumé Virginie Rozière, eurodéputée du Parti radical de gauche, qui est allée jusqu’à suggérer de saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour traiter de l’arrivée de l’ancien président de la Commission chez Goldman Sachs, du lien de son ancienne commissaire à la Concurrence avec les Bahamas Leaks et de l’arrivée de son ancienne commissaire au Climat au "Conseil international de la durabilité" de Volkswagen.