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Elections législatives en Finlande le 17 avril 2011

Actualité 06.04.2011

Dimanche 17 avril, un peu plus de quatre millions d'habitants de la Finlande vont voter pour les élections législatives. Corinne Deloy présente la situation politique en Finlande dans cette note réalisée pour la Fondation Robert Schuman.


Un peu plus de 4 millions de Finlandais sont conviés aux urnes le 17 avril prochain pour renouveler les 200 membres de l’Eduskunta/Riksdag, chambre unique du Parlement. 2 200 personnes sont candidates à ce scrutin. Au total, 38 députés sortants – +11 par rapport au scrutin législatif du 18 mars 2007 – ont choisi de ne pas se représenter. L’économie et l’immigration devraient être les principaux thèmes de la campagne électorale à venir. Mais la question qui figure au coeur du scrutin est indéniablement celle qui porte sur le résultat que réaliseront les "Vrais Finlandais". Après la Hongrie et les Pays-Bas, la Finlande sera-t-elle le prochain pays à voir un parti populiste réaliser une percée électorale, voire, après l’Autriche et la Slovaquie, être en mesure d’entrer au gouvernement ?

Faut-il avoir peur des "Vrais Finlandais" ?


1. Une percée attendue

Crédités actuellement d’environ 15% des suffrages par les dernières enquêtes d’opinion, le parti populiste des "Vrais Finlandais" devrait en effet réaliser une percée électorale le 17 avril. Leur leader Timo Soini affirme pouvoir remporter 15 sièges au Parlement, soit +10 qu’actuellement. Ce résultat (en hausse constante depuis le début de l’année 2010) devrait permettre à son parti de participer aux négociations pour la formation du prochain gouvernement. Timo Soini s’est déclaré intéressé par les portefeuilles de l’Economie, de l’Emploi, de l’Intérieur et de la Défense. "Le sens et l’objectif d’un parti politique sont d’entrer au gouvernement pour exercer le pouvoir. C’est aussi notre but" a-t-il déclaré.

Hormis les Verts, Timo Soini se dit prêt à coopérer avec tous les partis politiques. "Les sociaux-démocrates, le Rassemblement conservateur et le Parti du centre sont de possibles partenaires de gouvernement, je n’ai pas de préférence» a-t-il indiqué. Il a cependant posé une condition à l’éventuelle participation de son parti au gouvernement : l’abandon de l’inscription dans la Constitution d’un article faisant mention du fait que la Finlande est membre de l’Union européenne (le texte vient d’être approuvé par le Parlement par 144 voix contre 26 mais doit encore être voté par la majorité des 2/3 du prochain Parlement pour être définitivement adopté). "L’appartenance à l’Union européenne ne doit pas être protégée par la Constitution" répète Timo Soini. Cette condition pourrait s’avérer un obstacle sérieux : la réforme constitutionnelle fait l’objet d’un consensus parmi les partis politiques finlandais.

L’idée du cordon sanitaire (alliance des partis de gouvernement dans le but d’empêcher un parti extrémiste d’arriver au pouvoir) n’existe pas en Finlande. "Les Vrais Finlandais pourront participer au prochain gouvernement comme le Parti social-démocrate et le Parti du centre" a déclaré Jyrki Katainen, leader du Rassemblement conservateur et actuel ministre des Finances. La Premier ministre Mari Kiviniemi a également indiqué le 3 mars dernier qu’elle était "prête à coopérer au gouvernement avec n’importe quel parti politique avec lequel elle trouve une entente sur un programme gouvernemental" et qu’elle "n’excluait pas la coopération avec les Vrais Finlandais". Le Parti rural (SMP), dont sont issus les "Vrais Finlandais", a d’ailleurs participé aux gouvernements finlandais entre 1983 et 1990. Les électeurs des "Vrais Finlandais" se montrent divisés quant au parti avec lequel ils préfèreraient gouverner : 48% plébiscitent une alliance avec le Parti du centre et 49% avec le Parti social-démocrate selon une enquête d’opinion.

Autre signe de la reconnaissance dont jouit le parti : le 31 mars prochain, Timo Soini sera invité à participer au débat télévisé pré-électoral, jusqu’alors réservé aux trois "grands" partis, organisé par la chaîne nationale Yle.

2. Qui sont réellement les "Vrais Finlandais" ?

Le parti est indéniablement populiste : critique des élites considérées comme incompétentes, corrompues et sourdes aux problèmes du peuple ; remise en cause de la représentation comme des corps intermédiaires et exaltation du peuple ; valorisation de la dimension nationale et hostilité à l’égard de l’Union européenne et de la mondialisation ; volonté farouche de restreindre (ou de stopper) l’immigration en provenance des pays pauvres, et refus d’une société multiethnique dénoncée comme la cause des dysfonctionnements sociaux. Les "Vrais Finlandais" ont prospéré sur les scandales de financement des partis politiques, la dénonciation de la politique européenne du gouvernement (notamment en ce qui concerne l’aide accordée à la Grèce et à l’Irlande) et sur la question de l’immigration. Ils ont voté contre le financement par Helsinki des plans d’aide à la Grèce, imités d’ailleurs par le Parti social-démocrate, pourtant traditionnellement très pro-européen. Le parti de Timo Soini demande qu’Helsinki diminue sa contribution à l’Union, appose son veto sur toute augmentation du montant de l’actuel Fonds européen de stabilisation financière (FESF) et souhaite créer une zone euro "réservée" aux Etat membres notés AAA par les agences de notation (par exemple la Finlande ou l’Allemagne). Timo Soini veut exclure les pays de la partie méridionale de l’Union européenne de l’Union économique et monétaire (UEM). "La coopération, oui, mais créer un Etat fédéral ou des Etats-Unis d’Europe, jamais. Je ne voterai jamais en faveur du sauvetage d’un Etat" a-t-il déclaré.

Les "Vrais Finlandais" sont un "parti ouvrier sans le socialisme" mêlant un programme économique de gauche à une politique sociale d’extrême droite. A l’Eduskunta/Riksdag, ils siègent d’ailleurs au centre, placés entre les Verts et le Parti du centre. Si partout en Europe, les partis populistes ont bien compris la nécessité de tenir un discours à la fois social et protectionniste et de s’affirmer comme les défenseurs d’un Etat providence fort, ce positionnement n’est pas nouveau chez les "Vrais Finlandais" qui, dans la lignée du Parti rural de Veikko Vennamo (appelé le Parti des oubliés) dont ils sont issus, ont toujours défendu les petits, les chômeurs, les ouvriers, les laissés pour compte, les mères célibataires ou les petits entrepreneurs. Ils prônent un Etat providence fort, seul capable selon elle d’assurer la sécurité économique des citoyens les plus faibles. Au début des années 2000, les "Vrais Finlandais" accusaient déjà les forces de gauche d’avoir abandonné les citoyens les plus vulnérables et se battaient en faveur d’une forte réduction de l’impôt sur le revenu pour les plus bas salaires, considérant que l’augmentation du pouvoir d’achat des plus pauvres permettrait de réduire à moyen terme le recours aux aides sociales. Leur ancêtre, le Parti rural, était déjà qualifié de "parti de gauche non socialiste". Dénonçant l’immigration vue comme une menace pesant à la fois sur l’identité et sur la prospérité du pays d’accueil, les "Vrais Finlandais" proposent de réserver la protection sociale aux seuls nationaux et demandent une diminution des aides sociales accordées aux étrangers. "Un étranger muni d’un permis de séjour n’est pas comparable à un Finlandais" a déclaré Timo Soini.

Opposés au mariage entre personnes du même sexe ou à l’adoption par des couples homosexuels, le parti populiste défend la famille traditionnelle, proche en cela du parti chrétien-démocrate avec lequel il avait d’ailleurs fait alliance aux dernières élections européennes le 7 juin 2009. Les "Vrais Finlandais" se sont ainsi opposés aux Verts sur la question des droits des homosexuels qui a fait l’objet d’un débat public à l’automne 2010.

Le programme électoral des "Vrais Finlandais", rédigé par un groupe de 14 personnes présidé par Vesa-Matti Saarakkala, prône la défense de la culture "homogène" finlandaise (la "finlandité"). "Les Vrais Finlandais ont été les meilleurs pour transformer le scepticisme de l’opinion quant à la question de l’immigration en soutien populaire mais ils ne sont pas les seuls à avoir tenu des discours remettant en cause l’accueil de populations venus de l’étranger" déclare l’analyste politique Jussi Foerbom.

Le parti fait de la présence des réfugiés somaliens (au nombre d’environ 10 000) l’une des questions centrales du débat politique. Il refuse cependant d’être qualifié de raciste alors qu’il rappelle que les immigrés doivent respecter les lois du pays où ils vivent. "Je me sens vraiment offensé lorsque mon parti ou moi sommes qualifiés de racistes. C’est un jugement injuste et qui va à l’encontre de ce en quoi je crois" affirme Timo Soini. La Finlande a longtemps été très homogène, accueillant des immigrés venus de pays proches (Suède, Estonie). Le pays compte dorénavant 155 000 personnes nées à l’étranger, soit 3% de sa population totale, la proportion la plus faible de l’ensemble des
pays européens.

"Le vote en faveur des Vrais Finlandais est un vote de protestation. Les partis de gouvernement paraissent déconnectés des réalités. Les gens veulent que quelqu’un les écoute et les prenne au sérieux" indique le professeur de sociologie, Risto Heiskala. Les "Vrais Finlandais" ne s’inscrivent pas dans la tradition d’extrême droite que représentent par exemple le Parti libéral autrichien (FPÖ) ou le Front national français (FN). Si la personnalité de Timo Soini est un élément important du succès de son parti (dont peu de cadres sont connus du grand public), l’homme n’est pas non plus un leader comparable à Jörg Haider, Jean-Marie Le Pen ou Geert Wilders (Parti de la liberté, PVV) aux Pays-Bas. Les "Vrais Finlandais" ne partagent pas non plus le rejet de l’islam de ce dernier. "Comparés à l’extrême droite européenne, la rhétorique du parti est beaucoup plus conciliatrice" affirme Miikka Pyykkonon, professeur à l’université Jyvaeskylae.

Les "Vrais Finlandais" attirent les électeurs de l’ensemble des autres partis politiques. Selon Jari Pajunen,  directeur de recherche à l’institut Taloustutkimus, sur 100 électeurs des "Vrais Finlandais", 50 ont déjà voté pour ce parti, 10 sont d’anciens électeurs du Parti du centre, 10 d’anciens Sociaux-démocrates, 8 du Rassemblement conservateur, 5 de l’Alliance des gauches et 17 ne s’étaient jusqu’alors jamais rendus aux urnes. Les 2/3 de ses électeurs sont des hommes peu diplômés, victimes des fermetures d’usines et des licenciements consécutifs à la crise économique.

3. Une irrésistible ascension ?

La percée des "Vrais Finlandais" a constitué l’événement des dernières élections locales le 26 octobre 2008. Le parti populiste a recueilli 5,4% des suffrages (et 442 conseillers locaux) mais 10% des suffrages (+ 9 par rapport au précédent scrutin) à Vantaa, ville de la banlieue d’Helsinki et 6 élus. Ils ont également remporté 4 sièges de conseillers à Helsinski. "Le cauchemar est maintenant arrivé chez nous" analysait à l’époque le politologue Tuomo Martikainen, qui ajoutait "les gens sont insatisfaits et déplorent que certains problèmes graves ne soient pas résolus". "La xénophobie est désormais organisée en Finlande" affirme Pasi Saukkonen, chercheur de la Fondation pour la politique culturelle, ajoutant que la Finlande a longtemps constitué une anomalie en Europe en raison de la faiblesse de son extrême droite.

Le parti populiste a confirmé son résultat lors des élections européennes du 7 juin 2009 où il a recueilli 9,8% des suffrages devenant ainsi le 4e parti de Finlande. Comme cela avait été le cas aux élections locales, Timo Soini est le candidat à avoir recueilli le plus grand nombre de voix sur son nom à ce scrutin.

L’affaire du scandale du financement des partis politiques et la chute de Matti Vanhanen

     

Créée en 1991, après la chute du mur de Berlin, reconnue d'utilité publique, la Fondation Robert Schuman  œuvre en faveur de la construction européenne. Centre de recherche de référence, elle est établie à Paris et à Bruxelles. Elle s'est donnée pour principale mission de garder vivants l'esprit et l'inspiration d'un des "Pères de l'Europe", Robert Schuman et de promouvoir les valeurs et les idéaux européens à l'intérieur comme hors des frontières de l'Union.


L’affaire sur le financement des partis politiques a abouti à la démission du Premier ministre (2003-2010) Matti Vanhanen (KESK) en juin 2010. Elle a débuté en avril 2008 lorsque les médias ont révélé que des hommes d’affaires (constructeurs de grandes surfaces commerciales ou industrielles) avaient financé au moins 53 responsables politiques issus principalement du Parti du centre et du Rassemblement conservateur ; la quasi-totalité d’entre eux ont été élus et 7 sont devenus ministres. La presse a ainsi dévoilé le 27 janvier 2007, soit 2 mois avant les élections législatives, que le chef du gouvernement, Matti Vanhanen, avait organisé une réunion sur le financement électoral à laquelle participaient le secrétaire du Parti du centre, Jarmo Korhonen et des dirigeants de l’entreprise Nova Group. Les journaux révèlent qu’Arto Merisalo (Nova Group), leader du groupe d’hommes d’affaires, a été en contact avec Matti Vanhanen lors de la formation du gouvernement où il aurait obtenu des postes pour ses protégés. Le Premier ministre, qui a déclaré ne pas connaître ces hommes d’affaires, s’est alors retrouvé au coeur du scandale. Il a été accusé par l’opposition d’avoir bénéficié de financements illégaux pour sa campagne électorale législative du 17 mars 2007 et par la chaîne de télévision publique Yle d’avoir reçu des aides en nature à titre personnel.

Plusieurs membres de son parti ont également été impliqués dans le scandale et accusés d’avoir reçu de l’argent de Nova Group. En août, la presse a fait de nouvelles divulgations selon lesquelles le Rassemblement conservateur aurait reçu 75 000 € (+ un 2e versement de 50 000 €) de Björn Walhroos, directeur général et administrateur du groupe d’assurance Sampo, détenu à 14% par l’Etat finlandais. D’autres entreprises détenues en partie par l’Etat ont par la suite indiqué avoir fait des dons à plusieurs partis politiques.

Déjà mis en cause, le Premier ministre Matti Vanhanen a été accusé d’avoir violé la loi en participant à la décision d’accorder des subventions d’environ 1 million € à l’association Raha-automaattiyhdistys (Ray) entre 2006 et 2009. Cette organisation détient le monopole des casinos et des machines à sous en Finlande et consacre une partie de ses bénéfices à des organismes sociaux, dont la Fondation du Parti du centre, Nuorisoäätio, qui a financé à hauteur de 23 000 € la campagne de Matti Vanhanen pour l’élection présidentielle des 15 et 29 janvier 2006. Le chef du gouvernement s’est défendu en déclarant n’avoir commis aucune infraction et indiqué qu’il refusait "de porter le chapeau pour de pratiques généralisées depuis des années". Antti Kaikkonen, président de la Fondation Nuorisoäätio et député du Parti du centre, a démissionné de ses fonctions, imité en septembre 2009 par Jukka Vihriälä, président de l’association Ray et député du même parti.

Matti Vanhanen a fini par démissionner de la présidence du Parti du centre (12 juin 2010) puis de son poste de Premier ministre (22 juin), officiellement parce qu’il devait subir une opération à la jambe. Il a été remplacé à ces deux postes par Mari Kiviniemi. Celle-ci a été élue à la tête du Parti du centre au 2e tour de scrutin avec 56% des suffrages, devançant le ministre du Commerce et de l’Industrie, Mauri Pekkarinen (44% des voix).

La Commission des affaires constitutionnelles chargée d’étudier le bien-fondé d’une mise en examen de Matti Vanhanen (qui entrainerait l’ouverture d’une enquête préliminaire par le chancelier pouvant conduire à une comparution du Premier ministre devant la Haute Cour de justice) a récemment statué de façon négative sur cette question, estimant que même si l’ancien Premier ministre est au coeur d’un conflit d’intérêt, les conditions ne sont pas requises pour le renvoyer devant la Haute Cour de justice.

Les affaires financières révélées par les médias ont profondément choqué les Finlandais. "On entend les gens dire que le vote est inutile et que l’argent peut décider de tout. Nous sommes le pays le moins corrompu du monde, nous en sommes très fiers et pourtant, nous avons encore du travail" analyse Timo Soikkanen, professeur de science politique à l’université de Turku. Selon une enquête d’opinion, 44% des Finlandais considèrent que Matti Vanhanen a commis des actes répréhensibles et 43% estiment qu’il devrait être traduit devant la Haute Cour de justice.

Les débuts de la campagne électorale


La Premier ministre Mari Kiviniemi a donc entamé un travail de reconquête de l’électorat centriste, et notamment de sa partie rurale dont un pourcentage conséquent a rejoint les "Vrais Finlandais" lors des derniers scrutins. Elle s’appuie sur le bilan de l’action de son gouvernement.

La Finlande est entrée en récession au 2e semestre de 2008 ; en février 2009, le gouvernement de Matti Vanhanen a mis en place un plan de relance centré sur les infrastructures et le soutien aux programmes de recherche et développement. Après une contraction de 8,1% de son PIB en 2009, le pays a enregistré un taux de croissance de 3,1% en 2010 et table sur 2,9% cette année. La croissance est tirée par les exportations qui ont augmenté de 5,7% en 2010 (hausse prévue de 6,9% en 2011), la consommation intérieure (+ 2,8% en 2010), les investissements (+ 3% l’an passé et + 6% prévus en 2011) mais aussi la hausse de la production industrielle. Le déficit de l’Etat a diminué de 10 milliards € en 2010 et devrait encore baisser de 8 milliards cette année. Deux points noirs viennent cependant assombrir ces résultats : le taux de chômage (11,8% en janvier dernier) toujours élevé et le taux d’inflation (3% en janvier 2011) qui devrait atteindre 2,4% cette année.

La fiscalité est l’une des questions essentielles du débat pré-électoral. Le Parti du centre et le Rassemblement conservateur sont favorables à une hausse de la TVA (sauf pour la nourriture et les médicaments) et à une baisse de l’impôt sur les entreprises, deux mesures auxquelles le Parti social-démocrate et, plus largement, les partis de gauche sont opposés. En outre, les conservateurs souhaitent diminuer l’impôt sur le revenu, contrairement aux centristes.

La question de l’enseignement obligatoire du suédois, langue officielle du pays depuis 1919 au même titre que le finnois, dans les écoles s’est imposée dans le débat. La Finlande abrite en effet 275 000 suédophones, soit 5,5% de la population, vivant majoritairement sur les côtes sud et ouest du pays. Ils sont les descendants des colons suédois qui se sont installés dans les provinces d’Uusimaa, Turunmaa et Ostrobothnie dès le XIIe siècle. Cette minorité possède son propre système scolaire (allant de la crèche à l’université) et ses médias. Par ailleurs, les émissions en langue suédoise représentent un dixième du temps d’antenne des 2 chaînes de télévision publiques (Yle). La grande majorité des suédophones votent traditionnellement pour le Parti du peuple suédois.

La Premier ministre Mari Kiviniemi a proposé de remplacer les cours de suédois par l’enseignement du russe dans les écoles de l’est de la Finlande. Nils Torvalds, vice-président du Parti du peuple suédois, a proposé l’abandon de l’enseignement obligatoire du suédois dans les écoles. Les "Vrais Finlandais" sont les seuls à demander la suppression de l’apprentissage obligatoire de la langue scandinave par les enfants et la diminution des émissions en suédois à la télévision publique.

La Finlande abrite aussi 8 000 Sami dont environ 1 000 dans la région d’Helsinki (ils représentent également la moitié des habitants des communes d’Inari, d’Enontekiö, d’Utsjoki et de Sodankylä). Cette minorité jouit d’une autonomie culturelle et linguistique et élit depuis 1996 un parlement de 21 membres (mandat de 4 ans). Les Sami s’estiment moins reconnus par le gouvernement finlandais que par les autorités de Norvège et de Suède, dans lesquels ils sont toutefois beaucoup plus nombreux qu’en Finlande (respectivement 80 000 et 20 000).

Enfin, les îles Åland, archipel situé entre la Finlande et la Suède, abritent une population de 25 000 Suédophones qui jouissent depuis le 12 octobre 1951 du statut administratif particulier d’Etat libre associé. Les institutions des îles légifèrent dans les domaines de l’éducation, des affaires sociales et de la santé, de la sécurité, de la culture, etc. En 1995, l’Union européenne a accordé au territoire démilitarisé des îles Åland une dérogation pour rester en dehors de l’Union douanière européenne. Depuis 1922, celles-ci possèdent leur propre gouvernement et leur propre parlement (Alands lagting ou Lagtinget) qui compte 30 députés. La circonscription formée par les îles Åland ne possède qu’un seul siège à l’Eduskunta/Riksdag.

Le système politique finlandais

L’Eduskunta/Riksdag, (nom finnois et suédois du Parlement) compte 200 députés élus tous les 4 ans au scrutin proportionnel selon la méthode d’Hondt. La Finlande est divisée en 15 circonscriptions. Le nombre de députés élus dépend de la population de chacune d’entre elles (à l’exception des îles Åland qui n’élisent qu’un représentant) : lors de chaque scrutin, le nombre de citoyens de chaque circonscription est divisé par la population totale du pays, le résultat obtenu étant ensuite multiplié par 199 afin d’obtenir le nombre de députés à élire par circonscription. Celui-ci a varié en 2007 de 6 (Carélie du Nord et Savonie du Sud, toutes deux situées dans la partie est du pays) à 34 (Uusimaa). Les électeurs finlandais votent à la fois pour un parti et pour un candidat. Particularité du pays : il n’existe pas de seuil électoral à atteindre pour entrer au Parlement. Un tel seuil aurait pu rendre difficile la représentation de la minorité suédophone du pays, voire priver le Parti du peuple suédois de tout député.

Les candidats aux élections législatives sont désignés par des partis politiques ou par des associations d’électeurs. Pour participer au scrutin, un parti doit recueillir au minimum 5 000 signatures de citoyens afin d’être enregistré auprès du ministère de l’Intérieur. Les associations d’électeurs souhaitant concourir doivent compter un minimum de 100 membres. Dans les cas où le nombre de candidats désignés par les sections locales d’un parti politique dépasse le nombre de candidats que celle-ci est autorisée à présenter, la loi électorale lui impose d’organiser des primaires. Enfin, l’Eduskunta/Riksdag compte 80 femmes, soit 40% du total des députés. En matière de féminisation du Parlement, le pays se situe au 3e rang européen (et au 7e rang mondial) derrière la Suède 45% et les Pays-Bas, 40,7%. Elle se situe au 1er rang des 27 Etats membres de l’Union européenne pour la présence des femmes au sein du gouvernement.

Par ailleurs, la Finlande a la particularité d’être actuellement gouvernée par deux femmes. La présidente de la République Tarja Halonen (Parti social-démocrate, SDP) a été réélue le 29 janvier 2006 (date du 100e anniversaire du droit de vote et d’éligibilité des Finlandaises, premières femmes à en avoir bénéficié en Europe) et la Premier ministre, Mari Kiviniemi (KESK), en poste depuis le 22 juin 2010. Son gouvernement rassemble le Parti du centre, le Rassemblement conservateur, les Verts et le Parti du peuple suédois. Le gouvernement comprend 13 ministères et, au maximum, 18 ministres. Les députés nommés ministres conservent leur siège au Parlement, cumulant donc les deux mandats.

8 partis politiques sont actuellement représentés à l’Eduskunta/Riksdag :

  • le Parti du centre (KESK) du Premier ministre Mari Kiviniemi, successeur du Parti agrarien fondé en 1906 et situé à droite sur l’échiquier politique. Le KESK a participé à près de la moitié des gouvernements finlandais (34 sur 68) et possède 51 sièges ;
  • le Rassemblement conservateur (KOK), parti fondé en 1918. Dirigé depuis juin 2004 par l’actuel ministre des Finances, Jyrki Katainen, souvent comparé à l’actuel Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt (Parti du rassemblement modéré, M), le KOK compte 50 députés ;
  • le Parti social-démocrate (SPD), créé en 1899 sous le nom de Parti ouvrier de Finlande et dirigé depuis juin 2008 par Jutta Urpilainen, compte 45 députés ;
  • l’Alliance des gauches (VAS), parti situé à l’extrême gauche fondé en 1990, issu de la Ligue démocratique du peuple finlandais (SKDL) et du Parti  communiste (SKP) et dirigé par Paavo Arhinmäki, possède 17 sièges ;
  • les Verts (VIHR), dirigés par l’actuel ministre du Travail Anni Sinnemäki, possèdent 15 sièges ;
  • le Parti du peuple suédois (SFP), parti représentant les intérêts de la minorité suédoise et dirigé par Stefan Wallin, compte 9 députés ;
  • le Parti chrétien-démocrate (SKL), fondé en 1958 et dirigé par Päivi Räsänen, compte 7 députés ;
  • les "Vrais Finlandais" (PS), parti né en 1995 et issu du Parti rural (SMP) créé par Veikko Vennamo en 1959. Dirigé par Timo Soini, il a remporté 5 sièges aux élections législatives du 17 mars 2008 mais en possède désormais 6 depuis qu’il a été rejoint en cours de législature par le député du Parti du centre, Markku Usipaavalniemi.


Depuis près de 30 ans, 3 partis d’importance quasi équivalente se partagent de façon stable les 2/3 des voix aux élections nationales finlandaises.

Selon la dernière enquête d’opinion réalisée par l’institut Taloustutkimus et publiée par la chaîne de télévision Yle, le Rassemblement conservateur devrait arriver en tête du scrutin le 17 avril avec 20,9% des suffrages devant le Parti du centre, qui pâtit du scandale autour de son financement (plusieurs de ses membres ont été mis en examen dans cette affaire), qui recueillerait 18,9% des voix et le Parti social-démocrate 17,5%. Ces 3 partis sont cependant menacés par les "Vrais Finlandais", crédités de 16,9% des voix (le parti recueillait 5% d’intentions de vote à l’été 2008 et 10% en mai 2010). Les électeurs indécis sont cependant encore très nombreux et donc déterminants pour l’issue du scrutin. Environ 65% des Finlandais se déclarent certains de se rendre aux urnes.

Plus d’un quart des Finlandais (28%) souhaitent voir le leader du Rassemblement conservateur Jyrki Katainen être nommé Premier ministre, 22% souhaitent que l’actuelle chef du gouvernement Mari Kiviniemi conserve son poste, 14% plébiscitent Timo Soini et, enfin, 8% la sociale-démocrate Jutta Urpilainen.


En savoir plus

présentation de la Finlande - Touteleurope.eu

Le commissaire Olli Rehn sur le départ pour la présidence finlandaise ? - Touteleurope.eu

télécharger la note de Corinne Deloy [pdf] - Fondation Robert Schuman

le site de la Fondation Robert Schuman