Derniers articles publiés

Elections générales britanniques : la City fait grise mine

Actualité 04.05.2015

Conservateurs et travaillistes : la peste et le choléra pour la City de Londres. Alors que la campagne pour les élections législatives britanniques touche à sa fin, les financiers n'ont guère envie de faire leur choix. David Cameron, le Premier ministre sortant, a promis un référendum sur l'Europe s'il est réélu. Au risque de créer un environnement économique instable et, en cas de sortie du pays de l'UE, des conséquences potentiellement désastreuses. Tandis qu'Ed Miliband entend s'attaquer aux riches et accroître la régulation sur les entreprises. De quoi regretter les années Blair du côté de Liverpool Street et Canary Wharf.

City de Londres

Ed "le rouge" veut s'attaquer aux riches

Inutile de mégoter : le bilan économique de David Cameron est bon. La croissance a augmenté de 2,6% en 2014 et les prévisions sont de cet ordre pour 2015, malgré un premier trimestre il est vrai très décevant. Personne ne dit mieux au sein du G7. Le taux de chômage également, a fortement chuté. Il s’élevait à 7,2% en janvier 2014 : il a été ramené à 5,7% en janvier 2015.

Certes au prix de la hausse brutale des inégalités et de la stagnation des salaires. Comme le répètent à l'envi les travaillistes, la reprise n'a profité qu'aux privilégiés. A cet égard, la généralisation des "zero hour contracts", ces contrats sans durée de travail fixe et avec une rémunération en fonction du nombre d’heures effectuées, a laissé des traces. Les classes populaires seront tentées de faire payer au gouvernement sortant cette précarisation de l’emploi. A l’inverse, les employeurs – qui ont tout pouvoir sur le temps de travail des employés – eux, ont grandement bénéficié de cette flexibilité.

Pourtant, malgré une politique économique très favorable – outre le droit du travail, le gouvernement a également réduit l'impôt sur les sociétés – les entreprises rechignent à soutenir réellement David Cameron. Mais pas tant parce que leur cœur balance en faveur du Labour.

En vérité, les entreprises et la City craignent un retour des travaillistes à Downing Street. Ed Miliband est positionné nettement plus à gauche que Tony Blair et Gordon Brown, ses prédécesseurs à la tête du parti. Et le leader travailliste a promis de s’attaquer aux très riches.

Parmi ces promesses de campagne : une taxe sur les propriétés de plus de 2 millions de livres (2,8 millions d’euros), le relèvement de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu de 45 à 50% au-delà de 200 000 euros, ou encore la fin du statut fiscal dit "non-dom". Ce dernier, spécificité toute britannique, consiste à ne pas taxer les étrangers résidents au Royaume-Uni sur leurs gains à l’étranger. Une niche fiscale qui a fait le bonheur de quelque 120 000 personnes, qui a rendu la place de Londres extraordinairement attractive et, accessoirement, qui a fait exploser le marché de l’immobilier. Un phénomène naturellement pas sans conséquences sur les dizaines de milliers de foyers incapables de se loger à un prix décent au Royaume-Uni.

A ces propositions, la City a logiquement réagi avec véhémence. Le statut des "non-dom" s’apparente en effet au joyau de la couronne pour les financiers. Le calcul électoral d’Ed Miliband est donc risqué, mais le candidat travailliste sait que les conservateurs, et leur volonté d’organiser un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’Union européenne, ne font pas l’unanimité non plus.

Mais David "l'eurosceptique" veut un référendum sur l'UE

De fait, l’incertitude politique et économique que représente cette promesse déplaît fortement à la City. Cette dernière doit, pour partie, son importance à l’adhésion britannique à l’Union européenne : elle constitue une porte d’entrée sur le Marché unique. Or une reconduction de David Cameron à la tête du pays aurait pour conséquence une longue période de flou. La consultation des Britanniques sur cette question sensible est prévue, le cas échéant, pour 2017 et leur choix n’est pas assuré.

A l’heure actuelle, seule une courte majorité voterait pour rester dans l’UE. Les investisseurs seraient donc tentés de différer leurs opérations ou, pire, de les délocaliser. Une situation susceptible de faire perdre des milliards au pays et jusqu’à 14% de son produit national brut, à en croire une étude de l’institut allemand Bertelsmann Stiftung, relayée par le quotidien The Independent.

A cet égard, la menace de la banque HSBC de déplacer son siège hors du Royaume-Uni a fait l’effet d’une bombe pour le Premier ministre sortant. Le 24 avril, Douglas Flint, président exécutif de HSBC, déclarait en effet qu’il "y a une incertitude économique, celle de la présence du Royaume-Uni dans l’UE. En février nous avons publié une étude qui conclut qu’il est moins risqué de réaliser le marché unique dans le domaine des services et de réformer l’UE pour la rendre plus compétitive que de s’isoler".

Une position embarrassante pour David Cameron et qui n’est pas un cas isolé. "Aujourd’hui, l’adhésion à l’UE est la pierre angulaire de notre ouverture et un accélérateur pour accéder aux opportunités de l’économie mondialisée", peut-on ainsi lire dans un rapport de 2013 de la Confédération de l’industrie britannique, citée par le quotidien The Guardian. "Il relève de notre intérêt national impérieux de rester membre".

Au fond, la seule vertu du référendum que souhaite David Cameron serait de régler la question européenne une bonne fois pour toutes. Les réticences du Royaume-Uni vis-à-vis de la construction européenne sont très anciennes et consulter les électeurs devrait régler la question pour plusieurs décennies. Hélas pour les conservateurs, une telle consultation ne s’organise pas en un jour et le simple fait de la conduire représente des conséquences économiques considérables.

Dans ce contexte, il est donc peu probable que la City et les entreprises jouent un rôle de pivot décisif le 7 mai prochain, jour du vote. Les financiers et chefs d’entreprise sont une large majorité à être des Européens convaincus, mais leur intérêt économique est de voter Tory. D'autant qu'ils sont nombreux à considérer Ed Miliband comme un "rouge". Que les deux grands partis représentent au final plus d’inconvénients que d’avantages risque donc de rendre l’issue de l’élection encore plus incertaine.