Derniers articles publiés

Droits sociaux, santé : ce que proposent les têtes de liste aux élections européennes

Actualité 16.04.2019 Jules Lastennet

Travailleurs détachés, pesticides, SMIC européen... Dix têtes de liste pour les élections européennes ont débattu, jeudi 11 avril, des questions sociales, de santé et d'environnement. Un grand oral enregistré à Radio France et retransmis sur Public Sénat, en partenariat avec Toute l'Europe.

De gauche à droite : les journalistes Marc Bassets et Rebecca Fitoussi et le candidat PCF Ian Brossat le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / Flickr

De gauche à droite : les journalistes Marc Bassets et Rebecca Fitoussi et le candidat PCF Ian Brossat le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / Flickr

Il était animé par Rebecca Fitoussi, épaulée par les correspondants en France de La Repubblica (Italie), d'El Pais (Espagne) et du Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne). Le 11 avril, dix candidats français aux élections européennes ont passé un "grand oral" sur les questions sociales.

Ce grand oral, organisé par la Mutualité française, pour reprendre les mots de son président Thierry Beaudet, avait pour objectif de vérifier "l'intuition" selon laquelle la "défiance" des citoyens s'exerce davantage vis-à-vis de l'Europe "telle qu'elle est" que contre "l'idée européenne".

Le "regard des Européens sur leur système de santé se révèle très contrasté", tandis que s'exprime une "forte préoccupation à l'égard des questions environnementales", indique notamment une étude réalisée par l'institut Harris Interactive pour la Mutualité.

D'après ce sondage mené dans sept pays européens (Allemagne, France, Grèce, Italie, Pologne, Portugal, Suède), 85% des Français interrogés ont le sentiment d'être bien protégés par leur système de santé, contre seulement 27% des Grecs. Et la volonté de confier à l'Union européenne davantage de compétences sur le plan social est nettement plus importante dans les pays où le niveau de satisfaction envers le système national est faible.

S'agissant de l'environnement, les sondés appellent massivement de leurs vœux (95% des Portugais interrogés et 73% des Suédois) une plus forte implication de la part de l'UE, en particulier en matière de lutte contre la pollution de l'air et de l'eau.

Mais qu'en disent les candidats aux élections européennes ? Toute l'Europe synthétise leurs constats, leurs programmes et leurs propositions phares.

 

Jordan Bardella (Rassemblement national) : "La grande protection du XXIe siècle s'appelle frontière"

Le constat : Pour Jordan Bardella, l'Union européenne actuelle "ne peut être sociale". En raison de la "primauté de l'argent-roi", ce ne sont pas de la protection et du progrès que l'Europe produit, mais du "chômage de masse", un "dumping généralisé", une "concurrence déloyale" et une "course au moins-disant social". De plus, le "cadre budgétaire contraint de l'UE", explique-t-il, oblige les Etats membres à faire des économies dans le social et la santé.

Le programme : Dans la mesure où une harmonisation des droits sociaux en Europe ne pourrait "se faire qu'à notre détriment", explique le candidat du Rassemblement national, seules les "frontières" et le retour à la "nation" pourront assurer la protection aux Français. Cette préconisation vaut pour les questions de santé, un domaine qui doit rester "régalien", que ce soit pour la prise en charge des personnes âgées ou la protection des données personnelles de santé. Et elle vaut pour l'environnement, M. Bardella mettant en avant le "modèle localiste" prôné par son parti, avec la volonté de "produire ici ce qui est possible".

La proposition phare : Abroger la directive sur les travailleurs détachés.

Manifestement peu convaincu par la révision de la directive sur les travailleurs détachés, à propos de laquelle les eurodéputés RN se sont abstenus en 2018, Jordan Bardella défend son abrogation totale. Rappelant que 516 000 détachés travaillent en France à l'heure actuelle, le protégé de Marine Le Pen estime qu'il s'agit de "516 000 emplois en moins" pour les Français.

Jordan Bardella a également profité de son intervention pour réactiver une ancienne demande de son parti de supprimer l'aide médicale d'Etat aux "migrants illégaux".

 

Ian Brossat (Parti communiste) : "Le seul projet qui peut faire rêver, c'est l'harmonisation sociale par le haut"

Le constat : Pour Ian Brossat, l'Union européenne nous a "refourgué" le libéralisme et les "dogmes" de l'austérité avec la règle des 3% "au nom de laquelle on sacrifie la dépense" et de la concurrence libre et non faussée. En conséquence, explique le candidat du Parti communiste, l'UE est "en difficulté" et "loin de sa promesse de départ", avec 87 millions de pauvres et une "énorme déception des peuples".

Le programme : En vue de "changer l'Europe", Ian Brossat prône le rejet des "traités libéraux actuels" et ce afin "d'organiser un juste et équitable partage des richesses". 3 000 milliards d'euros ont été versés aux banques, poursuit-il : "il faudrait que cet argent aille aux services publics". De plus, pour créer les conditions d'une "harmonisation sociale par le haut", qui est selon lui une "ambition de civilisation", il devrait être possible de refuser certains textes européens s'ils portent "atteinte" aux conditions sociales. M. Brossat défend enfin la "mise en demeure" des pays qui "pillent" les recettes fiscales des autres au sein de l'UE.

La proposition phare : Mettre en place un SMIC européen à 60% du salaire moyen.

Pour le candidat du PCF, établir un "SMIC à 60% du salaire moyen partout en Europe" doit être la priorité de ces prochaines années. Face aux craintes qu'une harmonisation sociale européenne ne se fasse au détriment des Français, Ian Brossat explique que cela représenterait 1 400 euros net pour ces derniers, soit une somme supérieure au salaire minimum actuel. Et il s'agit selon lui d'une mesure réalisable : le mieux-disant a précisément été choisi au moment d'établir le même salaire pour l'ensemble des députés européens, quelle que soit leur nationalité.

Ian Brossat s'est également déclaré favorable à une gestion des médicaments au niveau européen, pour faire baisser les prix et éviter que le lobby pharmaceutique ne "s'accapare les innovations".

 

François-Xavier Bellamy (Les Républicains) : "Apporter de l’équilibre dans la mondialisation"

François-Xavier Bellamy le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / FlickrFrançois-Xavier Bellamy le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / Flickr

Le constat : Pour François-Xavier Bellamy, l’Europe est "nécessaire", mais il "faut changer la manière avec laquelle elle se construit", car elle "nous trahit". Citant l’exemple du détachement des travailleurs, le candidat des Républicains estime que l’UE restera dans le "moins-disant social" sans une "vraie révision" qui comprendrait le paiement des charges sociales dans le pays d'accueil et plus le pays d'origine. Quant à la mondialisation, il est temps de "sortir de la naïveté".

Le programme : A l’échelon européen reviendrait ainsi la "magnifique responsabilité d’apporter de l’équilibre dans la mondialisation", explique M. Bellamy. "Pas avec des barrières, mais avec de la réciprocité", afin de "garantir la compétitivité des entreprises" et de "garder nos capacités de travail", ajoute-t-il. Une barrière écologique appliquée aux produits extra-européens pourrait à cet égard être une mesure judicieuse pour que tous aient la "même contribution carbone". De plus, il revient à l’UE de mettre en œuvre l’interdiction des pesticides, ou encore l’harmonisation de la vaccination, des enjeux pour lesquels les Etats ne peuvent agir seuls. Mais toujours au nom du principe de "subsidiarité" cher à la tête de liste LR, la santé publique doit rester une politique nationale, afin d’éviter la surrèglementation, tout comme les questions relatives aux congés parentaux.

La proposition phare : Engager un dialogue sur l’interdiction de la GPA.

Interrogé par Rebecca Fitoussi sur l’opportunité d’interdire la gestation pour autrui (GPA) au niveau européen, alors même que certains Etats membres l’autorisent, l’essayiste connu pour ses positions conservatrices estime qu’il est nécessaire "d’engager un dialogue fort" au niveau européen sur ce "sujet majeur". Mettant en avant le principe de "dignité humaine" et "d’indisponibilité du corps humain", François-Xavier Bellamy lie en outre cette question bioéthique au risque "d’eugénisme", que les récents exemples de la recherche chinoise viennent d'illustrer.

François-Xavier Bellamy plaide également pour faire de la recherche contre les maladies neurodégénératives une "grande cause" européenne.

 

Nathalie Loiseau (La République en marche) : "Il faut que la cohésion passe par la convergence sociale"

Le constat : "Depuis deux ans, nous promouvons une Europe qui protège", a déclaré Nathalie Loiseau en ouverture de son intervention. Reconnaissant que beaucoup reste à accomplir, l'ancienne ministre des Affaires européennes insiste néanmoins sur les résultats obtenus depuis l’élection d’Emmanuel Macron pour "protéger les travailleurs et ne pas les mettre en concurrence", notamment grâce à la "première bataille" gagnée avec la révision de la directive sur les travailleurs détachés.

Le programme : Pour celle qui conduit la liste intitulée Renaissance, il "faut que la cohésion passe par la convergence sociale". S’agissant du détachement des travailleurs, il est nécessaire que la réglementation concerne aussi les cotisations sociales – en faisant en sorte qu’elles "reviennent au pays d’origine pour l’aider à converger". Sur le dossier des pesticides, alors que Mme Loiseau admet son "malaise" vis-à-vis du report de l’interdiction de leur production en France à l’occasion de la loi PACTE, elle plaide toutefois pour que "la transition écologique" ne mette personne au chômage. Enfin, la sécurité alimentaire doit être renforcée, estime-t-elle, car face à des "fraudes insupportables, il nous faut une force de réaction rapide" au niveau européen.

La proposition phare : Un SMIC partout en Europe.

Nathalie Loiseau entend se battre pour un "SMIC partout en Europe" dont le niveau serait revu chaque année (au minimum 50 % du salaire médian, avait-elle précisé le 9 avril). Car, explique-t-elle, si les Européens sont capables de s’entendre chaque année sur leurs budgets, ils peuvent faire de même "en matière sociale". Dans le cas contraire, ajoute la candidate de LaREM, "on aura des travailleurs de seconde classe en Europe", tandis qu’à l’Est, l’émigration continuera d’être massive car les travailleurs continueront de se rendre là où les salaires sont meilleurs.

Reconnaissant la frilosité de la France vis-à-vis d’une revalorisation importante du congé parental, Nathalie Loiseau a réaffirmé son engagement féministe et sa volonté de mettre en place une "clause de l’Européenne la plus favorisée" sur le salaire, la famille ou encore la violence.

 

Nicolas Dupont-Aignan : "Laisser les peuples décider de leur modèle social"

Nicolas Dupont-Aignan le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / FlickrNicolas Dupont-Aignan le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / Flickr

Le constat : Pour Nicolas Dupont-Aignan, avec chaque élection européenne, "on parle toujours de l'Europe", mais depuis le traité de Maastricht de 1992, il ne s'agit que de vaines promesses. L'UE est ainsi une "machine à niveler par le bas", soutient le fondateur de Debout la France selon qui "la structure même" de l'Union conduit à la "destruction du modèle social français".

Le programme : Il est par conséquent indispensable, explique M. Dupont-Aignan, de "revenir à l'Europe des nations libres et démocratiques et des projets concrets, sans volonté de tout uniformiser". Cela passe selon lui par le "contrôle des frontières", la "primauté du droit national" et la "souveraineté budgétaire". Il suffirait ainsi de "concentrer les efforts sur les grands défis technologiques, scientifiques ou industriels" du futur, comme la recherche contre le cancer, la maladie d'Alzheimer ou les maladies orphelines. Mais sans "bureaucratie ou Commission européenne", afin de rompre avec le "délire de normes" et de "laisser les peuples libres de leur modèle".

La proposition phare : Renégocier les traités.

La renégociation des traités pour en finir avec le fonctionnement actuel de l'Union européenne est donc la priorité de Nicolas Dupont-Aignan. Dans le cas contraire, explique-t-il, "les peuples continueront de se détacher" de l'Europe. Critiquant "le viol démocratique" qu'a constitué le traité de Lisbonne de 2009 qui bafouait le "non" français au référendum sur la constitution européenne de 2005, la tête de liste de DLF se veut optimiste quant à l'aboutissement de son projet car "dans tous les pays des forces progressent pour plus de subsidiarité".

S'agissant des traités commerciaux, si Nicolas Dupont-Aignan concède que l'on "pèse plus en commun", il faudrait néanmoins un "droit de veto" national afin de pouvoir refuser des accords comme le CETA.

 

Benoît Hamon (Génération.s) : "Il faut un camp de la transformation sociale en Europe"

Le constat : Pour Benoît Hamon, il est injustifié d'accuser, comme la France le fait souvent, les Etats membres de l'Est d'avoir voulu un "développement économique basé sur le dumping". Car ce sont "les pays riches qui ont mis en œuvre l'asymétrie" et les entreprises d'Europe occidentale qui en ont principalement bénéficié. A en croire le fondateur de Génération.s, "le clivage en Europe est d'abord entre les classes populaires et les riches voire ultra-riches".

Le programme : Dans la mesure où il y a "une homogénéisation de la perception des inégalités sociales à l'Est et à l'Ouest", il faut désormais créer au Parlement européen un "camp de la transformation sociale". A la différence des autres démocraties, ajoute M. Hamon, l'Europe dispose théoriquement de la "protection sociale" et des "services publics". Et pour remédier à leur "effondrement", le Parlement européen a les moyens de "renverser la table", estime-t-il. En créant une inspection européenne du travail, en établissant un SMIC européen à 60% du salaire moyen ou encore en harmonisant les systèmes de sécurité sociale. Seule la sortie de "l'intergouvernemental" permettra de "changer la construction européenne".

La proposition phare : Un Green New Deal.

A moyen et long terme, la tête de liste de Génération.s défend la mise en place d'un "Green New Deal" (nouvelle donne écologique) afin de "réduire les écarts de développement" en Europe. Celui-ci pourrait s'élever à 500 milliards d'euros par an. A en croire Benoît Hamon, il s'agirait d'une alternative au choix binaire entre nationalistes et libéraux.

Dans la mouvance de son projet de revenu universel, Benoît Hamon est également favorable au versement d'un "dividende citoyen universel", qui serait une "contribution positive au pouvoir d'achat".

 

Jean-Christophe Lagarde (UDI) : "La priorité doit être donnée à la protection sociale"

Le constat : Pour Jean-Christophe Lagarde, l'Europe se trouve dans une "dérive ultralibérale" et ne protège pas suffisamment ses citoyens. Ces derniers sont victimes d'une "concurrence déloyale" externe et interne, le "paroxysme" ayant été atteint avec le détachement des travailleurs. Si des avancées ont été permises ces dernières années, il est nécessaire d'aller plus loin dans la protection sociale, la santé, la fiscalité et l'environnement.

Le programme : Dans un grand nombre de domaines, l'Union européenne "n'est pas assez investie", explique le candidat de l'Union des démocrates et indépendants. C'est le cas dans l'harmonisation des diplômes médicaux, l'obligation et le calendrier de vaccination, le droit du travail, l'établissement de ressources fiscales propres à l'UE en remplacement des contributions nationales, la mise en place de normes minimales relatives à l'égalité entre les femmes et les hommes, ou encore la recherche d'alternatives aux pesticides. Les Etats membres devraient toutefois garder la main sur la politique de santé, explique M. Lagarde, car "ils font souvent mieux" que l'UE.

La proposition phare : Créer un Airbus du médicament.

L'une des principales priorités devraient être, estime Jean-Christophe Lagarde, la constitution d'un "Airbus du médicament" car, la production étant essentiellement réalisée à l'étranger, l'Europe se trouve face à un "risque de rupture de l'approvisionnement".

Jean-Christophe Lagarde a également fait part de sa volonté de légaliser le cannabis dans le cadre d'un monopole d'Etat afin de progresser en matière de sécurité et de santé publiques.

 

Raphaël Glucksmann (Parti socialiste – Place publique) : "Rétablir la confiance entre les citoyens et le projet européen"

Raphaël Glucksmann le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / FlickrRaphaël Glucksmann le 11 avril 2019 - Crédits : Amélie Laurin / Flickr

Le constat : Pour Raphaël Glucksmann, l’Europe se trouve "à un tournant" et face à un risque de dislocation, avec la possibilité de poursuivre dans une logique libérale et de marché, ou de devenir une "puissance protectrice". La confiance s’est fortement détériorée, estime-t-il, entre les citoyens et une Europe "libérale" et "austéritaire". Et c’est en "interrogeant le péril" qu’on "pourra se sauver".

Le programme : S’appuyant sur la crise des Gilets jaunes et citant l’étude réalisée par Harris Interactive pour la Mutualité, le fondateur de Place publique explique qu’on ne peut plus penser l’écologie sans la justice sociale. M. Glucksmann plaide à cet égard pour la réaffirmation des services publics, critiquant le "dogme" de "l’équilibre des comptes" de la SNCF et dénonçant la "comptabilisation à l’acte" à l’hôpital. Selon le candidat choisi par le PS, l’Europe ne manque pas d’exemples inspirants pour harmoniser ses droits sociaux "par le haut", comme celui de la Finlande qui loge ses sans-abris, de l’Espagne qui met en place un congé paternité long de 8 semaines ou l’Allemagne qui crée une nouvelle branche à sa sécurité sociale pour faire face au vieillissement.

La proposition phare : Un plan finance-climat pour la transition écologique et sociale

Autre exemple choisi par Raphaël Glucksmann : la "rénovation thermique des logements". Cette dernière permet à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de faire des économies d’énergie et d’améliorer la santé avec de meilleures capacités de chauffage pour les ménages. Le financement de ce projet pourrait passer par un "plan finance-climat" au "service de la transition écologique et sociale des sociétés".

Interrogé sur la grève étudiante pour le climat initiée par la Suédoise Greta Thunberg, Raphaël Glucksmann estime qu’il s’agit d’une "leçon de sérieux" donnée par les jeunes aux "hommes en costumes qui négocient des CETA et des TAFTA".

 

Manon Aubry (La France insoumise) : "C'est parce qu'on veut l'Europe sociale qu'on veut sortir des traités"

Le constat : Pour Manon Aubry, les promesses de l'Europe sociale ne sont "pas tenues". Le parallèle est d'ailleurs selon elle évident avec celles également inabouties du gouvernement envers les salariés des usines Whirlpool et Prima à Amiens. L'Union européenne se caractérise par les "délocalisations massives" et le "dumping social", qui ne créent "que du rejet".

Le programme : Changer les choses suppose donc une harmonisation sociale par le haut, notamment des rémunérations. A cet égard, la candidate de La France insoumise souhaite l'établissement d'un SMIC européen équivalant "à 75% du salaire médian" et assorti de "critères de convergence". Manon Aubry défend également le principe d'un "protectionnisme solidaire" visant à "protéger les emplois européens que l'on met en danger avec le libre-échange". S'agissant de la fin de vie, si l'intelligence artificielle peut être un "outil", l'ancienne employée d'Oxfam plaide plutôt pour un "accompagnement accru", tandis qu'elle entend engager un dialogue en faveur de la fin de vie assistée.

La proposition phare : Sortir des traités européens.

Et c'est précisément "parce qu'on veut l'Europe sociale qu'on veut sortir des traités", explique Manon Aubry. Ces derniers sont pour elle "des freins et obstacles à la réalisation du projet politique". Les revoir relève dès lors du "pragmatisme" et non du "dogmatisme". La candidate de LFI l'assure, si les autres Etats membres ne sont pas sur la même longueur d'onde, la France peut toujours dénoncer les dispositions qui "posent problème" comme la règle des 3% de déficit et user de "tout son poids" dans un "rapport de force" en vue de "mener une politique progressiste".

Expliquant connaître les lobbys et leur "puissance de nuisance", Manon Aubry estime qu'il faut davantage "les réguler et les encadrer" et leur faire face avec des "parlementaires de combat".

 

Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) : "L'Europe est l'échelon indispensable pour la protection de la santé, de l'environnement et du social"

Le constat : Pour Yannick Jadot, "force est de constater que les institutions européennes n'ont pas marqué suffisamment leur ambition" dans les domaines de l'environnement et de la santé. Le scandale du Dieselgate, symbole de la "fraude" et de la "triche", ou encore le glyphosate, pour lequel l'Autorité européenne de sécurité des aliments a été "prise en flagrant délit de plagiat" d'études industrielles, sont là pour le rappeler.

Le programme : Les déficiences de l'UE ne doivent toutefois pas faire oublier que l'Europe est "évidemment l'échelon indispensable et efficace pour la protection de la santé, de l'environnement et du social", explique le candidat d'Europe Ecologie-Les Verts. Pour "réconcilier" ces enjeux, M. Jadot se dit favorable à une "Sécu" de l'environnement à l'échelle européenne "pour servir la transition écologique". Sortir le modèle agricole des pesticides serait également bénéfique, d'autant que la politique agricole commune aide à passer du conventionnel au bio. Enfin, "renforcer le droit européen" pour une meilleure égalité des salaires entre les femmes et les hommes est une autre piste prioritaire, la tête de liste écologiste souhaitant que l'Europe se dote "d'outils qui permettent de sanctionner les entreprises" en la matière.

La proposition phare : Créer une haute autorité de la transparence pour les mises sur le marché.

Selon Yannick Jadot, "l'expertise" doit être placée au cœur du débat pour les mises sur le marché, car "les processus d'autorisation laissent trop de place aux lobbys" à l'heure actuelle. Créer une "haute autorité de la transparence" pour garantir l'expertise et s'assurer que les autorisations servent "l'intérêt général" apparaît par conséquent nécessaire. A cet égard, la récente décision de la Cour de justice de l'Union européenne en faveur de la transparence des évaluations scientifiques fournies par les firmes est une première "victoire", estime le candidat d'EELV.

A plusieurs reprises, Yannick Jadot a cité l'agriculteur Paul François en exemple. "Intoxiqué par Monsanto", il luttait pour "faire reconnaître son empoisonnement" et sa victoire est celle "de la santé contre les lobbys et les pesticides".