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Discours sur l'état de l'Union : la presse européenne loin d'être convaincue

Actualité 16.09.2013

"Déconnecté de la réalité", "trop enthousiaste", "complètement raté", au lendemain du discours sur l'état de l'Union, la presse européenne n'est pas tendre avec les propos tenus par le président de la Commission européenne. Depuis 2010, José Manuel Barroso s'adresse au début de l'année politique au Parlement européen. Le but : dresser un état des lieux de ce que la Commission a réalisé au cours de l'année et présenter les perspective de l'UE. Un exercice de style et de communication pour lequel le président de la Commission européenne est généralement plutôt doué. Mais pour 2013, la copie est à revoir.

José Manuel Barroso

Dans son dernier discours sur l’état de l’Union avant le scrutin européen de mai prochain, le président de la Commission européenne est revenu sur la réponse apportée par l'UE à la crise financière, économique puis sociale débutée il y a cinq ans. Revenant pendant plus de la moitié de son intervention sur les questions économiques, le président de la Commission européenne a rappelé le chemin parcouru par l'UE depuis lors. "Regardons en arrière et voyons ce que nous avons accompli pour que l’Europe reste unie tout au long de la crise: nous n’aurions jamais pensé tout cela possible il y a cinq ans", a-t-il affirmé.

2014, année charnière

Dans huit mois, en mai 2014, les électeurs des vingt-huit Etats membres voteront pour leurs représentants, qui eux-mêmes éliront le futur président de la Commission européenne.

Selon José Manuel Barroso, qui s'appuie sur les dernières statistiques économiques européennes, l'UE a de bonnes raisons d'être confiante. "Pour l’Europe", explique-t-il, "la reprise est en vue. Naturellement, nous devons rester vigilants. Mais les résultats prouvent que nous sommes sur la bonne voie".

A propos de la Grèce, il a jugé "faux" de dire que ce pays était "victime des politiques de l'Europe". La Grèce est "victime des comportements irresponsables des gouvernements grecs" qui avaient fait exploser la dette, et sans l'assistance de l'Europe, elle serait "insolvable et dans une situation encore plus grave", a-t-il lancé.

Pourtant rassurants, ces propos n'ont pas du tout convaincu l'ensemble de la presse européenne qui n'a pas hésité à critiquer le fond et la forme du discours du président de l'exécutif européen.

Pour le quotidien français La Tribune, le président de la Commission européenne a prononcé "un discours sur l'état de l'Union européenne terne et déconnecté de la réalité". Outre-rhin, le journal Süddeutsche Zeitung a critiqué la forme du discours du président mais également son "héritage désolant". M. Barroso "a défendu les succès de sa Commission comme s’il était en train de lire la liste des courses. Barroso, d’habitude orateur fougueux, est apparu à la fin de son mandat très semblable à la Commission qu’il préside : découragé et peu inspiré", a pointé du doigt le journaliste allemand.

En Pologne, le journal Gazeta Wyborcza enfonce même le clou : "il peut s'avérer que la vague eurosceptique de 2014 devra être affrontée par quelqu’un d’aussi peu charismatique, volontaire et fort que José Manuel Barroso".

En effet, le président a lancé un appel à davantage d'intégration européenne face aux évolutions mondiales : "Alors que notre planète connaît de profondes mutations géo-économiques et géopolitiques, j’ai la conviction que ce n’est qu’ensemble, en tant qu’Union européenne, que nous pourrons offrir à nos concitoyens ce à quoi ils aspirent : la protection et la promotion de nos valeurs, de nos intérêts et de notre prospérité à l’heure de la mondialisation".

Selon lui, le débat en cours dans toute l’Europe se résume, en définitive, à la question suivante : "Voulons-nous améliorer l’Europe, ou y renoncer ?". "Engageons-nous ! Si l’Europe ne vous plaît pas comme elle est, améliorez-la ! Comme toute entreprise humaine, l’Union européenne n’est pas parfaite. Les controverses sur la répartition des tâches entre les niveaux national et européen ne seront jamais définitivement closes.

"Il est temps pour tous ceux qui se soucient de l’Europe, d’où qu’ils viennent, peu importent leurs convictions politiques ou idéologiques, de parler haut et fort en faveur de l’Europe".

Tous les problèmes ne doivent pas être réglés au niveau européen. L’Europe doit se concentrer sur les domaines où elle peut apporter une valeur ajoutée maximale. Lorsque cela n’est pas le cas, elle ne devrait pas intervenir. L’Union européenne doit être très visible sur les grands enjeux, plus discrète sur les questions de moindre importance."

Selon le journaliste français Hugues Beaudouin, présent dans l'hémicycle, seulement 100 députés européens auraient été présents lors de l'allocution du président de la Commission européenne. Un chiffre significatif du peu d'intérêt témoigné par les députés pour le discours du président Barroso.

Aux commandes de la Commission européenne depuis 2004 et réélu en 2009, José Manuel Barroso n’a pas profité de l’occasion pour préciser s’il avait ou non l’intention de briguer un troisième mandat. Peu importe, dans les couloirs bruxellois d'autres noms circulent depuis déjà plusieurs mois.