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Des Européens toujours plus europhiles ?

Actualité 22.10.2018 Justine Daniel

62% des Européens pensent que l'appartenance de leur pays à l'UE est une bonne chose et 68% que ce dernier en a bénéficié, selon une étude d'opinion menée auprès de plus de 27 000 citoyens européens. Cette moyenne masque cependant des préoccupations nationales très variées sur les enjeux des élections européennes, qui auront lieu le 26 mai 2019 en France.

Une manifestations en faveur de l'Union européenne, dans la région de Hesse (Allemagne) en mars 2017 - Crédits : Martin Kraft / Flickr

Une manifestations en faveur de l'Union européenne, dans la région de Hesse (Allemagne) en mars 2017 - Crédits : Martin Kraft / Flickr

62% des Européens considèrent que l'appartenance de leur pays à l'UE est une "bonne chose", donnée la plus élevée depuis 1992, et 68% qu'il en a bénéficié, "score le plus élevé depuis 1983", année où cette question a été posée pour la première fois. C'est ce qu'observe la dernière édition (publiée le 17 octobre) de l'Eurobaromètre, une étude d'opinion régulièrement commandée par les institutions européennes. En France, 61% des Français pensent que cette appartenance est une bonne chose (+6 points par rapport à avril) et 64% que la France en bénéficie. Pour Christine Verger, conseillère à l'Institut Jacques Delors, "ces chiffres contredisent l'ambiance délétère actuelle ; cela montre qu'il y a une attente de la part des citoyens".

Un effet Brexit ?

Ces moyennes européennes, plutôt positives à première vue, s'expliquent-elles par l'incertaine issue des négociations du Brexit ? 66% des Européens voteraient contre la sortie de leur pays de l'UE si un référendum devait avoir lieu demain, selon l'étude. Seuls les Tchèques et les Italiens ne se prononcent pas majoritairement pour un maintien dans l'UE, mais la question n'est pas tranchée pour autant puisque dans les deux pays, seuls 24% des sondés voteraient au contraire pour que leur pays en sorte. Dans 19 États membres sur 28, on vote pour rester à plus de 60%, et ce chiffre atteint 53% au Royaume-Uni. Pour Eddy Vautrin-Dumaine, directeur d'études chez Kantar Public, le cabinet de conseil qui a conduit le sondage, "le fait que l'issue du Brexit soit incertaine et synonyme d'un déclassement du pays fait peur."

On constate par ailleurs une évolution significative des réponses depuis 2016, où 53% des répondants jugeaient que l'appartenance de leur pays à l'UE était une bonne chose, et 60% que leur pays en avait bénéficié. Pour autant, l'effet Brexit n'est pas démontré par l'étude. "Je pense surtout qu'il y a une prise de conscience générale des menaces externes, que ce soit du côté de la Chine ou de dirigeants comme Trump ou Erdogan qui font peur", commente Christine Verger. Et puis, "il y a les sujets comme le climat où l'on se rend compte que l'UE est le niveau d'action le plus pertinent". Deux dimensions qui ont pris de l'importance par rapport aux années précédentes, selon Christine Verger.

Derrière ces moyennes européennes, il existe par ailleurs des divergences selon les pays : alors que plus de 80% des Luxembourgeois, des Irlandais et des Allemands considèrent que l'appartenance de leur pays à l'UE est une bonne chose, seuls 44% des Grecs et 42% des Italiens s'accordent sur ce point.

Un faible intérêt pour les élections européennes

En Europe de l'Est, et notamment dans les pays du groupe de Visegrad, les sondés considèrent que leur pays a plutôt bénéficié de leur appartenance à l'UE : 87% des Polonais, 79% des Hongrois, 77% des Slovaques et 64% des Tchèques.  L'intérêt de ces pays pour les élections européennes demeure pourtant relativement faible pour l'instant : 22% des Tchèques se disent "intéressés par ces élections" et 28% des Slovaques. Dans ces pays, "les niveaux de participation aux élections en général sont préoccupants", rappelle toutefois Christine Verger. Mais  50% des Polonais et des Hongrois se disent intéressés, une donnée dans la moyenne européenne.

Plus largement, seuls 51% des Européens répondent effectivement par l'affirmative et 42% des Français. Par ailleurs, un tiers des Européens seraient "certains d'aller voter", de même qu'un tiers des Français. Ces résultats diffèrent selon le niveau de diplôme et l'âge : "les seniors sont surreprésentés dans les personnes certaines de se rendre aux urnes", constate Eddy Vautrin-Dumaine : 52% des plus de 50 ans (et 52% des plus de 40 ans) sont susceptibles (ou très susceptibles) d'aller voter contre 38% des 15-24 ans, de même que 67% des "managers" contre 33% des personnes sans emploi. Par ailleurs, 60% des personnes qui répondent par la négative à la question "pensez-vous que votre voix compte dans l'UE" ne se disent pas intéressées par les élections.

La campagne Cette fois je vote du Parlement européen vise les Européens qui n'iront "plutôt pas voter" (24% en France): "Ce qui compte ce n'est pas qu'ils soient pour ou contre mais de donner une légitimité au Parlement nouvellement élu. Pour cela il faut une large participation", défend Isabelle Coustet, représentante du Parlement européen en France. Mais ces potentiels abstentionnistes représentent tout de même une potentielle réserve de voix pour des partis anti-UE.

Le désintérêt pour les élections européennes s'observe aussi dans cette donnée : 43% des Européens ont une opinion "neutre" du rôle du Parlement européen (et 51% des Français), une donnée stable depuis plusieurs années, bien que 48% souhaiteraient aujourd'hui que le Parlement "joue un rôle plus important". "Les Européens et les Français connaissent mal les institutions européennes mais ils ne connaissent pas tellement mieux les institutions nationales", relativise Christine Verger.

Des préoccupations nationales

Enfin, les préoccupations des sondés à sept mois des élections sont disparates et reflètent aussi des problématiques intérieures. Si l'économie est le sujet de prédilection des Polonais ou des Portugais, l'immigration est celui des Espagnols, des Italiens, des Grecs ou encore des Bulgares. Les Français (+14 points par rapport à avril 2018), les Estoniens et les Finlandais placent quant à eux la lutte contre le changement climatique et la protection de l'environnement en tête de leurs préoccupations - tandis que seuls 18% des Bulgares considèrent ce thème comme prioritaire pour la campagne.

"Nos dirigeants passent relativement peu de temps à expliquer ce que fait l'UE, donc il y a un effort pédagogique énorme à effectuer pour expliquer les pouvoirs du Parlement européen", juge Christine Verger. Car pour de nombreux citoyens, il y a une confusion sur les compétences dont dispose l'Union européenne. Par exemple, "combattre le chômage des jeunes" est, pour l'ensemble des sondés, le troisième sujet prioritaire qui devrait être discuté durant la campagne, de même que "la protection sociale des Européens" (en septième position) : des compétences principalement entre les mains des États.

Enfin, si seuls 41% des Européens interrogés savent pour le moment que des élections européennes auront lieu en 2019 (29% des Français), cette tendance est en hausse de 9 points par rapport à avril (+12 points pour la France). Les différences entre cet Eurobaromètre et celui d'avril - notamment sur les questions relatives à la volonté de se rendre aux urnes ou aux préoccupations prioritaires des citoyens - demeurent importantes. Il est donc peut-être un peu tôt pour tirer des conclusions concernant ces prochaines élections, alors que la campagne n'a pas encore officiellement débuté.

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