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Des chercheurs en sciences sociales s'interrogent sur la gouvernance européenne

Actualité 12.01.2007

Organisée du 10 au 12 janvier à Paris, sur le thème "démocratie, gouvernance européenne et sciences sociales", la conférence internationale Think and Act avait pour objectif de confronter les points de vue des chercheurs à ceux des dirigeants de l'Europe.

Dans le cadre de ses Programmes cadres pour la recherche et le développement (PCRD), la Commission encourage et finance de nombreux projet de recherche en sciences sociales sur la gouvernance européenne. L'objectif de ces projets est de contribuer à l'amélioration des politiques européennes et apporter des éléments de réponse au déficit démocratique.

Lors de la journée d'ouverture de la conférence, dirigeants européens et français étaient invités à s'exprimer sur la question "De quoi l'Europe souffre-t-elle ?"

De quoi l'Europe souffre t-elle ?

Ouvrant les débats, Josep Borrell Fontelles, Président du Parlement européen, a déclaré non sans ironie que "l'Europe souffre de la crise de la cinquantaine" avant de décrire les trois aspects de cette "crise d'identité". Le premier tient à la dimension de l'UE et à son hétérogénéité, qui rendent difficile la définition d'un projet commun. Le second est une crise d'efficacité, soit "l'affaiblissement du triangle institutionnel" qui "nous condamne à l'impuissance". A ce propos le Président du Parlement souligne que si : "la question institutionnelle n'intéresse pas les gens, alors parlons des résultats, mais les résultats viennent d'institutions qui fonctionnent bien !" Le dernier aspect tient à une crise de légitimité, au sens où "l'Europe ne répond pas aux problèmes des gens". Selon Josep Borrell Fontelles, il faut retrouver "une nouvelle capacité d'action, comme le fut la CECA", l'Europe pourrait notamment apporter une réponse aux problèmes de l'énergie et de l'environnement, et "justifier ainsi l'existence de notre Union".

Elisabeth Guigou, ancienne Ministre déléguée aux Affaires européennes, a appelé les chercheurs "à nous aider à sortir de la crise" à laquelle l'Europe est confrontée. Pour la première fois, selon elle, il n'y a pas de projet ni de leadership politique pour proposer de nouvelles initiatives : "on a perdu la mémoire et on a plus le sens de l'avenir". Afin de sortir de cette "crise de confiance", Elisabeth Guigou préconise "une Europe des projets concrets". L'éducation et l'énergie constituent selon elle deux domaines d'importance dans lesquels l'Union pourrait agir. Citant Jacques Delors, elle a incité les Européens à se demander : "qu'est ce que nous pouvons faire ensemble ?". Pour l'ancienne Ministre, il y a un "besoin d'Europe", mais il faut à présent définir une ambition.

Selon Claus Haugaard Sorensen, Directeur général de la communication au sein de la Commission européenne, "la communication ne pourra pas résoudre le manque de leadership politique, mais mieux communiquer peut créer les conditions favorables pour avancer". Précisant que la problématique de la communication est liée au défi de l'espace public européen, il souligne le besoin d'organiser le débat et de "sortir le citoyen de son espace national".

Sciences sociales et intégration européenne

 

Sous la direction scientifique d'Olivier Costa, les deux journées d'études ont permis de mener une réflexion autour des travaux de différents chercheurs parmi lesquels Maurizio Cotta, Beate Kohler-Koch, Wolfgang Wessels ou Christian Lequesne. Le débat a principalement porté autour des questions suivantes : la gouvernance européenne est-elle un défi démocratique ou un défi d'efficacité ? Le renforcement de la légitimité de l'UE induit-elle davantage de consultation ? Quel est le rôle de la société civile dans ces processus, la relation entre la société civile et l'UE est-elle la cause du malaise ?

Si des divergences sont apparues sur ces questions, l'ensemble des chercheurs s'accorde en tout cas sur le formidable "laboratoire" que constitue l'UE pour les sciences sociales et les défis d'analyse que cette construction politique suscite. D'après la conclusion d'Olivier Costa, les responsables politiques ne semblent toutefois "pas en état d'écouter ce que les chercheurs avancent".

 Présentation et programme de la conférence