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Défense : l'UE cherche sa place entre les Etats-Unis et la Russie

Actualité 13.07.2018 Mégane Aellen et Kadiatou Sakho (envoyées spéciales à Bruxelles)

Au sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet 2018, la Russie s'est trouvée au cœur des discussions. Les pays de l'Union européenne, eux, cherchent leur place face à cette puissance majeure et voisine, tout en maintenant un dialogue houleux avec les Etats-Unis de Donald Trump.

Donald Trump et Jens Stoltenberg au sommet de l'OTAN des 11 et 12 juillet

Donald Trump et Jens Stoltenberg au sommet de l'OTAN des 11 et 12 juillet - Crédits : OTAN

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2017, Donald Trump multiplie les différends avec ses alliés. Le sommet de l'OTAN des 11 et 12 juillet 2018 ne fait pas exception, confirmant l’isolement américain.

Etrange positionnement américain

En question cette fois : l'approche du président américain vis-à-vis de la Russie, celui-ci étant favorable à une amélioration des relations avec Moscou. En effet, Donald Trump semble enclin à une réintégration de la Russie au sein du G8, au grand dam des autres membres du G7 et… de la Russie elle-même. En outre, après l'OTAN, le prochain déplacement très attendu de M. Trump aura lieu à Helsinki le 16 juillet, où il rencontrera Vladimir Poutine, afin d’améliorer les relations entre les deux pays.

Cela n’a pas échappé à Donald Tusk, président du Conseil européen, lors de la signature de la déclaration conjointe sur la coopération UE-OTAN, le 10 juillet. "Il est toujours utile de différencier un allié stratégique d’un problème stratégique", a-t-il déclaré au sujet des relations UE/Etats-Unis et Russie/Etats-Unis. Plus modéré, le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg estime pour sa part "que les dirigeants [des pays membres de l’Alliance] se montreront très intéressés" par les "remarques" de Donald Trump à la suite de sa réunion avec le président russe.

Cette proximité recherchée avec la Russie n’empêche pas le président américain d’être partisan d’un renforcement militaire de l’OTAN, et notamment des bases de l’Alliance situées en mer Baltique, aux portes de la Russie donc. Cultivant l'ambivalence, Donald Trump a également déclaré lors d'une conférence de presse le 12 juillet que "Vladimir Poutine n’est pas un ennemi. Il n’est pas un ami. Il est un concurrent".

OTAN : tensions autour des budgets de défense des Européens

Renforcement militaire face à la menace Russe

Les 7 et 8 juin derniers, les ministres de la Défense des pays membres de l’Alliance avaient déjà pris la décision d’optimiser leurs capacités de réaction face à la Russie. Jens Stoltenberg s’en est d’ailleurs félicité : "plusieurs ministres ont insisté sur la nécessité de rester unis au moment où nous voyons la Russie chercher à nous diviser".

Par ailleurs, toujours selon M. Stoltenberg, "il est essentiel de pouvoir déplacer sans retard des troupes à travers l'Atlantique et au sein de l'Europe, afin de pouvoir avoir les forces appropriées au bon endroit au bon moment".  C’est ainsi que l’initiative dite du "4x30" a été adoptée. Son objectif est d'avoir la capacité de déployer sous 30 jours, 30 bataillons mécanisés, 30 escadrilles, et 30 navires de combat, pour pouvoir faire face à une opération militaire de la Russie, identifiée comme un potentiel agresseur. Une initiative dont l’origine est américaine.

Un enjeu important pour l’Union européenne

Et l'enjeu est de taille pour les Européens. Entre l’annexion de l’Ukraine et de la Crimée, les démonstrations de force en Suède, pays partenaire de l’OTAN, ou encore l’intervention de Vladimir Poutine en Syrie : les Européens craignent le pire.

Cela n'empêche pas Moscou de demeurer un acteur économique privilégié pour certains membres de l’Union européenne. Pour l’Allemagne par exemple, première puissance du continent, et qui a développé un partenariat important avec la Russie pour ce qui est de son approvisionnement énergétique. Un accord qui a d’ailleurs été violemment fustigé par Donald Trump lors de sa première déclaration du sommet de l’OTAN : "l’Allemagne est contrôlée par la Russie", a-t-il martelé sans nuance, et comme pour faire oublier les soupçons d'ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine.

En définitive, l'UE a la difficile tâche de se montrer ferme vis-à-vis de son puissant voisin, tout en le ménageant pour éviter une éventuelle escalade de tensions et maintenir les étroits liens commerciaux et énergétiques qui unissent les deux ensembles.

 

Article dirigé par Toute l'Europe et réalisé avec Open Diplomacy