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Debora Serracchiani (S&D) : "J'ai trouvé l'activité d'eurodéputée beaucoup plus intéressante que je ne le croyais"

Actualité 15.07.2010

Un an déjà ! En juin 2009 avaient lieu les élections européennes. Parmi les 736 eurodéputés élus, nombreux sont ceux qui faisaient pour la première fois leur entrée au Parlement européen. A l'occasion de cet anniversaire, Touteleurope.fr a rencontré un certain nombre d'entre eux. L'occasion de faire le bilan de douze mois de travaux, de joies, de déceptions et d'apprentissage.

Touteleurope.fr : Quel souvenir gardez-vous du soir de votre élection au Parlement européen ?

Debora Serracchiani : J'ai un souvenir de grande fatigue. Une période dense en engagements due à la campagne électorale. Jusqu'à la dernière minute  j'aurai voulu rester chez moi toute seule. Mais après tous ceux qui avec moi avaient contribué à la campagne électorale m'ont convaincue d'attendre avec eux les résultats des scrutins. Une longue nuit et après, bien évidemment, une grande émotion.


Touteleurope.fr : Et quel souvenir gardez-vous de la 'rentrée des classes', de votre premier jour de prise de fonctions ?

D.S. : J'étais étourdie et très prise par les milliers de choses qu'il y avait à faire. Je me souviens que j'ai couru dans tous les sens pour m'enregistrer, prendre le badge, parler avec les assistants parlementaires pour choisir celui qui me convenait le plus, chercher à comprendre le fonctionnement du Parlement européen … une véritable confusion et une course frénétique.


Touteleurope.fr : Quelles fonctions occupiez-vous avant votre élection ? Continuez-vous à les exercer ?

D.S. : J''étais avocate avant et je continue d'exercer la profession. Avant j'étais également conseillère provinciale de Udine et j'ai démissionnée tout de suite après les élections.


Touteleurope.fr : Etre une femme au Parlement européen est-il difficile ?
D.S. : Non ! Franchement je n'ai guère eu l'impression que le fait d'être une femme ait une incidence sur mon activité. Mais la donne change au niveau interne où il est très difficile pour une femme d'être en politique. Par ailleurs, c'est comme ça dans tous les domaines et je pense que c'est un problème qui est ressenti par toutes les femmes qui travaillent.


Touteleurope.fr : Quel est votre meilleur souvenir de cette première année de mandat ?

D.S. : Je n'ai pas de souvenirs particuliers. Pourtant, j'avoue être très contente d'avoir choisi la commission Transports et Tourisme, parce qu'elle est très passionnante et m'a permis de suivre des sujets très intéressants pour le territoire italien, mais également pour la vision européenne des infrastructures.

Donc ce n'est pas un souvenir auquel je suis particulièrement liée, mais il s'agit plutôt de toute mon activité d'eurodéputée que j'ai trouvé beaucoup plus intéressante que je ne le croyais.

Touteleurope.fr : Un mauvais souvenir alors, ou une déception ?

D.S. :  Bien sûr que oui ! L'échec de la résolution sur la liberté de la presse a été pour moi une très grosse déception.  

Par ailleurs, à l'époque tous les amendements avaient été adoptés, mais la résolution  quant à elle n'a pas pu voir le jour à cause de 3 ou 4 voix. Une autre grande déception a été quand on nous avons du élire M. Barroso à la tête de la Commission européenne. A ce moment-là, j'aurais préféré plus de cohérence et plus d'unité de la part de mon alliance politique, mais le poids des Etats nationaux a été trop lourd pour s'y opposer.


Touteleurope.fr : La question de la liberté de la presse est en ce moment essentiellement ressentie en Italie.  Pensez-vous que le fait de vouloir européaniser un débat national conditionne la prise de décision ?
D.S. : Tout à fait ! Je pense que le fait d'avoir présenté la question de la liberté de la presse comme un problème tout d'abord italien a généré une sorte de méfiance parmi les eurodéputés. Pourtant il s'agit d'un thème qui mérite l'attention au niveau européen et sur lequel l'Europe devrait commencer à réfléchir. Du moins pour trouver un accord sur les principes généraux … ce qui veut dire que l'on ne peut pas traiter les cas particuliers, mais il faut élever le débat au niveau européen.


Touteleurope.fr : Arrivez-vous à faire le lien entre les citoyens, qui vous ont élue, et l'Europe ?

D.S. : Depuis mon arrivée au Parlement  européen, j'ai compris que, dans ce domaine, les marges d'action d'un député sont absolument très élevées. Beaucoup plus que celles d'un parlementaire national.

L'eurodéputé a beaucoup plus de possibilité de faire de la politique, d'agir sur le territoire, de créer un lien entre institutions et citoyens. Malheureusement les sujets européens ne sont pas vraiment pris en compte par l'agenda communicationnel italien. Et surtout, lorsque la presse décide de communiquer sur l'Europe, elle le fait très mal.

Je pense, par exemple, à l'affaire Nutella : la proposition de règlement visait uniquement à introduire un nouvel étiquetage sur l'emballage des produits alimentaires et personne en voulait interdire la vente, contrairement à ce que les journaux ont fait croire au lectorat. Tout cela est bien dommage car, si le parlementaire européen avait à disposition les instruments nécessaires, il pourrait faire beaucoup plus.


Touteleurope.fr : Pensez-vous à quelque  chose de précis ?
D.S. : Déjà l'introduction d'une chaîne télévisée dédiée à l'Europe aiderait, à mon avis, les citoyens à se sentir plus proches de l'activité bruxelloise. Parallèlement je suis sûre que, si les institutions italiennes étaient plus présentes dans les lieux stratégiques européens, la connaissance de l'Europe de la part du citoyen ne serait pas aussi mauvaise. Mais je pense également que l'Europe en tant qu'institution devrait être à même de gérer sa propre communication afin d'éviter toute manipulation nationale.


Touteleurope.fr : Quels sont les dossiers les plus importants sur lesquels vous travaillez actuellement?

D.S. : Les droits des passagers des bus et plus particulièrement l'adhésion de l'Union européenne à la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'Homme, un sujet très passionnant  qui permettra l'harmonisation des différents catalogues juridiques et jurisprudences, existant actuellement dans le système européen de protection des droits de l'Homme. Le rapport a déjà été approuvé tel qu'il a été conçu, mais des garanties ultérieures seront bientôt mises en place.

 

 

Propos recueillis le 23 juin 2010