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Débat télévisé : une première dans des élections britanniques

Actualité 16.04.2010

La Grande-Bretagne cherche son nouveau Premier Ministre, et l'issue de l'élection législative  est toujours incertaine à trois semaines du vote. Une première avait lieu hier soir : un débat télévisé entre les leaders des trois principaux partis. Trois ? Oui, car il faudra maintenant compter avec Nick Clegg, le leader des libéraux démocrates. Bousculant le conservateur David Cameron et l'actuel Premier Ministre travailliste Gordon Brown, il est considéré comme le vainqueur du débat… en attendant les élections.

Le débat de jeudi soir, diffusé sur la chaîne ITV, est le premier d'une série de trois. Ce volet, consacré aux affaires intérieures, constituait une première historique pour la Grande-Bretagne. Jamais un débat télévisé n'avait opposé les chefs de partis avant l'élection législative.

 

Les candidats parlent-ils d'Europe dans leur campagne ? Pour en savoir plus, retrouvez sur Touteleurope.fr l'analyse de Roger Liddle (Policy Network) sur le programme "européen" de David Cameron. La justification habituellement avancée pour justifier l'absence de débat était la nature de l'élection, qui n'est pas une présidentielle mais bien une législative. C'est le chef du parti vainqueur qui devient Premier Ministre, et tous les députés ont l'habitude de monter au créneau chaque semaine, lors de la séance de questions au Premier Ministre. Mais le cadre d'un débat télévisé semble avoir fait bouger les lignes, offrant une tribune inédite à l'outsider Nick Clegg.

 

Parmi les 10 millions de britanniques postés devant leur télévision, une nette majorité a considéré que Nick Clegg -encore inconnu d'un tiers des électeurs- avait pris le dessus sur ses opposants politiques lors du débat. Un sondage YouGov pour le Sun a donné le leader des libéraux démocrates "vainqueur" à 51%, contre 29% pour David Cameron, le chef des Conservateurs, et 19% pour le Premier Ministre sortant, le travailliste Gordon Brown.

 

Les trois prochaines semaines de campagne promettent d'être décisives. Dans le duel qui oppose conservateurs et travaillistes, David Cameron était depuis longtemps considéré comme favori, un statut pourtant non confirmé dans les intentions de vote. Nick Clegg, jusqu'à présent crédité de 20% des intentions de vote, n'est pas un vainqueur probable, mais impose le parti Libéral démocrate comme la troisième force du pays. C'est avec lui que le vainqueur devra composer si aucune majorité absolue ne se dégage au Parlement.

 

Le conservateur David Cameron fait campagne sur la réduction de la dette

Le candidat le plus rodé aux médias et favori de l'élection n'a pas livré une brillante prestation hier soir. Dès son discours introductif, le leader des conservateurs a réaffirmé vouloir mettre les électeurs au centre du débat, déclarant : "Nous pouvons construire une plus grande société". Les Tories veulent ainsi prendre le contre-pied du Labour, qui souhaite renforcer le rôle de l'Etat en temps de crise. En ce sens, David Cameron propose notamment la tenue de référendums locaux, si 5% des résidents d'une zone le souhaitent.

 

Le thème central du programme conservateur est la réduction des dépenses publiques. David Cameron a affiché dès son arrivée à la tête des Tories en 2005 sa volonté de s'attaquer à la dette publique : il déclare vouloir diminuer les dépenses de 6 milliards de livres entre 2010 et 2011. A l'image des autres partis, les modalités pour parvenir à cet objectif restent, à part la volonté de diminuer de 10% le nombre de députés, relativement floues.

 

Lors du débat, David Cameron s'est également emparé du thème de l'immigration, déclarant cette dernière "hors de contrôle". Il a appelé à la mise en place de quotas annuels, pour faire diminuer le nombre d'entrants de centaines de milliers à des dizaines de milliers, en limitant tout particulièrement le chiffre d'immigrés non-européens. 

 

Le travailliste Gordon Brown veut renforcer le rôle de l'Etat dans l'économie

L'actuel premier Ministre Gordon Brown peut craindre de voir des années de leadership travailliste prendre fin lors des prochaines élections. Il est toujours devancé dans les sondages par les conservateurs, et ne parvient pas à remonter la pente des treize années de pouvoir du "New Labour" qui ont déçu une grande partie de l'électorat.

 

Outre les récentes révélations sur l'impulsivité de M. Brown, le scandale des notes de frais des députés comme la responsabilité imputée au gouvernement dans la crise économique actuelle ont sérieusement écorné l'image du parti.

 

Contrairement à ce que prônait David Cameron au début de sa campagne, M. Brown a défendu la nécessité de poursuivre la relance de l'économie sans réduction "téméraire"des dépenses publiques. Tout en s'engageant à ne pas relever les impôts, M. Brown souhaite augmenter les cotisations sociales pour financer la National Insurance (qui finance notamment le chômage, les retraites, les allocations familiales et logement).

Toutefois, le programme travailliste présenté quelques jours auparavant insistait, tout en arguant de la défense des services publics et des classes moyennes, sur un nécessaire plan de réduction du déficit. Annoncé comme "radical et réaliste", le plan des travaillistes a l'ambition de refonder la Grande-Bretagne en un pays "plus juste, plus vert, plus responsable et plus prospère".

 

Nick Clegg et les "LibDem" souhaitent changer le système fiscal

Le leader des centristes est celui qui avait le moins à perdre dans ce débat. Il est apparu comme le plus à l'aise, s'adressant directement à ses opposants. "Je suis là pour vous persuader qu'il existe une alternative", a t-il déclaré en ouverture du débat. Le principal point du programme des libéraux démocrates et une refonte de l'impôt. La simplification proposée serait bénéfique aux contribuables : les 10 000 premières livres gagnées (11 400 euros) seraient en effet exemptées d'impôts.

 

Comme Gordon Brown et David Cameron, Nick Clegg insiste sur la nécessité d'une politique de réduction des déficits publics. Il compte parvenir à faire des économies en freinant le programme de rénovation des sous-marins nucléaires et en taxant les "banquier cupides" qu'il pointe du doigt.

 

Même si son parti est relancé, Nick Clegg n'est en principe pas en position de l'emporter. Mais même avec une cinquantaine de députés élus, les centristes seront très convoités au Parlement si aucune majorité ne se dégage. Nick Clegg refuse de dire quel parti il soutiendra après les élections.

 

Le prochain débat, qui se concentrera sur les affaires étrangères, aura lieu jeudi 22 avril sur Skynews, tandis que le troisième débat centré sur l'économie sera diffusé par la BBC le jeudi 29 avril. Ces deux échéances pourraient bien être décisives dans l'issue de l'élection.

 

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