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Débat houleux au Parlement européen sur la loi hongroise sur les médias

Actualité 19.01.2011

On s'y attendait, et ça n'a pas manqué : la présentation de ses priorités par la Présidence hongroise du Conseil de l'Union européenne devant les eurodéputés aura été houleuse. Accueilli dans l'hémicycle par quelques députés bâillonnés brandissant des Unes censurées de journaux pour protester contre sa loi sur les médias, le Premier ministre Viktor Orban n'a pas hésité à répondre aux critiques de l'opposition, considérant que les eurodéputés ont offensé le peuple hongrois. Un débat musclé qui aura même fini par couper l'appétit de Daniel Cohn-Bendit ...

 

Pour Viktor Orban : "En accusant mon pays de faire des pas vers la dictature, vous offensez le peuple hongrois !"

Le tapis controversé

Autre controverse à l'ordre du jour de la présidence hongroise du Conseil : un tapis installé par la Hongrie dans le bâtiment du Conseil, à Bruxelles. L'objet du débat ? La représentation, parmi de nombreux motifs, d'une carte du royaume de Hongrie datant de 1848, époque à laquelle la Slovaquie, la Croatie et une partie de la Roumanie, de la Serbie et de l’Autriche lui appartenaient. Des territoires qui lui ont été retirés par le traité de Trianon en 1920. Si la présidence hongroise affirme qu’"il ne s’agit pas de nostalgie. Le tapis est tout simplement une succession d’images et de symboles culturels, scientifiques et historiques de la Hongrie : rois, artéfacts, extraits d’encyclopédie, la carte de la région de 1848 – l’année du 'Printemps des peuples', lorsque des Révolutions ont eu lieu partout en Europe", la presse y voit, elle, une provocation. 

Les applaudissements contre les huées. C'est le spectacle qu'a offert ce matin le Parlement européen, rarement divisé aussi nettement en deux camps. Une situation qui pour le député Alain Lamassoure (France, PPE) est même "très intéressante car elle préjuge de ce que sera le Parlement après 2014, lorsque le président de la Commission européenne sera élu par le Parlement et donc qu'on aura clairement une majorité et une opposition qui s'affronteront", même si le système européen continuera de fonctionner sur le compromis, a-t-il précisé.

La cause de la discorde ? La loi sur les médias promulguée par la Hongrie fin décembre 2010, qui a fait réagir tous les pays européens, même si la droite européenne a aujourd'hui soutenu un de ses membres en la personne de Viktor Orban. Cette loi, jugée par beaucoup comme liberticide, est actuellement examinée par la Commission européenne afin de sa voir si elle est, ou non, conforme au droit européen.

Pourtant, ce n'est pas sur ce texte lui-même que s'est exprimé ce matin le Premier ministre hongrois mais bien en tant que représentant de la nouvelle présidence du Conseil de l'Union européenne. Venu en présenter les priorités devant le Parlement, il a été accueilli par des députés portant des bâillons et des Unes de journaux blanches, en majorité des membres du groupe des Verts/ALE.

C'est d'ailleurs l'un de leurs leaders, Daniel Cohn-Bendit, qui a lancé le feu des critiques, suivi de près par le Président de l'Alliance des Socialistes et Démocrates, l'Allemand Martin Schulz.

Face aux accusations des eurodéputés, Viktor Orban, qui a pourtant reconnu que son pays était prêt à modifier cette loi dans le sens des recommandations que formulera la Commission européenne, a réagi assez vivement. Il a ainsi reproché aux parlementaires leurs propos inexacts, considérant qu'il serait "indigne d'énumérer toutes les erreurs que vous avez dites quant à la démocratie en Hongrie et quant à la loi hongroise sur les médias".

S'adressant aux députés de l'opposition, le Premier ministre a également affirmé qu'il défendrait toujours son peuple, qu'il considère bafoué par les critiques. "Vous accusez mon pays de faire des pas vers la dictature. Qu'est-ce que c'est si ce n'est pas une offense pour le peuple hongrois !" s'est-il exclamé.

Le chef du gouvernement hongrois a cependant précisé qu'il n'entendait pas mêler affaires purement internes et affaires européennes, même si "nous aborderons durant cette présidence tous les sujets qui seront de votre intérêt" a-t-il promis aux députés.

Un Parlement divisé en deux

C'est un Daniel Cohn-Bendit plus remonté que jamais qui s'est exprimé ce matin dans l'hémicycle européen. Qualifiant M. Orban de 'Chavez européen', il lui a reproché d'être "indigne de l'Europe", et lui a annoncé, non sans humour, qu'il lui a "coupé l'appétit. Vous nous invitez à déjeuner, mais moi je n'irai pas manger avec vous" a lancé le plus célèbre des Verts.

Un positionnement partagé par les socialistes, qui, par la voix de Martin Schulz, ont demandé le retrait pur et simple de la loi. "En démocratie, les médias contrôlent le pouvoir. Avec cette loi, c'est le pouvoir qui contrôle les médias et cela ne va pas dans une démocratie et une communauté de droit européenne. C'est pourquoi nous sommes si inquiets" a expliqué le président du groupe S&D au Parlement.

Du côté de la majorité, c'est un front uni qui a soutenu le Premier ministre hongrois. Des applaudissements nourris ont accompagné les déclarations de Viktor Orban, que ce soit du côté de la droite 'extrême' ou au sein du PPE. Une solidarité normale au sein du groupe politique, selon Alain Lamassoure qui a surtout noté la volonté de la Hongrie de répondre aux exigences de la Commission concernant cette loi.

 

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