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De la chute du mur à la réunification allemande

Actualité 01.10.2010

C’est un enchaînement d’événements qui a mené à la réunification des deux États allemands. En 1995, Christine de Mazières publiait l’ouvrage “Requiem pour la RDA”, une série d’entretiens avec le dernier chef du gouvernement de la RDA, Lothar de Maizière. Pour ParisBerlin, en partenariat avec Touteleurope.eu, elle nous rapporte les meilleurs moments de cette histoire, ceux qui ont changé pour toujours le visage de l’Europe.

Stefan Zweig, dans un ouvrage célèbre, a évoqué “les heures étoilées de l’humanité”, ces tournants dans l’histoire où le destin s’accélère. Il en est ainsi des onze mois qui séparent la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 de la réunification allemande le 3 octobre 1990. Rarement l’histoire s’est emballée de telle manière. En quelques mois, une situation qu’on croyait figée pour des décennies encore s’est délitée et retournée. La division de l’Allemagne depuis quarante ans en deux États antagonistes, têtes de pont d’un affrontement idéologique planétaire, a été surmontée en ces quelques “mois étoilés”.

Avant de rappeler le déroulement des principaux événements qui ont jalonné ces onze mois, il convient de les replacer dans leur contexte et de rappeler le caractère foncièrement inattendu et imprévisible de cette période.

Membre du comité d’administration de la Fondation Genshagen, Christine de Mazières publie en 1995 un livre d’entretiens avec l’ancien président de la RDA Lothar de Maizière, Requiem pour la RDA.

Quand l'inattendu se produit

En 1989, malgré les difficultés économiques et sociales croissantes auxquelles la RDA est confrontée, la perspective d’une réunification des deux Allemagne paraît encore lointaine. En juin 1989, Gerhard Schröder déclare que les chances d’une réunification sont inexistantes, tandis qu’Erich Honecker promet que le Mur de Berlin durera encore 100 ans.

Le 9 novembre, s’ouvre le Mur de Berlin d’une manière inattendue, fortuite. Une brèche s’ouvre à la suite d’un malentendu. Le peuple s’y engouffre. Le Mur est tombé. La revendication de liberté se mue alors en volonté de réunification : “Wir sind das Volk” devient “Wir sind ein Volk”, scandé quelques jours après dans les manifestations. Mais des rêves du peuple à leur réalisation, le chemin risque d’être long. Il faut se garder de tout anachronisme. En racontant cette période historique a posteriori, il semblerait que la réunification pacifique de l’Allemagne coule de source après la chute du Mur. Or, nul ne pouvait prévoir, fin 1989, l’issue rapide et pacifique de la réunification de l’Allemagne dès l’automne suivant. En effet, le processus n’était pas d’emblée voué au succès pour au moins deux raisons :

En premier lieu, l’occupation soviétique, forte de 380 000 soldats stationnés autour de Berlin, ceinte de terrains militaires soviétiques à une heure de char environ. Ils pouvaient investir Berlin très rapidement, comme ce fut le cas lors du soulèvement ouvrier du 17 juin 1953. Les Soviétiques pouvaient compter sur l’appui, de surcroît, de l’armée, de la police et du ministère de la Sécurité d’État (la Stasi), solidement armés.

En second lieu, le mythe tenace que la RDA était la “dixième puissance industrielle du monde”, un pays solide qui venait de commémorer avec faste le 40e anniversaire de sa Constitution le 7 octobre 1989 et qui pourrait durer des décennies, voire des siècles… L’Occident ignorait que l’Allemagne de l’Est était au bord de l’effondrement économique.

L’Allemagne, réputée être le “pays où échouent toutes les révolutions”, en réussit alors une de manière entièrement pacifique, sans verser une goutte de sang. La période allant du 9 novembre 1989 au 3 octobre 1990 est souvent qualifiée de tournant, Wende.

Pourquoi cette Wende fut-elle si rapide ? Pour au moins trois raisons : la situation économique catastrophique de la RDA, l’exode massif d’Allemands de l’Est vers l’Ouest, enfin la volonté des dirigeants ouest allemands d’exploiter sans attendre les bonnes dispositions soviétiques.

Le délabrement économique de la RDA est bien pire que ce que l’Ouest imagine. Révélée par le gouvernement réformiste Modrow, la situation est celle d’une faillite imminente. Afin d’améliorer le niveau de vie de la population, le PIB est-allemand est presque entièrement consacré à la consommation, au détriment des investissements. La RDA se trouve, depuis les années 80, au bord de la cessation de paiement, ne devant son salut qu’aux crédits accordés par 400 banques de l’Ouest au prix de statistiques falsifiées.

Dans une note confidentielle du 27 octobre 1989, le chef de la planification, Gerhard Schürer, écrit à Egon Krenz une note sur la situation économique de la RDA indiquant que le surendettement est tel, que le seul arrêt de l’endettement en 1990 conduirait à la baisse du niveau de vie de 25 à 30 %, ce qui rendrait la RDA ingouvernable. Devant le risque imminent de cessation de paiement, la “note Schürer” recommande notamment le développement de la coopération économique avec des pays occidentaux tels que la France, l’Autriche et le Japon, intéressés à un renforcement de la RDA comme contrepoids politique à la RFA, ainsi que la réduction de l’économie planifiée au profit d’une responsabilisation des acteurs économiques, afin d’améliorer une productivité catastrophique. Enfin, l’atout maître dans la main de la RDA sera de monnayer vis-à-vis de la RFA une ouverture du Mur, “envisageable pendant ce siècle encore” à condition d’un soutien économique massif de l’Ouest. Son ouverture non préméditée le 9 novembre 1989 privera la RDA de son ultime monnaie d’échange.

Deuxième facteur d’accélération de la Wende, l’émigration massive des Allemands de l’Est, préférant s’installer à l’Ouest une fois le Mur tombé. Sans perspective d’amélioration rapide de la situation, c’est-à-dire de réunification, il apparaît impossible d’endiguer le flot de migrants (Übersiedler), qui s’élève en moyenne à 2 000 personnes par jour au début de 1990. S’agissant surtout de jeunes diplômés, leur départ ne fait qu’aggraver la situation économique à l’Est.

Enfin, le contexte international influe sur la rapidité du processus : la situation de Gorbatchev devenant incertaine, le chancelier Kohl et son ministre des Affaires étrangères Genscher veulent à tout prix profiter de cet état de faiblesse pour pousser l’unification.

Reprenant le fil des événements, deux périodes se détachent : avant et après les premières élections libres en RDA le 18 mars 1990. La première phase de la Wende correspond, en RDA, au gouvernement Modrow. Au plan international, après quelques atermoiements, une négociation se noue enfin dans le but de clore la “question allemande”, qui est en suspens depuis la dernière guerre.

De la chute du mur aux élections libres

Le 13 novembre 1989, la Chambre du Peuple de la RDA élit Hans Modrow au poste de Premier ministre, en remplacement de Egon Krenz, falot successeur de Erich Honecker depuis seulement le 18 octobre 1989. Modrow, né en 1928, est alors premier secrétaire du SED à Dresde. Communiste rénovateur, il est adepte de Gorbatchev. L’ère Honecker-Krenz de résistance à la Perestroïka est donc bel et bien close. Le 28 novembre 1989, Helmut Kohl présente son “Plan en dix points”, préparé dans le plus grand secret. Même Genscher n’en sait rien ! Kohl y propose plusieurs étapes jusqu’à l’unité allemande. Ce plan en dix points prévoit notamment des élections libres en RDA et la mise en place de structures confédératives pour la période transitoire précédant l’unité. La date de celle-ci n’est pas précisée, mais semble être envisagée au terme de plusieurs années, 8 à 10 ans selon certains.

Le 1er décembre 1989, la mention du rôle particulier du SED, parti communiste est-allemand, est retirée de la Constitution, ce qui ouvre la voie au pluralisme et à des élections libres.

Le 7 décembre 1989, est constitué par Modrow un gouvernement de coalition, avec comme vice-Premier ministre en charge des questions religieuses Lothar de Maizière, nouveau dirigeant de la CDU de l’Est. Ce dernier a posé comme condition l’organisation d’élections libres. Descendant d’une famille huguenote et chrétien engagé (sa soeur aînée est Pröbstin – évêque protestante – et l’une de ses filles est pasteur), Lothar de Maizière est élu le 10 novembre 1989 à la tête de la CDU de l’Est, à laquelle il a adhéré à l’âge de 16 ans pour ne pas être contraint de rejoindre le SED. Il est alors l’un des rares avocats à Berlin-Est à défendre des prisonniers politiques, protégé par son statut de vice- président du Synode de l’Église est-allemande. Il sera, en mars 1990, le premier chef de gouvernement librement élu de la RDA.

Le gouvernement Modrow ouvre aussitôt, dès la mi-décembre 1989, des discussions avec les nouveaux groupes d’opposition, les mouvements civiques et les Églises au sein d’une “Table ronde” qui durera jusqu’aux élections de mars 1990. Cette Table ronde, qui se décline localement en autant de forums de discussions, est une vaste “catharsis” et la première expérience démocratique du peuple est-allemand, qui peut enfin exprimer ses opinions et revendications. Pendant trois mois, les discussions de la Table ronde, retransmises à la radio, sont suivies avec assiduité par les Allemands de l’Est. Certains intellectuels des mouvements civiques y développent l’idée d’une “troisième voie” entre socialisme et capitalisme, en faveur du maintien d’un État est-allemand qui serait “neutre”. Cette position idéaliste sera battue en brèche par les faits : l’effondrement de la RDA, le flot migratoire vers l’Ouest et l’aspiration à l’unité de la majorité des Est-Allemands.

Le président Mitterrand, en visite en RDA juste avant Noël, n’envisage manifestement pas de réunification à courte échéance, puisqu’il signe le 20 décembre 1989 avec la RDA un accord commercial d’une durée de quatre ans…

Le processus s’accélère pourtant en janvier 1990. Le 28 janvier, Modrow et la Table ronde s’accordent pour avancer la date des élections, prévues initialement en mai, au 18 mars 1990.

Le 30 janvier, Gorbatchev déclare à Modrow qu’il ne s’opposera pas à une réunification allemande. Cette annonce du leader soviétique est un tournant et permet de lancer concrètement le processus interne et externe de réunification.

Le 13 février 1990 démarrent donc à Ottawa les négociations “4 + 2” entre les quatre Alliés vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale et les deux États allemands sur les aspects extérieurs de la réunification allemande. Malgré sa souveraineté presque entièrement retrouvée en 1955 par les accords de Paris, l’Allemagne conserve néanmoins un statut spécifique : tant qu’un traité de paix ne sera pas signé avec elle, les quatre Alliés conserveront des droits sur “l’Allemagne dans son ensemble” et notamment sur Berlin. La guerre froide avait gelé la signature de ce traité de paix. Il s’agit maintenant de rendre sa pleine souveraineté à l’Allemagne. Le jeu n’est pas couru d’avance. Les quatre Alliés ont des positions différentes : les États-Unis soutiennent rapidement la réunification, tandis que la Grande-Bretagne y est hostile ; l’Union soviétique se montre très changeante et la France, après avoir émis des réticences, se rallie assez vite à l’idée de réunification.

Premier pas dans la réforme économique en RDA, la Treuhandanstalt, société fiduciaire chargée de la privatisation de tous les biens de l’État est-allemand, est créée le 1er mars 1990 par le gouvernement Modrow. Les sociétés étrangères ne peuvent encore qu’acquérir 49 % au maximum du capital des entreprises est-allemandes. Ce seuil sera supprimé après les élections. Les sociétés françaises se montreront très intéressées par les acquisitions en RDA, et la France sera le premier pays acquéreur en dehors de l’Allemagne de l’Ouest.


Des élections libres à la réunification

La seconde phase de la Wende débute avec les premières élections libres de la RDA, qui se déroulent le 18 mars 1990. Il s’agit, dans cette partie de l’Allemagne, des premières élections libres depuis décembre 1932, soit depuis 58 ans ! Les Allemands de l’Est vont en masse aux urnes, et le taux de participation est de 93,4 %. Une vingtaine de listes se présentent.

Le résultat des élections est une surprise. Dans ce territoire historiquement ancré à gauche et malgré des sondages confortant cette vision (pour une raison très simple : les détenteurs de téléphone en RDA sont proches du pouvoir en place), les élections voient la victoire de l’“Alliance” de centre-droit comprenant la CDU (41 %) et les groupes de l’Est favorables à une unification rapide, ainsi que les libéraux, avec un total de 63 %. C’est un plébiscite en faveur de la réunification. Le parti communiste SED a changé de nom pour s’appeler maintenant PDS (Partei des Demokratischen Sozialismus) : il recueille 16,4 % des suffrages.

Le 12 avril 1990, la première Chambre du Peuple librement élue investit Lothar de Maizière, président de la CDU de l’Est, comme chef de gouvernement à la tête d’une grande coalition, comprenant également le SPD, représentant 75,2% des suffrages totaux. Contre l’avis de la CDU de l’Ouest d’Helmut Kohl, Lothar de Maizière souhaite cette grande coalition avec le SPD, afin de pouvoir mener l’imposant programme de réformes menant à la réunification avec la majorité la plus large. C’est un intellectuel non politicien qui est propulsé à la tête du
pays pour assurer la transition, comme ses homologues polonais (le philosophe Mazowiecki), tchèque (l’écrivain Vaclav Havel) ou encore hongrois (l’historien Antall). Une complicité s’établit entre ces dirigeants atypiques ayant à affronter des situations difficiles et inédites.

La porte-parole déléguée du gouvernement de Maizière s’appelle Angela Merkel. C’est le premier poste politique de cette jeune physicienne. Le gouvernement de Maizière affiche cinq priorités dans la conduite de la réunification : conserver son caractère pacifique (il faut désarmer la Stasi), stopper la migration massive vers l’Ouest, sécuriser l’unification sur le plan international, éviter l’effondrement financier de la RDA, régler contractuellement l’unification (pour que l’apport spécifique de la société est-allemande soit reconnu et respecté). Dans son discours d’investiture du 19 avril 1990, Lothar de Maizière se prononce pour l’unification par l’adhésion de la RDA à la RFA, selon l’article 23 de la Loi fondamentale (Constitution ouest-allemande). Une querelle a opposé les partisans de l’article 23 (élargissement par adhésion) à ceux de l’article 146 (validité provisoire jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Constitution qui prendrait en compte les changements souhaités par les Allemands de l’Est). Cette deuxième solution, l’article 146, est écartée car trop lente par rapport aux attentes de la majorité des Allemands de l’Est. En revanche, l’article 23 nourrit symboliquement l’image d’une absorption (voire d’un “Anschluss” !) de la RDA dans l’Allemagne de l’Ouest.

Le 28 avril 1990, le Conseil européen à Dublin déclare que la réunification allemande est un “facteur positif” pour le processus d’unification européenne. Le 6 mai ont lieu les premières élections municipales libres en RDA. Une nouvelle génération de maires, la plupart issus de la société civile, prend les rênes des communes.

De rapides négociations s’engagent dès le 27 avril entre les deux gouvernements allemands et aboutissent au premier acte significatif de la réunification allemande : l’accord sur l’union économique et monétaire, signé le 18 mai et qui entre en vigueur le 1er juillet 1990. Dès cette date, le Deutsche Mark émis par la République fédérale d’Allemagne devient également l’unité monétaire de la République démocratique allemande. La question du taux de change entre les deux monnaies est un casse-tête : s’il n’est pas de 1 pour 1, les Allemands de l’Est continueront à émigrer en masse vers l’Ouest ; s’il est de 1 pour 1, l’industrie est-allemande, dont la productivité est en réalité dans un rapport de 1 à 4, est laminée. Logique politique contre logique économique. C’est la première qui l’emporte globalement. Le compromis est le suivant : l’ancien mark est-allemand est échangé à parité pour les particuliers jusqu’à 4 000 DM (2 000 DM pour les moins de 14 ans, 6 000 DM pour les retraités), à 2 pour 1 au-delà. Pour les entreprises, le taux est de 2 pour 1 uniformément.
Les entreprises est-allemandes subissent dès lors une série de faillites, que ce taux de change accélère. La concurrence des produits ouest-allemands, plus attrayants pour les consommateurs de l’Est, contribue aussi à leur faire perdre leurs marchés. Le 21 juin, le Bundestag et la Chambre du Peuple reconnaissent définitivement la ligne Oder-Neisse, frontière effective depuis 1945, comme frontière orientale de l’Allemagne. L’Allemagne renonce donc définitivement aux anciennes provinces de Prusse-Orientale, de Silésie, de Poméranie orientale et à la partie du Brandebourg situé à l’est de ces deux rivières. Cette renonciation sera ratifiée par le traité germano-polonais signé le 14 novembre 1990 à
Varsovie.

L’acceptation définitive de la réunification par Gorbatchev est obtenue lors de la visite de Kohl dans le Caucase le 16 juillet 1990. Gorbatchev y accepte aussi que la future Allemagne réunifiée reste membre de l’OTAN. Cela met un terme aux atermoiements de l’Union soviétique, qui jusque là envoie des messages contradictoires. Le 17 juillet a lieu à Paris la troisième réunion des négociations “4 + 2”, en présence du ministre polonais des Affaires
étrangères.

Le 22 juillet, la Chambre du Peuple vote la loi d’organisation des Länder, qui rétablit les cinq Länder que la RDA centralisée avait remplacés en 1951 par des districts (Brandebourg, Thuringe, Saxe, Saxe- Anhalt et Mecklembourg-Poméranie occidentale). Les élections aux assemblées régionales (Landtage) auront lieu le 14 octobre. Cette reconstitution des anciens Länder est une condition sine qua non de l’entrée de la RDA dans la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne par le biais de son article 23. Le 23 août, la Chambre du Peuple adopte une résolution en faveur de l’adhésion de la RDA à la RFA à dater du 3 octobre. Cette date, aujourd’hui celle de la Fête nationale allemande, est décidée unilatéralement par le Parlement est-allemand.

Le 31 août est signé le traité d’unification (Einheitsvertrag) entre les deux États allemands. Ce traité historique est ratifié à 90 % des voix du Bundestag et à 80 % des voix de la Chambre du Peuple. Enfin, le 12 septembre 1990 marque la conclusion des négociations “4 + 2” à Moscou par la signature du traité sur le règlement final relatif à l’Allemagne. Genscher et de Maizière pour les deux Allemagne, Chevardnadze pour l’URSS, Baker pour les USA, Dumas pour la France et Hurd pour le Royaume-Uni, signent ce traité de paix avec l’Allemagne qui met un point final à la Seconde Guerre mondiale. C’est l’événement qui a le plus marqué et ému Lothar de Maizière pendant la durée de son gouvernement. Les concessions financières sont significatives : Bonn s’engage à payer 12 milliards de DM à l’Union soviétique pour la construction de logements pour les militaires soviétiques retournant au pays et pour le coût de stationnement des troupes jusqu’à leur départ complet d’Allemagne en 1995.

Le traité “4 + 2” n’entrera en vigueur que le 15 mars 1991, après avoir été ratifié par l’ensemble des Parlements. Mais les droits exercés par les Alliés sur l’Allemagne, et en particulier sur Berlin, cessent dès le 3 octobre 1990, jour de la réunification.


Vingt ans après

Une génération a passé. La mémoire de cette histoire singulière doit être gardée vivante. Comme le dit Lothar de Maizière, qui pointe à regret l’émergence d’une nouvelle ignorance (“eine neue Ahnungslosigkeit”) à l’égard de cette histoire pourtant proche : “Un peuple sans histoire est un peuple sans visage.” (“Ein Volk ohne Geschichte ist ein Volk ohne Gesicht”).

Le bilan de la réunification est globalement positif. Le choc économique a été plus ample que prévu : “les nouveaux Länder” ont connu la désindustrialisation et le chômage massif. Mais des investissements colossaux ont rénové toutes les infrastructures, logements, routes, réseaux de télécommunications, etc. La catastrophe écologique, très avancée en RDA, a été enrayée. Les transferts sociaux sont également massifs. Les Allemands de l’Est éprouvent des regrets à
l’égard de certaines décisions politiques : ainsi, en matière de droit de la propriété, la préférence accordée à la restitution des biens (souvent à des Allemands de l’Ouest) plutôt que le dédommagement. Ainsi, aussi, de la non-fermeture des archives de la Stasi, qui continue à entretenir un inutile climat de suspicion, alors que ce type d’archives a été fermé dans les autres pays de l’Est en gage de réconciliation. Chez environ 20 % des Allemands de l’Est, électeurs de “Die Linke”, parti héritier du PDS et du SED, il règne la nostalgie du passé, la “Ostalgie”, qualifiée aussi de “posttotalitäre Melancholie”.

Deux faits datant de l’automne 2009 montrent que la page de 1989 n’est pas entièrement tournée. D’une part, des communistes reviennent au pouvoir dans le Land de Brandebourg à travers l’alliance SPD + Die Linke, créant une polémique car certains sont d’anciens dénonciateurs de la Stasi. D’autre part, le prix Nobel de littérature a été décerné à Herta Müller, frêle écrivaine allemande de Roumanie, dont le message est de cesser de banaliser et d’enjoliver (“verniedlichen”) a posteriori les dictatures communistes.

Mais le fait que l’Allemagne réunifiée ait élu une chancelière venant de l’Est est en soi un symbole d’une certaine normalisation des rapports entre Allemands de l’Ouest et de l’Est. Autre beau symbole : les 1 300 kilomètres de l’ancienne frontière qualifiée autrefois de “bande de la mort” (Todesstreifen) sont aujourd’hui reconvertis en “bande verte” (Grünes Band) préservant la nature…

Par Christine de Mazières


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