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De Bratušek à Bulc : la Slovénie et son commissaire européen

Actualité 16.10.2014

Le 8 octobre dernier, le Parlement européen a rejeté la candidature de la slovène Alenka Bratušek au poste de commissaire européen en charge de l’Energie. Une décision qui n’a fait ni chaud, ni froid au gouvernement de Miro Cerar. Accusée de s’être "autodésignée" au poste de commissaire, Mme Bratušek devrait être remplacée par la vice-Premier ministre Violeta Bulc. Son audition devant le Parlement européen aura lieu le 20 octobre.

Bulc (c) vlada.si

L’échec de Bratušek au Parlement européen

Jean-Claude Juncker n’a pas encore pris officiellement la place de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne, mais il a déjà formé son équipe de travail. Les 28 Etats membres ont proposé leurs futurs commissaires et ces derniers ont été auditionnés par le Parlement européen. Plusieurs Etats membres ont vu leur candidat mis en difficulté lors des oraux et certains pays ont dû faire du lobbying pour les sauver. Cependant, un seul Etat s’est vu obligé de présenter un nouveau candidat : la Slovénie. 

Lundi 6 octobre, l’ancienne Première ministre slovène Alenka Bratušek (44 ans) s’est présentée face à deux commissions parlementaires : celle de l'industrie, de la recherche et de l'énergie et celle de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire. Mme Bratušek, première femme à la tête de l’exécutif à Ljubljana, est arrivée à Bruxelles avec une lettre de mission signée par Jean-Claude Juncker. Le nouveau président de la Commission européenne souhaitait la voir au poste de commissaire chargé de l’Union énergétique.

Mais face aux élus européens, la candidate libérale slovène n’a pas été assez convaincante. Pour les députés, ses réponses ont été "trop vagues et générales", comme l’a affirmé le groupe PPE après l’audition. Le Letton Krišjānis Kariņš (PPE) a notamment critiqué une "performance faible", soulignant que l’énergie mérite "plus d’ambitions” et un "commissaire plus fort”. Un avis partagé par le député néerlandais Bas Eickhout (Verts/ALE), qui a demandé à Mme Bratušek de "préciser" ses objectifs plutôt qu’évoquer "une situation générale difficile alors que nous savons tous qu’elle est difficile". 

Lors de son audition, Alenka Bratušek, a été également critiquée pour s’être nommée elle-même au poste de commissaire avant de quitter ses fonctions de Premier ministre. Mais selon ses dires, Mme Bratušek aurait plutôt fait les frais d’une absence de protection politique, notamment en Slovénie. En effet, le vote du 8 octobre qui a confirmé le rejet de sa candidature (112 votes "contre", 13 "pour" et 2 abstenus) a été accueilli sans trop de mal à Ljubljana. 

Alenka Bratušek, l’auto-candidate à la Commission européenne

Désavouée par son parti “Slovénie positive” lors de ses élections primaires, Alenka Bratušek a démissionné de son poste de Premier ministre le 5 mai 2014, mettant ainsi fin à un mandat d’à peine treize mois. Mme Bratušek a par la suite perdu les élections anticipées qui se sont déroulées durant le mois de juillet. Mais, avant de laisser son poste à l’actuel Premier ministre, Miro Cerar, elle s’est auto-proposée comme candidate slovène au poste de commissaire européen. Une décision qui n’a pas plu à l’opinion publique et au nouvel exécutif, qui a décidé d’exclure le parti de Bratušek de la nouvelle coalition au gouvernement. 

"La candidature de Bratušek a été confirmée par le gouvernement précédent et moi je n’ai aucune compétence pour l’empêcher", a déclaré Miro Cerar lors de l’arrivée de la politicienne à Bruxelles le 12 septembre. Le Premier ministre slovène, fraîchement élu, a préféré à ce moment-là ne pas prendre position sur la présence de Bratušek aux côtés de Juncker. Un mois plus tard, lors du rejet de sa compatriote face au Parlement européen, Miro Cerar se limitait à présenter une nouvelle candidate, cette fois-ci choisie dans son camp : la vice-Premier ministre Violeta Bulc.

Au tour de Violeta Bulc, débutante en politique

La centriste Violeta Bulc débarque tout juste dans l’arène politique. Cette ancienne conseillère en entreprise de 50 ans n’occupe que depuis un mois le poste de vice-Premier ministre en charge du Développement. Mme Bulc rejoint le parti de centre-gauche de Miro Cerar (SMC) juste avant les élections anticipées et elle occupe, tout comme le Premier ministre actuel ex-professeur de droit, pour la première fois un rôle politique. 

Une raison suffisante - comme le disent certains observateurs - pour douter de sa nomination au poste de commissaire européen. Mais pour Jean-Claude Juncker, la vice-Premier ministre de Ljubljana est à la hauteur du poste. Le président de la Commission a approuvé sa candidature et l'a désignée au poste de commissaire aux Transports. 

"On apprend que le commissaire-désigné aux transports Maros Sefcovic devrait hériter d'une vice-présidence à l'énergie, et que la slovène Violeta Bulc nouvelle nominée devrait prendre la charge de commissaire aux transports et à l'espace", affirme le 15 octobre, l’eurodéputée Karima Delli (Europe Ecologie - Les Verts). L’élue française ne se félicite pas de cette nouvelle, se demandant si Violeta Bulc suivra les positions de Maros Sefcovic qui avait été désigné à l'unanimité de la Commission transport. "Je crains que nous perdions sérieusement au change", conclut-elle.

La nouvelle candidate slovène sera auditionnée lundi 20 octobre par le Parlement européen. Et en cas de rejet par les eurodéputés, la Commission risquerait de ne pas être prête pour le 1er novembre. Un faux départ qui pourrait jeter une lumière sombre sur la nouvelle Commission européenne. 

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