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David Cameron, Premier ministre d'un Royaume désuni ?

Actualité 19.05.2015

Sans se départir de leur flegme légendaire, mais sans pouvoir cacher leur étonnement, les Britanniques ont accueilli les résultats des élections générales du 7 mai et la reconduction de David Cameron à Downing Street. Une victoire nette et inattendue pour les conservateurs, à même de constituer un gouvernement majoritaire, mais qui n'exemptera pas le pays de nouveaux questionnements sur son unité et son avenir.

David Cameron et Nicola Sturgeon, le 15 mai

Une stabilité inattendue qui masque de profondes divisions

56 ! C’est le nombre de sièges obtenus à ces élections par le Scottish National Party (SNP) sur les 59 dévolus à l'Ecosse. Un gain de 50 députés logiquement décrit comme un raz-de-marée, balayant en premier lieu le Labour sur ses terres historiques. Mais c'est moins le résultat du SNP qui a suscité la plus grande surprise – celle-ci ayant été l'une des seules prédictions justes des sondages – que la victoire en solitaire des conservateurs. Alors qu'une nouvelle coalition était présentée comme incontournable, l'électorat tory s'est mobilisé pour offrir à David Cameron la prolongation de son CDD de Premier ministre de cinq années supplémentaires.

Vu d’Ecosse, la victoire conservatrice est donc en demi-teinte. Le peu d'appétence pour ce parti dans les terres du Nord est de notoriété bien connue, et les Ecossais semblent prêts à l’affrontement avec leur voisin du Sud. C’est dans cette perspective que les citoyens et les médias perçoivent donc le mandat qui s'engage. Avec les échéances d’ores et déjà annoncées comme le référendum sur l’appartenance à l’Union européenne ou la mise en place des conclusions de la Commission Smith sur les dévolutions de nouvelles compétences au Parlement écossais, commentateurs et simples électeurs ressentent bien que le moment des grands changements est arrivé.

Nicola Sturgeon, Leader de l'opposition ?

Ces lendemains d’élections ont d'ailleurs été marqué par le départ de poids lourds de la politique britannique. Trois des principaux partis politiques du Royaume sont en effet décapités, dont Ed Miliband pour les travaillistes et Nick Clegg, vice-Premier ministre sortant pour les libéraux-démocrates. Leur disparition du paysage politique britannique est proche. Quant à Nigel Farage, malgré sa défaite personnelle, son parti réalise une progression historique, ce qui l'a incité à revenir sur sa décision d'en quitter la direction. Toutefois, le seul dirigeant de l'opposition toujours en place et bénéficiant d’une vraie dynamique positive à l’issue du vote n'est autre que Nicola Sturgeon, leader du SNP et aussi Premier ministre d’Ecosse.

David Cameron en fin politique mais aussi en Premier ministre lucide l’a bien compris. C’est à Edimbourg qu’il a effectué son premier déplacement afin de rencontrer celle qui est surnommée par les médias comme "la nouvelle Reine d’Ecosse". Une discussion d’une heure qui a surtout servi aux deux protagonistes à se sonder mutuellement et l’occasion pour Mme Sturgeon de clarifier la nature que prendra leur relation pour les années à venir. Un dialogue certes, mais intransigeant. "La voix de l’Ecosse ne pourra plus être ignorée et ceux qui feront cette erreur en paieront les conséquences", a-t-elle prévenu.

Une majorité sous tension à Westminster

C’est donc avec une opposition laminée en Angleterre et virulente en Ecosse que David Cameron prépare sa rentrée parlementaire. Le discours de la Reine, l’équivalent de notre discours de politique générale, aura lieu le mercredi 27 mai. Son contenu, rédigé par David Cameron, mais lu par Sa Majesté, est l’objet de toutes les attentions et servira de baromètre aux rapports de force entre les partis et à la solidité du Premier ministre vis-à-vis de ses engagements de campagne. David Cameron doit donc rassurer ses électeurs tout en subissant les pressions des autres vainqueurs de ces élections, à savoir le SNP et UKIP.

Un numéro d'équilibriste inconfortable avec deux partis à ce point opposés sur l’échiquier politique. Les premiers, anti-austérité et pro-européens, ont 56 députés et contrôlent un territoire qui a failli obtenir son indépendance il y a à peine quelques mois. Le second, ultra-libéral et europhobe, a réussi une percée dans l’électorat qui ne doit pas être sous-estimée malgré un système de scrutin qui, avec plus de 3 millions de voix et un score de plus de 12% ne lui a permis d’obtenir qu’un seul siège.

Cela dit, la bataille ne se jouera pas uniquement sur les banquettes vertes de la Chambre des Communes. L’opinion britannique est profondément divisée. Chose rare et bien révélatrice de cette époque troublée, malgré sa victoire nette, le Premier ministre ne peut bénéficier d'une véritable ferveur populaire. Ses électeurs ont soutenu sa politique austéritaire, mais n'en demeurent pas moins minés par l’incertitude économique et le creusement des inégalités.

Soulagés d’avoir écarté les nationalistes du pouvoir avec la défaite du Labour, ils sont toutefois tiraillés par les discours de repli national, prôné par le UKIP et une partie des Tories eux-mêmes. Majoritairement opposés à l’organisation d’un autre référendum sur l’Ecosse ils plébiscitent celui sur l’UE. Les deux étant pourtant intimement liés compte tenu de l’inclinaison pro-européenne des Ecossais.

La réalité des chiffres est implacable. Avec un taux de participation de 66% et un score pour les Tories d’environ 37%, cela fait de David Cameron un Premier ministre sollicité par seulement 1 électeur sur 5. Ce sera donc toute la difficulté pour le leader conservateur de gouverner un pays plus que jamais au bord de la scission sur le plan national et de l’isolement sur le plan international. La constitution de son gouvernement ainsi que les premières mesures annoncées sont loin d’apaiser la méfiance de nombreux électeurs à ce sujet. En effet, quelques jours seulement après sa confirmation par le Reine, David Cameron a annoncé qu’il souhaite désengager le Royaume-Uni de la Convention européenne des Droits de l’Homme pour la remplacer par un ensemble de lois nationales et ainsi prévenir toute supériorité juridique de la Cour européenne des Droits de l’Homme sur la Cour suprême britannique.

 

* Article écrit dans le cadre d'un partenariat avec notre correspondant en Ecosse Maxime David