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David Cameron entre dans le "money time" de son mandat

Actualité 07.07.2014

Mai 2014 – mai 2015 : l’année de tous les dangers pour David Cameron. Alors que son premier mandat touche à sa fin, le Premier ministre britannique fait face à une série de défis desquels il pourrait ne pas se relever. Les élections européennes n’ont pas été un franc succès, pas plus que la bataille pour la présidence de la Commission européenne. Et il lui reste à affronter le référendum sur l’indépendance écossaise ainsi que les élections générales. Sur toutes ces questions pèsera le spectre d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE.

David Cameron

En Europe, David Cameron et le Royaume-Uni sont sur toutes les lèvres et ce n’est pas près de s’arrêter. Après quatre années d’exercice du pouvoir, le Premier ministre britannique doit faire face à une série d’échéances électorales aussi rapprochées que périlleuses. Certes, ce dernier a su s’imposer comme le patron incontesté de sa coalition avec les libéraux-démocrates, formation pro-européenne située au centre de l’échiquier politique. Certes, l’opposition des travaillistes, incarnée par Ed Miliband, ne semble pas enthousiasmer les foules. Néanmoins, David Cameron doit composer avec un parti plus libéral (au sens économique du terme) et plus eurosceptique que jamais et avec la forte poussée du UKIP – parti souverainiste et populiste mené par Nigel Farage.

David Cameron fragilisé par les élections européennes

C’est dans ce contexte que se sont déroulées les élections européennes au Royaume-Uni. Et c’est bien le parti de M. Farage qui est arrivé en tête. Si l’écart n’est pas aussi important qu’en France avec les partis de gouvernement et si le UKIP ne peut être présenté comme une formation d’extrême droite, le coup n’en est pas moins rude pour le Premier ministre. Depuis 2013, pour contenter la frange droite du parti conservateur et limiter l’émergence du UKIP, il avait pourtant promis l’organisation d’un référendum sur l’avenir de Royaume-Uni dans l’Union européenne. Insuffisant pour susciter le soutien massif des électeurs.

Ed Miliband, chef du parti travailliste

Ed Miliband est le Chef de l'opposition. Ancien secrétaire d'Etat à l'Energie, il a pris la tête du parti travailliste aux dépens de son frère David, également candidat, à la suite de la défaite de Gordon Brown en 2010.

Pire, David Cameron a ensuite également perdu la bataille des chefs d’Etat et de gouvernement pour le choix du prochain président de la Commission européenne. Suivant le traité de Lisbonne à la lettre, le Parlement européen a tout fait pour que le chef de file du parti vainqueur soit en mesure de prendre ce poste. Il s’agit en l’occurrence de Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Luxembourg et ancien président de l’Eurogroupe. Un homme expérimenté, conservateur, libéral, profondément pro-européen, voire fédéraliste. Ce sont naturellement ces deux derniers traits de caractère que Londres ne pouvait accepter. Durant tout le mois de juin, David Cameron a donc multiplié les déclarations fracassantes et les rencontres avec ses alliés potentiels : l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Suède. En vain. Son intransigeance, couplée à quelques maladresses, ont eu raison de l’indulgence de ses partenaires. L’intégration du parti allemand anti-euro dans son groupe politique au sein du Parlement européen aurait à cet égard été particulièrement mal appréciée par Angela Merkel.

Par 26 votes contre 2 – le Premier ministre n’a finalement été soutenu que par l’encombrant Viktor Orban – David Cameron a perdu la bataille de Bruxelles. Jean-Claude Juncker sera le nouveau président de la Commission : le 15 juillet, les socialistes et les libéraux du Parlement européen ne s’y opposeront pas en vertu du respect du verdict des urnes. A la suite de cette déconvenue, la presse britannique et européenne s’est empressée de parler d’humiliation pour le résident du 10 Downing Street. Il semble néanmoins trop tôt pour se prononcer sur les conséquences réelles de cet échec. Les conservateurs, pour le moment, n’en tiennent pas rigueur à David Cameron, il est vrai jusqu’au-boutiste dans cette croisade. Pour les travaillistes, en revanche, l’attitude du Premier ministre isole le pays, ce qui pourrait porter atteinte aux intérêts nationaux. Enfin, selon Nigel Farage, la messe est dite : la nomination de Jean-Claude Juncker conduira à coup sûr les Britanniques à se prononcer pour une sortie totale de l’Union européenne.

Yes Scotland ou Better Together ?

Or ce référendum, régulièrement agité par David Cameron aussi bien à des fins électorales que pour inciter les dirigeants européens à ménager les intérêts nationaux britanniques reste grandement incertain. Comme l’a expliqué Jacques Leruez, spécialiste de la vie politique du Royaume-Uni, une consultation portant précisément sur un possible retrait du pays de l’Union européenne n’est possible qu’à deux conditions : que l’Ecosse ne prenne pas son indépendance en septembre prochain et que les conservateurs obtiennent la majorité absolue lors des élections législatives de 2015. Sur ces deux points, rien n’est moins sûr.

Nigel Farage, leader du UKIP

Nigel Farage est le principal dirigeant du parti populiste et eurosceptique UKIP (parti de l'Indépendance britannique), arrivé en tête au Royaume-Uni lors des élections européennes de 2014.

Annoncé large vainqueur, le "non" à l’indépendance de l’Ecosse est de moins en moins assuré. Les partisans du "oui" seraient plus nombreux que prévu, au point d’avoir une chance de gagner le 18 septembre prochain. Le débat risque donc de s’intensifier au cours de l’été et de nombreuses personnalités, comme la romancière J.K. Rowling vont jusqu’à s’engager pour que la région du nord du Royaume-Uni ne quitte pas la Couronne. Si le "non" devait l’emporter, les conséquences seraient retentissantes. Le sentiment européen du pays se trouverait encore diminué, tout comme le poids du parti travailliste, qui assoit généralement ses résultats électoraux sur l’Ecosse. En outre, le poids de Londres sur la scène internationale s’en trouverait également amoindri.

"Dans tous les rassemblements internationaux, la voix de la Grande-Bretagne irait s’affaiblissant car nous serions touchés par une fracture politique des plus dramatiques et c’est le genre de choses qui pousse les gens à s’interroger sur sa stabilité… Qu’arriverait-il au Pays de Galles, qu’arriverait-il à l’Irlande du Nord ?", s’interroge John Major, Premier ministre britannique de 1990 à 1997. Les membres de "Better Together", le mouvement trans-partisan refusant l’indépendance écossaise, ne manqueront pas de réfuter la promesse du mouvement "Yes Scotland" selon laquelle l’Ecosse serait automatiquement intégrée à l’Union européenne en cas de départ. En effet, toute adhésion requiert une approbation à l’unanimité et un pays comme l’Espagne, qui lutte contre l’idée d’une indépendance de la Catalogne serait peu susceptible d’intégrer l’Ecosse.

Quelle majorité au Royaume-Uni en 2015 ?

Quant aux élections générales de mai 2015, elles pourraient ne pas être favorables à David Cameron. La cure d’austérité qu’il a imposée à son pays a porté ses fruits sur le plan économique, mais pas sur le plan social. Les travaillistes sont ainsi annoncés en tête des sondages, tandis que le UKIP ne cesse de grimper et peut désormais s’appuyer sur son triomphe des Européennes. Pour la première depuis près d’un siècle, une élection a en effet été remportée par un parti tiers. En cas de défaite ou de nouvelle coalition avec les libéraux-démocrates, l’idée d’un référendum sur l’Europe aurait du plomb dans l’aile. Et même en cas de deuxième mandat pour David Cameron, il reste probable que les Britanniques ne soient pas directement consultés sur une sortie totale de l’UE.

Nick Clegg, chef des libéraux-démocrates, vice-Premier ministre

Nick Clegg est le chef du parti libéral-démocrate britannique (situé au centre et pro-européen). Partenaire de coalition de David Cameron, il est vice-Premier ministre depuis 2010.

D’ici 2017, le Royaume-Uni a de fortes chances d’avoir obtenu des gages de la part de ses partenaires européens. Cela passera par un poste clé au sein de la prochaine Commission, regroupant potentiellement d’importantes compétences concernant la politique économique et le marché unique, principale préoccupation de Londres. Politicien pragmatique, David Cameron a parfaitement conscience que son pays aurait beaucoup à perdre d’un départ de l’UE. Le lobby de la City milite d’ailleurs activement pour que ce référendum n’ait pas lieu. En tant que première place financière d’Europe et plaque tournante de l’euro, sa situation serait mise en danger par un retrait britannique.

Au fond, le Premier ministre britannique n’est pas réellement maitre de sa politique européenne. Tiraillé à droite de son parti par des conservateurs de plus en plus antieuropéens et la poussée de Nigel Farage, David Cameron devait se donner de l’air pour aborder en force le "money time" – terme cher aux amateurs de sport américain désignant les dernières minutes d’un match serré – de son premier mandat. C’est chose faite avec la promesse lointaine d’un référendum et son combat désespéré pour le poste de président de la Commission européenne. Après mai 2015, il sera alors temps de préciser la place du Royaume-Uni dans l’Union.