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Daniel Verger : "l'Europe doit assumer pleinement la responsabilité de leadership qui lui revient dans l'aide publique au développement"

Actualité 25.11.2011

Le quatrième Forum à Haut niveau sur l'efficacité de l'aide se déroulera du 29 novembre au 1er décembre 2011 à Busan, en Corée du Sud. Dans un entretien accordé à Touteleurope.eu, Daniel Verger, Directeur exécutif de Coordination SUD, présente un aperçu des enjeux de cette grande rencontre qui réunira 2 500 leaders venus de 160 pays du monde entier. Il revient également sur l’appel lancé à l’UE par les ONG après le dernier Conseil Affaires étrangères de l’UE.

Les enjeux du quatrième Forum à Haut niveau sur l'efficacité de l'aide


Réunissant 2 500 leaders délégués venus de 160 pays, parmi lesquels des chefs d'État et des politiciens, le Forum de Busan sera l'occasion de définir l'orientation de l'évolution dans les pays en développement et d'établir de nouvelles règles pour l'aide internationale au développement. L’Union européenne est attendue de pied ferme. Avec 55 % du total mondial de l'aide publique au développement, c'est de loin le premier bailleur de fonds aux pays en développement.

Le premier forum de haut niveau a eu lieu à Rome, en 2002. Pour la première fois, les principes et les priorités concernant l'efficacité de l'aide ont été énoncés. Il a été suivi de réunions à Paris et à Accra en 2005 et 2008. La Déclaration de Paris est un accord international auquel une centaine de ministres, de responsables d’organismes d’aide ont adhéré en s’engageant à ce que les pays et organismes qu’ils représentent accentuent les efforts d’harmonisation, d’alignement et de gestion axés sur les résultats de l’aide.


Quatre enjeux principaux seront au cœur de ce Forum :
Le premier consistera à "faire le point sur le processus lancé depuis la Déclaration de Paris en 2005, où des engagements assez forts ont été pris, et de voir ce qui a fonctionné et moins bien fonctionné".
Le deuxième enjeu portera sur "une réflexion sur l'efficacité de l'aide, ainsi que sur les mesures à mettre en œuvre pour favoriser l'efficacité de l'aide au développement", explique Daniel Verger, avant d'ajouter que "les réflexions porteront sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer la coordination entre les acteurs, sur quelles contributions l'aide au développement devrait porter, et sur les actions à favoriser pour mettre en place les conditions d'un développement efficace."
Le troisième enjeu traitera de la société civile, désormais reconnue comme un acteur de plein droit au développement par le Programme d’action d’Accra (PAA), adopté en 2008, et s’appuyant sur les engagements de la Déclaration de Paris. A Busan, seront discutés les conditions d'un renforcement de son efficacité, passant par plus de coordination et par des principes communs. Tout l'enjeu est donc de faire se rencontrer les deux processus de coopération de la société publique et civile, ce qui permettra de promouvoir un environnement favorable au développement de la société civile.
Enfin, le dernier enjeu porte sur l'association des pays émergents à un processus qui a pour l'instant été géré et promu par l'OCDE. Désormais des pays comme la Chine, le Brésil ou l'Inde se retrouvent acteurs et associés pleinement au processus de développement.

Aide au développement : L’UE appelée à revoir sa position

Selon Daniel Verger, les conséquences de la crise sur l'aide publique au développement apparaissent. "Depuis 2008, certains pays ont réduit leurs engagements, et depuis cette année nous assistons à une diminution des contributions à la société civile, c'est le cas pour les Pays-Bas, auparavant contributeur important."

CONCORD est la confédération européenne des ONG d’urgence et de développement. Ses associations nationales et ses réseaux internationaux représentent plus de 1 600 ONG. CONCORD mène réflexions et actions politiques, et dialogue régulièrement avec les institutions européennes et les autres organisations de la société civile.


Le 14 novembre 2011, les Etats membres ont revu à la baisse leurs engagements relatifs à l’agenda international de l’aide. En réaction à cette décision prise lors du Conseil de l'Union européenne, une lettre a été envoyée par les ONG de développement afin que les dirigeants européens revoient leur position.

Selon M. Verger,  au sein de la plateforme CONCORD, toutes les ONG s'accordent sur le principe selon lequel "l'Europe doit assumer pleinement la responsabilité de leadership qui lui revient dans l'aide publique au développement".


Vers plus de transparence dans l'aide apportée par l'Union européenne

Le problème de la transparence dans l'aide apportée par l'Union européenne aux pays en développement est un enjeu important. Pour M. Verger, "les pays européens pensent, et peut-être à juste titre, qu'ils figurent quand même parmi ceux qui respectent le plus la transparence comparé à d'autres pays du monde."

L'IATI vise à faciliter la recherche, la comparaison et l’utilisation d’informations concernant les dépenses consacrées à l’aide.


Il note que des progrès doivent toutefois être accomplis :
d'une part avec l'Initiative internationale pour la transparence de l'aide (IATI) qui se met en place et mérite d'être promue ;
d'autre part, "il n'y a pas assez de lien entre ce genre d'initiative et d'autres initiatives, comme par exemple l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives". Cette dernière a pour objectif le renforcement de la gouvernance par l’amélioration de la transparence et de la redevabilité dans le secteur extractif. D'après M. Verger, "cette initiative est très intéressante mais elle mériterait d'être davantage mise en avant, afin qu'elle soit mieux connue par les populations et la société mondiale, ce qui permettrait d'engager de vrais débats".

Aide au développement : Un bilan mitigé depuis 2005

Le dernier Forum à Haut niveau sur l'efficacité de l'aide a eu lieu au Ghana en 2008. "Les engagements du Ghana sont un renouvellement des engagements de Paris, mais ils comprennent quelques avancées, comme par exemple la reconnaissance de la société civile comme un acteur de plein droit, élément essentiel pour coopération SUD", explique Daniel Verger.

Une évaluation sera présentée à Busan, qui montre que des progrès ont été réalisés. Mais la coordination entre les acteurs demeure plutôt médiocre par rapport aux engagements pris. L'appui au budget des Etats présente des résultats assez contestés. Le bilan est donc mitigé d'après le Directeur de coordination SUD.

 


En savoir plus

Lettre ouverte d'Aidwatch aux gouvernements européens pour le Sommet de Busan

Aide au développement - Touteleurope

4ème Forum à haut niveau sur l'efficacité de l'aide – Site internet