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Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt s'unissent pour une Europe fédérale

Actualité 09.10.2012

L'union fait la force des idées, même lorsqu'on ne partage pas toujours les mêmes opinions. C'est le message que passent actuellement Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit, en tournée européenne pour la promotion de leur manifeste commun, "Debout l'Europe !" (Pour l'Europe, dans les autres langues). L'un est pourtant un ancien rouge, devenu l'un des leaders des Verts (même si le récent débat sur le TSCG en France lui a fait prendre ses distances vis-à-vis d'EELV et même créer un nouveau think-tank, Europe & Ecologie), l'autre est le chef de file des Libéraux au Parlement européen, ancien Premier ministre belge et ancien admirateur de Margaret Thatcher (mais il se dit désormais guéri). Ils ont pourtant trouvé un terrain d'entente, et même un combat commun : l'Europe sera fédérale, ou ne sera plus.

Debout l'Europe ! est dans les bacs depuis le 1er octobre. Disponible en France et Belgique, mais aussi au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne et en Espagne, il est édité par Actes Sud et André Versaille. Le manifeste est suivi d'un long entretien, très explicatif des ambitions des deux auteurs, réalisé par Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles pour Libération

Ecrire, composer ou créer par frustration, colère, ou revendication est le lot commun de nombreux artistes. On sait désormais que cela peut également concerner les politiques. C'est en tout cas la colère et la frustration qui ont poussé Guy Verhofstadt, face à la gestion de la crise par les Etats membres, à aller toquer à la porte du bureau de son collège Daniel Cohn-Bendit en décembre 2011.

De leur collaboration sont nées 67 pages d'un manifeste, rédigé en deux langues (le français et le néerlandais), qui appelle à une Europe post-nationale, devant l'incapacité de la méthode intergouvernementale à obtenir des résultats.

Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt étaient à la Maison de l'Europe de Paris vendredi 5 octobre pour une présentation à la presse. L'occasion pour Touteleurope.eu de les interroger sur le pourquoi du comment, et surtout le comment du pourquoi.

Voir la vidéo (11'27)

 

 




Quelle forme prendrait cette Europe fédérale ?

Dans leur manifeste, Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, respectivement coprésident du groupe des Verts/ALE et président de l'ADLE au Parlement européen, ne se contentent pas de fustiger cette Europe intergouvernementale qui en trois ans, et 25 Conseils européens, n'a selon eux abouti à aucune solution concrète de sortie de crise. Ils proposent également une méthode pour parvenir à ce "saut fédéral", un saut "qualitatif" pour Daniel Cohn-Bendit.

En effet, comme le rappelle les deux eurodéputés, il ne faut pas se contenter d'une "fédération d'Etats nations" comme a pu le proposer Jacques Delors par le passé, mais bien aller vers une Europe fédérale. A l'issue des élections européennes de 2014, qui coïncideraient avec l'élection du président de la Commission européenne, Parlements européen et nationaux se réuniraient en constituante pour adopter "une loi fondamentale" européenne, acte de naissance d'une véritable fédération européenne. Chaque Etat européen serait alors libre d'y prendre part, ou non.

Concrètement, cette fédération reposerait sur plusieurs outils : "la possibilité d’obtenir la citoyenneté européenne avec un passeport européen [en laissant ] aux citoyens le choix de conserver exclusivement cette citoyenneté européenne ou bien de l’acquérir en plus de leur(s) citoyenneté(s) d’origine" tout d'abord. Mais également un "vrai" budget européen, basé sur des ressources propres. Lors de la conférence de presse Daniel Cohn-Bendit a sur ce point rappelé que la taxe sur les transactions financières (TTF) pourrait rapporter (sans le Royaume-Uni) près de 50 milliards d'euros par an, sur 100 milliards de budget européen. Il estime que si cette TTF peut permettre aux Etats de réduire quelque peu leur contribution au budget, elle servirait surtout à un fond d'amortissement pour les Etats en difficulté (à hauteur de 15 milliards d'euros) et à la recapitalisation de la Banque européenne d'investissement (20 milliards d'euros) et donc au financement d'investissements.

Il faudra bien entendu une véritable politique monétaire, Guy Verhofstadt considérant que l'Union bancaire est "un bon début" mais qu'il faut aller plus loin.

Sur le plan de la méthode, les deux auteurs précisent que cette fédération ne nierait pas la souveraineté des Etats : ceux-ci serait représentés par un Sénat, deuxième chambre d'un véritable Parlement européen.

Comment y parvenir ?

Comment convaincre citoyens et dirigeants européens, et mettre réellement sur pied ce projet d'ici 2014 ? Pour Daniel Cohn-Bendit, si le processus est démocratique, les citoyens y adhéreront. C'est par ce projet fédéral, en ayant dès 2014 des grands partis européens qui se présentent aux élections avec un candidat commun à la présidence de la Commission, que pourra se créer cet espace public européen.

Quid des politiques ? Guy Verhofstadt plaide pour la création d'une Alliance pour l'Europe d'ici deux ans, pro-européenne et démocratique, qui rassemblerait l'ensemble des fédéralistes du Parlement européen. "A côté des eurosceptiques et des 'euro-mous', il faut une force pro-européenne qui exprime la volonté de faire le saut vers cette Europe fédérale". Une alliance qui pourrait s'appuyer sur le groupe Spinelli qui rassemble déjà des eurodéputés de tout bord réunis par le projet fédéral.

Sur cette alliance, Daniel Cohn-Bendit est plus circonspect. Alors qu'il annonce qu'il arrêtera la politique en 2014 (mais que personne ne veut le croire !), il pense que ce projet commun n'empêchera pas que plusieurs partis s'affrontent lors des élections. "J'ai diné un soir à Moscou avec Garry Kasparov et Edouard Limonov", raconte-t-il. "Kasparov m'a dit : 'si un jour il y a une véritable assemblée démocratique en Russie, nous ne serons pas, avec Limonov, du même côté de l'hémicycle. Mais aujourd'hui nous nous battons ensemble pour que cette assemblée existe". Pour l'eurodéputé vert, on peut donc siéger de chaque côté de l'hémicycle européen et se battre ensemble pour le projet fédéral.