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Dan Jørgensen : "Sans le Danemark, les ambitions de l'UE dans le domaine du changement climatique et de l'environnement n'auraient pas été les mêmes"

Synthèse 04.02.2013

Eurodéputé danois membre de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, Dan Jørgensen a répondu aux questions des élèves du projet collectif sur les relations entre le Danemark et l'UE.

Quels ont été les objectifs principaux de la présidence danoise du premier semestre 2012 ? A-t-elle été considérée comme un succès au Danemark ?

Dan Jørgensen est député européen danois depuis 2004, il a été réélu en 2009 et occupe le poste de vice-président de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire. Membre du Parti socialiste européen, il appartient au parti social-démocrate danois, le parti de la première ministre Helle Thorning-Schmidt.

La présidence danoise a eu quatre priorités : rendre l'Europe plus responsable, sûre, dynamique et verte. Sur tous ces points, le gouvernement Danois a été à la hauteur de ses engagements. Le Danemark a été particulièrement félicité, au niveau international, pour les résultats obtenus concernant l'objectif de faire de l'UE la plus grande économie au monde, à la fois plus dynamique et plus verte.

Laissez-moi illustrer cela par trois exemples :

Tout d'abord, l'adoption des textes sur le brevet unique européen est historique. Un accord sur ce sujet était recherché depuis des décennies, mais le leadership de Helle Thorning Schmidt – notre Premier ministre - a permis son aboutissement.

Une autre réussite, c'est la directive efficacité énergétique (ndlr : adoptée le 25 octobre 2012), vitale pour rendre plus "verte" notre consommation d'énergie, mais aussi pour les emplois. Les prévisions présentées lors des négociations évoquaient en effet de la création de plusieurs millions d'emplois.

Le dernier exemple concerne un projet qui a été décidé lors de la dernière réunion de la Présidence danoise : l'accord sur le "growth compact", le Pacte de croissance européen. Il prévoit l'investissement de plus de 100 milliard d'euros dans la croissance et l'emploi.

Grâce à ces résultats et beaucoup d'autres - pour ne citer qu'un autre exemple connu, c'est sous la présidence danoise que l'on a réduit les tarifs de roaming en Europe (ndlr : le prix des communications mobiles depuis l'étranger), cela ne fait aucun doute que la présidence danoise a largement été perçue comme une réussite.

En tant que pays particulièrement ouvert aux technologies vertes, la présidence Danoise visait à promouvoir le développement de la "croissance verte" en Europe. La position de Helle Thorning-Schmidt a-t-elle été affaiblie par les priorités économiques de la zone euro ?

Depuis que les sociaux démocrates ont gagné les élections en septembre 2011, la politique environnementale du Danemark est redevenue la plus ambitieuse au monde. Cela s'explique par notre volonté de construire un futur meilleur pour nous tous.

Cependant, ce n'est en aucune façon la seule raison pour laquelle nous investissons autant dans la transition vers "l'économie verte". Ainsi, tout le monde au Danemark sait que si nous voulons rester compétitifs, garder et attirer de bons emplois bien payés tout en s'enrichissant,  nous devons être les précurseurs et nous concentrer sur nos points forts. Quand on adopte des régulations environnementales sévères, cela oblige nos entreprises à se dépasser et à inventer des solutions qu'elles peuvent ensuite exporter, quand d'autres pays adopteront eux aussi des règles plus strictes.

Quelle est l'évolution la plus probable des relations entre le Danemark et l'UE dans la prochaine décennie, en termes d'intégration ? Est-ce que la perspective de l'adoption de l'euro, à laquelle certains partis politiques danois sont favorables, est irréaliste ? Y-a-t-il un risque pour le Danemark d'être marginalisé politiquement de l'UE ?

Au Danemark, nous avons quatre opt-outs (dérogations). Bien que certains ne peuvent pas, si l'on est réaliste, être abandonnés dans un futur proche, d'autres – tels que la défense et la justice – peuvent et devraient l'être entièrement ou partiellement.

De plus, le Danemark est un membre très actif de l'Union. Ainsi, nous avons soutenu et participé aux mesures centrales prises pour enrayer la crise, principalement le pacte de croissance.

Cela veut dire qu'il n'y a pas de raison de penser que le Danemark sera marginalisé. Nous sommes très engagés et impliqués dans les affaires de l'Union à tous les niveaux – et franchement, de ce que j'entends de mes collègues d'autres pays ici au Parlement européen, les gens ont une très haute estime du professionalisme qu'ils ont observé pendant la Présidence. Ce n'est pas seulement nous qui désirons rester membre à part entière, nos frères et soeurs européens le veulent aussi.

Au sein du Parlement européen, quelle est l'influence des populistes danois, tel que Morten Messerschmidt ? Quelles questions politiques favorisent-ils ?

La réponse à cette question est très simple, car Morten Messerschmidt, le seul populiste danois au Parlement, ne s'implique dans rien. Tout ce qui l'intéresse, c'est d'apparaître dans la presse danoise.

Selon vous, sur quelle question européenne le Danemark a-t-il eu l'influence la plus positive depuis son adhésion ? Inversement, quel a été l'apport le plus bénéfique de l'UE au Danemark ?

Je pense qu'il y a consensus autour de l'idée que sans le Danemark, les ambitions de l'UE dans le domaine du changement climatique et de l'environnement n'auraient pas été les mêmes. Cela remonte à l'époque de l'ancien ministre de l'environnement danois, Svend Auken, une personnalité très inspirante. Il a donné au Danemark le rôle mondial de nation "verte", et s'est engagé fermement à ce que la question soit mise à l'agenda européen.

Récemment, le Danemark a aussi joué un rôle central et progressiste en la matière : pendant la Présidence, comme je l'ai déjà dit, mais également par le biais du travail remarquable de la commissaire pour l'environnement, Connie Hedegaard. Et cela vient d'un de ses ennemis politiques, puisqu'elle appartient au parti conservateur.

La manière dont le Danemark a bénéficié de sa participation au processus européen est une vaste question, sur laquelle je pourrais écrire un livre ! Mais si je ne devais dire qu'une chose, sans hésiter, c'est le fait que l'Union préserve la paix sur le continent européen depuis des générations.

Concernant les affaires intérieures, dans quelle mesure diriez-vous que la crise actuelle a obligé Madame Thorning-Schmidt à tempérer ses positions sur les questions européennes ?

Au Danemark, nous avons la chance d'avoir un Premier ministre très pro-européen. Elle comprend l'UE ! C'est peut-être dû au fait qu'elle a été élue au Parlement européen avant d'intégrer le Parlement danois.

Ceci dit, il est certain que l'euroscepticisme est en train de monter en puissance. On ne devrait pas pour autant surestimer ses effets. Et fort heureusement au Danemark, nous avons un gouvernement qui a en tête les intérêts du pays sur le long terme, et qui par conséquent, ne cède pas à la tentation populiste qui consiste à blâmer l'UE pour tous nos maux.

La promotion et les dépenses liées aux technologies vertes au Danemark ont-elles été entravées par la crise, ou bien ont-elles été favorisées comme un moyen d'en sortir?

Le gouvernement danois a tout récemment adopté l'un des "paquet énergie" les plus ambitieux de notre histoire. Le fait que les "emplois verts" ont un potentiel réel n'a pas été l'élément le moins décisif. Ainsi, au Danemark, on a saisi l'opportunité que la crise nous a apportée : celle d'investir dans l'emploi et la croissance. En nous "mettant au vert" !