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Csaba Tabajdi : "Avec la loi hongroise, le pouvoir contrôle les médias !"

Actualité 31.01.2011

Csaba Tabajdi est député européen, originaire de Hongrie et membre du groupe S&D. Alors que la Commission européenne a donné à son pays deux semaines pour dissiper ses doutes concernant la loi sur les médias promulguée fin décembre, il revient pour Toute l'Europe sur le débat autour de cette loi, sur les rapports des Hongrois et de l'Union européenne, mais également sur les priorités de la présidence hongroise du Conseil de l'Union européenne. 

Toute l'Europe : La Commission européenne a donné deux semaines à la Hongrie pour justifier sa loi sur les médias. En tant que député hongrois de l'opposition, souhaitez-vous le retrait de cette loi ?

Csaba Tabadji : Je ne pense pas que le gouvernement hongrois retirera cette loi. Cela n'est pas du tout envisagé. Mais il devrait la modifier, d'autant plus que selon la lettre envoyée par la commissaire Neelie Kroes, responsable des dossiers sur les médias européens, il y a un certain nombre de craintes, de remarques et de critiques formulées par Bruxelles.

Le gouvernement hongrois doit répondre à cette lettre dans deux semaines, et après cela j'espère qu'il y aura une position plus précise et claire de la Commission européenne qui demandera, ou non, la modification de cette loi. Je suis certain que la Commission fera des remarques et demandera à la Hongrie de modifier cette loi.

Je pense moi-même que cette loi doit être modifiée, mais pas retirée.


Toute l'Europe : Comprenez-vous ce que l'on reproche à cette loi ? Considérez-vous comme certains de vos collègues au Parlement européen qu'elle est liberticide ?

C.T. : Je pense que si la loi hongroise a suscité de telles réactions politiques et professionnelles, vives et acharnées, et sans précédent en Europe (je ne me souviens pas d'un tel débat après l'adoption d'une loi en Europe au cours des dernières années), ce n'est pas anodin.

Le plus grand problème a été formulé par le porte-parole du gouvernement français, François Baroin, qui le 3 janvier dernier a déclaré que la France souhaitait une modification de la loi sur les médias en Hongrie, et qu'il estimait qu'elle constituait "une altération profonde de la liberté de la presse". Or il est clair que M. Baroin ne représente pas la gauche, ni en France ni en Europe. Je pense donc que cette altération de la liberté de la presse est le plus grand problème avec cette loi, et j'espère que la Commission va examiner non seulement les questions purement juridiques, mais également la conformité de cette loi avec la Charte européenne des droits fondamentaux. 

Le problème avec cette loi est la "sur-centralisation" de la prise de décision. Les médias n'ont pas à contrôler le pouvoir, mais d'après cette loi c'est le pouvoir qui contrôle les médias ! Et cela n'est pas conforme aux valeurs communes de l'Union européenne. La plus haute autorité dans ce secteur en Hongrie est le Conseil des médias, composé de cinq personnes : la présidente, ancienne députée du parti au gouvernement (le Fidesz), et quatre membres issus de ce même parti. Nous retournons donc en arrière, du temps de l'ancien régime avant notre adhésion à l'Union, avec un système de parti unique.

Dans la loi antérieure sur les médias il y avait un conseil paritaire. Pendant cette période, le gouvernement de coalition représentait 72% du Parlement, une majorité constitutionnelle, mais la loi adoptée par ce parlement avait assuré à l'opposition, qui ne représentait que 28% du Parlement, la moitié des membres de ce Conseil des médias. Pourquoi avoir changer cela ? Il n'est pas normal que ce conseil, qui encore une fois est l'autorité la plus haute de contrôle des médias, ne soit constitué que des membres du même parti. C'est un exemple étrange de démocratie européenne.

Je sais qu'en France le président de la République, M. Sarkozy, a le droit de nommer les présidents des chaînes publiques de télévision. Je sais également qu'en Allemagne les Premiers ministres des Länder ont également ce pouvoir. Mais la Hongrie est le seul pays européen où un seul parti dirige et contrôle les médias.

Toute l'Europe : La Hongrie lors des dernières élections a assisté à la montée d'un parti populiste et nationaliste, le parti Jobbik. Est-ce que cela reflète un éloignement du peuple hongrois vis-à-vis de l'Europe ?

C.T. : Avant le début de la présidence hongroise a été réalisé un sondage qui a montré que le nombre de Hongrois soutenant la participation de la Hongrie à l'Union européenne avait augmenté. La majorité des Hongrois sont fiers d'être européens, et ce qui est positif c'est que la popularité de l'extrême-droite a diminué depuis les élections nationales en avril dernier.

En effet ils ont obtenu 17% des suffrages lors de ces élections, or aujourd'hui les sondages montrent qu'ils ne sont soutenus que par 13 ou 14% de la population. De même, autre élément positif, la Garde hongroise (une milice paramilitaire hongroise d'extrême droite créée par le Jobbik) a été jugée illégale par la Cour suprême hongroise il y a un an et elle ne fonctionne désormais plus.

Mais cette baisse de popularité s'explique aussi par le fait que certaines demandes formulées par l'extrême-droite ont été satisfaites par le gouvernement de M. Orban concernant les Hongrois vivant dans les pays voisins.

Toute l'Europe : Quel regard portez-vous sur le programme d'activités de la présidence hongroise du Conseil de l'Union européenne, présenté le 19 janvier dernier aux eurodéputés par Viktor Orban ?

C.T. : Il faut faire une distinction très claire : le Parlement européen, malgré le débat très vif pendant la plénière, n'a pas critiqué la présidence hongroise.

La priorité la plus importante est la mise en oeuvre de la gouvernance économique, pour sauver la zone euro, et de ce point de vue la présidence hongroise est très engagée, c'est une priorité absolue. Et malgré les critiques des groupes politiques, elle a reçu un support absolu afin d'adopter quatre directives, en codécision du Conseil et du Parlement, ainsi que deux autres textes. Si les Etats membres sont près à obtenir un consensus, j'espère que la présidence hongroise obtiendra des résultats et que la gouvernance économique pourra être mise en oeuvre avant la fin de ce semestre. C'est en tout cas la priorité absolue du gouvernement hongrois.

Il y aura ensuite un sommet en février sur la sécurité énergétique en Europe afin de diminuer notre dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. Cela concerne surtout l'Europe centrale mais également l'Allemagne qui est très liée à la Russie en matière d'importations de gaz naturel.

Il y a une autre priorité très importante pour l'Europe qui est la finalisation d'une stratégie communautaire sur les Roms en Europe. Cela concerne douze millions de Roms dans l'Union européenne. Les Français se souviennent très bien des problème survenus avec l'expulsion des Roms cet été, et cela concerne la majorité des Etats membres. C'est un intérêt commun, même si les Etats membres dans lesquels vivent les Roms restent responsables de ces Roms.

La quatrième priorité majeure est la création de la deuxième macro-région en Europe. Il y a une macro-région des pays baltes, nommée Conseil de la Baltique, et ce sera donc la deuxième macro-région, nommée Stratégie du Danube et qui concerne douze pays européens dont huit sont membres de l'Union européenne. Je pense que ce projet est très important pour les citoyens de ces Etats membres.

Il reste beaucoup de choses à faire mais ce sont les priorités les plus importantes de la présidence hongroise.



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