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Croatie : la condamnation d'un "héros national" ravive l'euroscepticisme

Actualité 18.04.2011

L'UE fait-elle l'unanimité contre elle en Croatie ? C'est en tout cas ce que laissent penser les images des rassemblements qui ont eu lieu ce week-end en réaction à la lourde condamnation par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de l'ancien Général Ante Gotovina. A Zagreb, on pouvait lire sur des pancartes "j'aime la Croatie, non à l'UE", tandis qu'un drapeau européen était piétiné puis brûlé par les manifestants. Au-delà du symbole, cette décision de justice peut-elle avoir une réelle influence sur le processus d'adhésion de la Croatie?

Une étape décisive sur le chemin de l'adhésion

En 2005, la Croatie livre l'ancien Général Ante Gotovina au TPIY. Un signal fort envoyé en direction de l'Union européenne, pour qui la coopération pleine et entière des pays candidats aux procédures engagées par le Tribunal de la Haye est une condition sine qua non pour débuter les négociations d'adhésion. Une bonne nouvelle donc  pour la Croatie qui souhaite s'ancrer dans l'Europe, et qui est à ce jour considérée comme la plus sérieuse candidate au titre de vingt-huitième Etat membre. Comment alors expliquer la condamnation quasi-unanime du verdict rendu vendredi dernier, tant par les partis politiques que par la rue ?

Depuis sa création, le TPIY a mis en accusation 161 personnes pour des violations graves du droit humanitaire commises sur le territoire de l’ex-Yougoslavie entre 1991 et 2001. Les procédures à l’encontre de 125 d’entre elles sont closes, d'autres sont actuellement en cours concernant 34 personnes. En savoir plus

Au cours de l'été 1995, l'armée croate lance l'opération "tempête", dirigée par Ante Gotovina. Son objectif : récupérer définitivement un territoire de la région de la Krajina dont s'étaient emparés les séparatistes serbes de Croatie depuis le début de la guerre en 1991. C'est pour les actes commis au cours de cette opération que le Tribunal pénal international a condamné les généraux Gotovina et Markac respectivement à 24 et 18 ans de prison.

Un jugement vécu comme une humiliation


Ils ont été reconnus coupables de participation à une "entreprise criminelle commune" au cours de laquelle ils ont, selon le Tribunal, perpétré crimes contre l’humanité et violations des lois ou coutumes de la guerre. Mais ce sont pourtant des héros dans leur pays d'origine, où la décision a provoqué un choc. Pour nombre de Croates, ce jugement est perçu comme une remise en cause de toute la guerre de libération nationale. Inadmissible pour les dirigeants politiques du pays, comme le président de la République, le social-démocrate Ivo Josipović qui s'est dit "choqué".

Madame Jadranka Kosor, Premier ministre, a pour sa part qualifié le jugement de "scandaleux", preuve que les vétérans de l'armée et la droite dure nationaliste ne sont plus seuls à jeter la pierre à l'UE. Un unanimisme inquiétant, dont pourraient profiter les franges les plus eurosceptiques de l'échiquier politique, à quelques années de l'adhésion. L'exemple le plus extrême est celui du Parti croate du Droit qui demande la suspension de la procédure, mais même le HDZ membre de la coalition au pouvoir et dont est issue Mme Kosor a fait part de son intention d'organiser un referendum préalable à l'adhésion définitive.

Une perspective qui préouccupe les partisans d'une Croatie européenne. Un sondage réalisé dimanche montre que dans l'hypothèse d'un vote, la majorité des Croates se prononcerait aujourd'hui contre l'entrée de leur pays dans l'Union européenne.

 

En savoir plus

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Le TPYI condamne l'ancien Général croate Ante Gotovina à 24 ans de prison - RFI

Croatian General Gotovina sentenced to 24 years - BalkanInsight