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Croatie : Grabar-Kitarović, première femme élue présidente

Actualité 13.01.2015

La candidate de droite Kolinda Grabar-Kitarović a remporté le scrutin de dimanche 11 janvier face au président sortant, le social-démocrate Ivo Josipović. Avec un score de 50,74% contre 49,26%, cette ex-diplomate de 46 ans devient la première femme à s’installer dans le Pantovčak, la résidence des chefs d’Etat croates. L'ancienne ministre annonce d’ores-et-déjà un tournant dans la politique du pays, en récession depuis 2009.

Pour la première fois, la Croatie a élu une femme à la tête du pays. Contre toute attente et avec un écart de seulement 30.000 votes, la candidate de l’Union démocratique croate (HDZ), Kolinda Grabar-Kitarović, a remporté l’élection de dimanche. La nouvelle chef d’Etat a derrière elle une longue carrière internationale : Ambassadrice aux Etats-Unis, ministre de l’Intégration européenne, puis aux Affaires étrangères et enfin, assistante du secrétaire générale à l’OTAN.

L’ex-diplomate a réalisé un score de 50,74% contre 49,26% pour le président sortant, le social-démocrate Ivo Josipović (SDP). Le taux de participation n’a pas dépassé les 60%. Grabar-Kitarović prend ainsi la place d’un chef d’Etat relativement apprécié mais qui paie le prix de l’impopularité du gouvernement de centre gauche. Au pouvoir depuis 2011, le Premier ministre Zoran Milanović n’a en effet pas réussi à remplir ses promesses et à arrêter la récession qui sévit depuis 2009.

Aujourd’hui, le chômage s’élève à près de 20% et a désormais atteint le cap des 50% chez les jeunes. La nouvelle présidente de la République assure vouloir s’attaquer dès son premier jour aux questions économiques. "Le 18 février prochain je rencontrerai l’exécutif. Nous discuterons de la crise qui frappe notre pays et j’écouterai attentivement leurs propositions de réformes", annonce Grabar-Kitarović, avant de préciser : "si le programme du gouvernement ne me [convient] pas, je n’hésiterai pas à envisager des élections anticipées".

Le mandat du gouvernement expire fin 2015 et les conservateurs préconisent déjà leur victoire aux urnes. "Ce vote est un carton rouge pour l’exécutif !", s’enthousiasme l’eurodéputé du HDZ Andrej Plenković. "Nous marquons là notre quatrième victoire électorale consécutive depuis 2011. Et le prochain scrutin ne va pas se passer différemment", lance l’élu croate.

Une période de cohabitation va néanmoins obliger les sociaux-démocrates et les conservateurs à collaborer jusqu’aux législatives de la fin d’année. "La nouvelle présidente et le Premier ministre trouveront un moyen de travailler ensemble, mais personnellement je pense que cela ne durera pas", analyse Hrvoje Špehar, directeur du centre d’études européennes "Jean Monnet" à Zagreb. Les deux partis rivaux, HDZ et SDP, ont des programmes différents notamment en ce qui concerne la politique étrangère, véritable compétence du chef d’Etat.

Višeslav Raos, professeur en sciences solitique à l’Université de la capitale prévoit trois grands changements dans l’action extérieure de son pays. "Tout d’abord, je pense que Kolinda Grabar-Kitarović s’efforcera de développer l’alliance avec l’Allemagne et les Etats Unis. Ensuite, elle concentrera son attention sur le 'groupe Višegrad', c’est-à-dire la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, plutôt que sur les pays de l’ex-Yougoslavie. Enfin, elle insistera sur la résolution des questions bilatérales avec Belgrade, avant de supporter l’élargissement de l’UE à la Serbie", affirme-t-il.

Interrogée sur les relations entre la Croatie et son voisin la Serbie, la nouvelle chef d’Etat ne cache pas ses positions. "Je veux améliorer les relations avec Belgrade, mais sur des bases solides. Nous avons encore plusieurs dossiers ouverts liés à la guerre des années 1990 : des frontières à définir et des personnes qui demeurent toujours disparues", explique-t-elle. Et sur une éventuelle adhésion de la Serbie à l’UE (qui pourtant ne devrait pas avoir lieu avant 2018), Mme Grabar-Kitarović se dit favorable, mais à condition que "Belgrade respecte tous les critères que la Croatie a dû remplir en 2013".

D’ici quelques semaines, les conservateurs rentreront dans le palais de Pantovčak, la résidence des chefs d’Etat. Depuis la mort du premier président croate, Franjo Tuđman, en décembre 1999, le HDZ n’y avait plus remis les pieds. "Je vous le dis - assure Andrej Plenković d’un sourire - l’année 2015 marquera des grands changements en Croatie !".