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Cristina Gallach : "Il n'y a aucun doute sur qui est le Président du Conseil européen."

Actualité 01.04.2010

Cristina Gallach est porte-parole de la présidence espagnole. Interviewée par Touteleurope.fr à mi-parcours de la Présidence espagnole,  elle revient sur les grands thèmes de cette première présidence de rôdage des règles du traité de Lisbonne. Tour d'horizon de la crise économique, de la stratégie Europe 2020, le Moyen Orient et les nouveaux postes à la tête de l'Union. 

Touteleurope.fr : Nous sommes fin mars, à mi-parcours de la Présidence espagnole. Quel bilan en faites-vous ?

Cristina Gallach : Il est toujours difficile de faire un bilan des présidences de l'Union européenne. La présidence n'est déjà pas longue, et la moitié de six mois c'est encore plus court !  Le projet européen relève toujours de réalisations à moyen et à long terme qui ne correspondent pas forcément aux échéances des présidences tournantes.

Sur nos quatre grands objectifs cependant, nous avançons dans la bonne direction :

  • Concernant la sortie de crise économique, nous avons organisé un sommet la semaine dernière qui a montré la volonté de tous les Chefs d'Etat à arriver, pour le mois de juin, à des conclusions très précises sur la stratégie Europe 2020. Celle-ci sera focalisée sur la création d'emplois et devrait rendre l'économie européenne plus compétitive.
  • Le deuxièmeme grand domaine d'action de notre présidence est la mise en œuvre du traité de Lisbonne. Nous pouvons dire maintenant que le traité commence à être appliqué. La présidence soutient la mise en oeuvre des grandes réformes institutionnelles : la création de la présidence stable du Conseil européen, la nomination de la Haute Représentante du Conseil et la mise en place du service d'action extérieure. Nous avons déjà les contours de ce futur service qui sera approuvé dans les prochains mois avant la fin de notre Présidence.



  • Sur la question de l'égalité des genres et la lutte contre la violence faite aux femmes, nous avons avancé sur le projet de création de Centres de vigilance pour la protection des femmes qui sont soumises à des violences. Nous oeuvrons également pour la mise en place de normes européennes sur la protection des femmes. Un débat est en cours entre Etats membres et avec le Parlement européen sur cette question.



  • Sur le plan de l'action extérieure, nous souhaitons renforcer la présence internationale de l'Europe et développer l'action de la haute représentante. Une série de sommets importants est programmée avec l'Amérique latine et les pays méditerranéens dans les prochains mois.

 

Nous nous trouvons dans une situation complexe de changement institutionnel et pour cette raison nous devons être prudents. De plus nous faisons face à une de plus grandes crises économiques de l'histoire.

Notre objectif principal est de contribuer à ce que l'Europe travaille plus efficacement et que les changements du traité de Lisbonne facilitent la prise de décision afin que l'Europe puisse défendre mieux les intérêts de ses citoyens.



TLE : Comment s'articule le travail de la Présidence tournante avec celui du Président permanent du Conseil européen ?

CG : Au niveau pratique, nous travaillons en concertation et en coordination constante avec le Président du Conseil européen.  

Cette coopération est encadrée par les traités. Dans les domaines politiques, les réunions sont présidées par la Présidence tournante : les groupes de travail, les réunions des ambassadeurs et les ministres sont toutes présidées par la présidence espagnole. En revanche, les réunions ministérielles sur l'action extérieure sont présidées par la haute représentante.

A la fin de ces discussions aux niveaux des groupes de travail, les ambassadeurs et les ministres, nous aboutissons à des résultats concrets. Ce travail remonte au niveau du Conseil européen qui est présidé par M. Van Rompuy. Ce mécanisme ne peut être efficace que s'il existe une coordination constante entre nos services.

Le système précédent du Traité de Nice était "bottom up" – c'est-à-dire que les suggestions et les idées entraient dans la procédure de prise de décision par le bas à travers les propositions de la Commission, les groupes de travail, les réunions des ambassadeurs et le Conseil des Ministres, pour arriver en dernier lieu sur la table du Conseil européen.

Maintenant, depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, nous combinons ce système "bottom up" avec un système du "top down".  Le Conseil européen et son président M. Van Rompuy indiquent des axes de travail, ensuite nous avançons sur la base de cette ligne directrice. Ces deux manières de travailler nécessitent une constante connivence et un véritable travail en commun.

Nous avons établi des habitudes de travail qui fonctionnent avec l'équipe du président Van Rompuy et de Mme Ashton. Nous sommes dans une période de rodage des mécanismes du nouveau traité, il pourrait y avoir des choses à fignoler pour que le système fonctionne bien.


Toutefois, n'avait-on pas vu une certaine confusion entre les rôles de la présidence stable et de la présidence tournante à propos du Sommet entre l'Union européenne et les Etats-Unis ?

CG : Non, pas du tout ! Il s'agissait d'une certaine présentation biaisée des choses. Toutes les réunions au plus haut niveau, depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne sont présidées par M. Van Rompuy. Si le sommet avec les Etats-Unis avait eu lieu, il aurait été présidé par le Président du Conseil européen.

Par exemple, nous avons organisé un sommet au mois de mars avec le Maroc en Espagne. La réunion était présidée par M. Van Rompuy mais, bien évidemment, M. Zapatero était à ses côtés. Dès l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, il n'y avait plus de doute. C'est même M. Zapatero qui avait suggéré que les choses soient ainsi.

Au moment où nous préparions la présidence, nous ne savions pas exactement quand le traité de Lisbonne allait entrer en vigueur. Nous avons fait le travail de préparation des sommets et programmé de nombreuses rencontres en Espagne pour faciliter l'organisation. Toutefois, le Sommet avec les pays de l'Amérique latine sera présidé par M. Van Rompuy. Il n'aurait pas été pratique de transférer toutes ces réunions à Bruxelles après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

En tout cas, il n'y a aucun doute dans notre esprit sur qui est le Président du Conseil européen.

Concernant le sommet avec les Etats-Unis, il aurait été une bonne chose pour l'Espagne et pour l'Europe qu'il ait lieu. Il y en aura un autre à l'avenir. Nos relations avec les Etats-Unis sont si étroites que qu'elles ne dépendent pas des sommets pour travailler ensemble. Quant à l'annulation du sommet, nous avons exprimé notre regret mais aussi un certain réalisme.


TLE : Le groupe de sages, sous la direction de M. Gonzalez, remettra son rapport au Conseil européen de juin. Le rapport des sages ne risque-t-il pas de faire doublon avec la Stratégie Europe 2020?

CG : A première vue, on pourrait penser qu'il s'agit de la même chose, mais cela n'est pas le cas.  

La réflexion du groupe des sages, que M. Gonzalez est en train de mener, est une vision à plus long terme. Ils réfléchissent à une vision de l'Europe que nous voulons d'ici 20 à 30 ans. La stratégie Europe 2020 est plus concrète et propose un certain nombre de mesures qui devrait être appliquées immédiatement.

M. Gonzales est intervenu lors du dîner du Conseil européen le 25 mars pour faire une première présentation de cette réflexion.  Son rapport est axé sur les contradictions économiques et sociales de notre système actuel. Le groupe des sages apporte des éléments d'une réflexion à long terme sur l'avenir de l'Europe qui pourrait apporter plus de cohérence à la stratégie Europe 2020. La création de la croissance et des emplois seront les priorités de ce rapport qui examine les défis auxquels l'Union devrait faire face pour mettre en œuvre une stratégie à long terme. La gouvernance économique, l'éducation, la formation et l'innovation seront au cœur des propositions de M. Gonzalez.


TLE : Le Ministère des affaires étrangères espagnol, M. Moratinos a fait une déclaration très remarquée le 12 décembre en appelant à la création d'un Etat palestinien en 2010. Quels progrès ont été faits depuis cette déclaration? Y a-t-il des progrès dans les négociations sur le Moyen Orient ?

CG : Ayant travaillé comme envoyé spécial de l'Union européenne dans la région, M. Moratinos est un grand connaisseur de la situation au Moyen Orient

Il a en effet déclaré "je voudrais, si possible, faire le maximum pour arriver à la création d'un Etat Palestinien en 2010". C'était une expression de volontarisme. Pour lui, le plus tôt serait le mieux et encore, ce serait déjà trop tard car il travaille sur la question depuis longue date.

L'Etat palestinien ne pourra naitre que lorsqu'il y aura un accord sur des questions sensibles telles que les réfugiés, la capitale, le territoire, la sécurité et d'autres questions importantes encore.

Notre obligation est de soutenir le processus de paix en mettant toute la pression possible sur les deux parties afin d'arriver à un accord négocié.

Comment peut-on stimuler ces négociations? Parfois quand nous lançons des propos osés tels ceux de M. Moratinos. En disant "je voudrais, je rêve, c'est mon ambition", nous exprimons un maximum de pression et nous arrivons à faire avancer des choses. Il s'agit d'une volonté de travailler pour que les deux parties sortent du blocage actuel.

Malheureusement, ce souhait ne trouve pas encore de traduction dans les faits. La situation reste très difficile. Nous avons eu la possibilité de démarrer des "négociations de proximité" : les représentants palestiniens et israéliens négocient à travers des médiateurs. Nous n'arrivons pas à lancer de négociations directes à cause de la position récente d'Israël sur la colonisation.

Cependant, nous restons très mobilisés : des voyages des médiateurs internationaux et les réunions du Quartet ont eu lieu. M. Moratinos a eu de nombreuses réunions personnelles avec des contacts dans la région. Nous entretenons les contacts avec toutes les parties. Nous sommes force de proposition au sein du Quartet pour contribuer à la relance des discussions.

 

En savoir plus :

 

Le dossier de Touteleurope.fr sur la Présidence espagnole