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Cristian Preda : "Entre mesures anti-terroristes et respect des droits de l'Homme, pas de contradiction"

Actualité 11.02.2015

En décembre dernier, un rapport du Sénat américain révélait les tortures exercées par la CIA sur des personnes suspectées de terrorisme entre 2002 et 2008. Ce document fait mention de centres "délocalisés" de l'agence, notamment dans certains pays de l'Union européenne. C'est le cas de la Roumanie. Cristian Preda, est Vice-président de la sous-commission droit de l'Homme au Parlement européen. Dans une interview à Toute l'Europe, le député roumain explique les relations entre lutte antiterrorisme et respect des droits de l'Homme.

Cristian Preda

Toute l'Europe : Le rapport du Sénat américain sur les tortures exercées par la CIA est à l'ordre du jour de cette session plénière. Le Parlement va-t-il prendre position sur ce sujet ? 

Les groupes politiques ont déjà préparé des résolutions sur la violation des droits de l'Homme, de la démocratie et de l'Etat de droit. Actuellement, il y a deux regroupements. D'un côté, le PPE et les conservateurs qui ont un texte commun sur ce sujet. De l'autre, les socialistes qui se sont réunis avec les libéraux, la GUE, les communistes, le groupe EFDD et le groupe des Verts. 

Notre position couvre l'idée qu'entre les mesures anti-terroristes et le respect des droits de l'Homme, il n'y a pas de contradiction. Il faut qu'il y ait une complémentarité, un renforcement réciproque. Donc on ne part pas de l'idée que toute lutte anti-terroriste signifie un non-respect des droits de l'Homme. De l'autre côté, nous affirmons que la lutte antiterroriste et la coopération internationale, y compris avec l'OTAN, doit être conduite dans le respect des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Nous faisons, bien sûr, référence au rapport présenté par un comité du Sénat américain concernant le programme de la CIA. Nous saluons le fait que l'establishment américain veuille voir de manière honnête ce qui s'est passé dans ce programme. Il y a eu publication d'un rapport. D'une manière plus générale nous saluons les efforts réalisés sous l'administration Obama pour éliminer la torture des traitements infligés lors des campagnes antiterroristes. 

Dans ce rapport, il est fait mention de centres délocalisés de la CIA dans plusieurs Etats européens dans lesquels il y aurait eu des pratiques de tortures. La Roumanie en fait partie, un ancien membre des services de renseignements roumains, Ioan Talpes, l'a confirmé. Le Premier ministre Victor Ponta a affirmé ne pas être au courant. Les services de renseignement seraient-ils trop indépendants des gouvernements ?

Lors de la session plénière de février, les députés européens débattront à Strasbourg du rapport du Sénat américain sur les tortures exercées par la CIA et adopteront jeudi une résolution sur la violation des droits de l'Homme, de la démocratie et de l'Etat de droit.

C'est un ancien responsable du service de renseignement extérieur qui était conseillé de l'ancien président Ion Ilisecu il y a une dizaine d'années. Il a déclaré à la presse qu'il était au courant du fait que les Américains ont employé des mesures spéciales lors des interrogatoires des terroristes, mais il n'a pas confirmé l'existence d'un centre de détention. En Roumanie, il y a eu une investigation d'un comité parlementaire à ce sujet. D'ailleurs, notre rapport au Parlement européen demande aux Etats membres de pousser en ce sens, c'est-à-dire de mener des enquêtes sur les violations éventuelles des droits de l'Homme. Mais notre rapport ne fait pas mention des Etats membres précis qui auraient été impliqués dans les enquêtes de la CIA. Je crois savoir que le texte des autres groupes politiques ne fait pas non plus mention des Etats membres suspectés. 

Un changement des mentalités a eu lieu à la suite des attentats du 11 septembre, qui a contribué aux dérives mentionnées dans le rapport du Sénat américain. L'Europe risque-t-elle de tomber dans les mêmes dérives ?

L'Europe a été confrontée au terrorisme bien avant les Etats-Unis. Maintenant, c'est encore plus grave. On voit des têtes coupées dans des vidéos qui font trembler le monde civilisé. Il faut savoir se donner les moyens de lutter contre ce phénomène terroriste. En Europe, nous avons un culte pour les droits de l'Homme et je suis convaincu qu'on pourra trouver les moyens pour que la lutte antiterroriste en soit respectueuse. J'ai par contre des doutes sur la solidarité et le sérieux des campagnes antiterroristes. Nous devons obtenir plus de solidarité, notamment de la part des Etats qui ne sont pas directement concernés par ce phénomène. 

Le dossier sur le PNR européen (fichier des passagers aériens) qui a été repoussé par le Parlement européen est à nouveau d'actualité. Quel est votre point de vue sur la création de ce fichier ?

Je crois que le refus du PNR européen était une erreur. Personnellement, j'étais pour l'adoption d'une position claire du Parlement européen. Cela a été un report sans date précise de cette décision. Il est essentiel de coopérer avec nos partenaires, notamment avec les Etats-Unis, dans cette lutte antiterroriste. Ce qui vient de se passer en France et le fait que des groupes qui se revendiquent du califat veulent procéder à des exécutions de nos citoyens, nous oblige à faire tout notre possible pour identifier plus tôt les individus qui préparent des attentats contre l'Europe. Si nous ne le faisons pas, nous encourageons le suicide du monde occidental, de l'Europe.