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Crise politique en Lettonie sur fond d'austérité

Actualité 01.06.2011

A quelques jours des élections présidentielles au suffrage indirect, le président letton Valdis Zatlers a annoncé la dissolution du Parlement. En cause : le refus des parlementaires de lever l'immunité de l'un des leurs, oligarque célèbre accusé de corruption. L'occasion de faire le point sur la situation économique et politique du petit pays qui a beaucoup souffert de la crise économique, puis des deux ans de cure d'austérité décidés par le gouvernement.

Crise économique et austérité : comment les Lettons courbent l'échine

Contrairement à l'Irlande ou à la Grèce, la Lettonie n'a jamais fait les gros titres des journaux européens. Et pourtant, la crise économique a frappé très durement le petit pays, asphyxié par le poids de la dette malgré le boom économique des années 2000. Le retour de bâton a été très violent pour les populations qui paient les conséquences au prix fort : depuis deux ans, toutes les réformes engagées sont placées sous le signe de l'austérité.

Des coupes dans les salaires qui ont parfois atteint 80%, la baisse des aides sociales et allocations, l'affaiblissement des services publics (fermetures d'écoles et d'hôpitaux)… Autant de mesures devant lesquelles le gouvernement de Valdis Dombrovskis n'a pas reculé, au nom de l'équilibre budgétaire. C'est à ces conditions que la République balte a pu bénéficier d'une aide de l'UE et du FMI. Après un recul de 18% en 2009, le PIB letton s'est stabilisé en 2010, et les autorités prédisent une reprise pour l'année 2011.

Malgré la dureté des mesures qui les touchent, les Lettons n'ont pas montré signe de résistance, acceptant avec un certain fatalisme le recul de leurs acquis sociaux. "Un mystère" pour Philippe Perchoc, chercheur au CERI, qui met en avant deux facteurs pour expliquer cette passivité, à commencer par la capacité du gouvernement à convaincre la population qu'il n'existe pas d'alternative.

Il met aussi en avant la perpétuation de mécanismes hérités de l'URSS, une culture "de la débrouille" qui pousse les Lettons à se tourner vers le travail au noir, à faire appel aux solidarités familiales. Autant de techniques de survie qui peuvent expliquer pourquoi  ceux-ci courbent l'échine malgré les difficultés quotidiennes.

La corruption, cancer de la vie politique

Le paysage politique letton semble gangréné par la corruption. Un défi difficile à relever pour le pays qui a dû gérer simultanément sa transition post soviétique et son intégration européenne, souligne P. Perchoc pour Toute l'Europe. Ce problème s'explique peut-être par le fait que les partis politiques sont souvent des coquilles vides, qui ne bénéficient pas de financements publics et sont souvent au service d'un seul dirigeant.

Un phénomène qui favorise donc la multiplicité des partis qui doivent bâtir des coalitions de gouvernement. Ainsi, les électeurs ont le sentiment légitime que voter pour l'une ou l'autre formation ne changera pas les choses, puisque les coalitions se suivent et se ressemblent, estime le chercheur.

Le Parlement (Saeima) compte 100 députés, élu pour un mandat de quatre ans. Un parti doit franchir le seuil de 5 % des suffrages pour être représenté. Les députés désignent le président de la République, qui joue essentiellement un rôle de représentation.

C'est une affaire de corruption qui a poussé le président Valdis Zatlers à demander la dissolution du Parlement à la surprise générale. Bien que cela fasse partie des prérogatives du chef de l'Etat, cela n'avait jamais eu lieu depuis l'indépendance de la Lettonie en 1991. La volonté du président doit toutefois être confirmée par un referendum, qui aura lieu le 30 juillet. En cas de réponse favorable, de nouvelles législatives se dérouleront en septembre, soit moins d'un an après le début du mandat actuel des députés.

A l'origine de cette décision : le refus du Parlement de lever l'immunité de l'un de ses membres, Ainars Slesers, dirigeant de "Premier Parti de Lettonie/Voie lettone", vice-maire de Riga et président de son port. L'oligarque est soupçonné entre autres de blanchiment de biens illégaux, fausses déclarations, d'abus de pouvoir, de versement et d'acquisition de pots-de-vin. En refusant de faire de lui un justiciable comme les autres, les parlementaires empêchent toute perquisition au domicile de M. Slesers. Une entrave à l'enquête intolérable pour le président, qui a donc décidé de convoquer un referendum sur la dissolution de la Saeima, la chambre unique du Parlement.

Or des élections présidentielles doivent avoir lieu ce jeudi 2 juin, pour lesquelles le président Zalters, sortant, est largement favori. Dans une allocution télévisée, il affirmait avoir conscience du handicap que pourrait représenter la dissolution d'un Parlement dont il brigue les suffrages, puisque le président est élu au suffrage indirect. Mais en cas de défaite, le président serait obligé de démissionner, et la nouvelle Assemblée serait un "cadeau empoisonné" pour son successeur qui aurait à gérer une dissolution qu'il n'a pas choisie, estime Philippe Perchoc.

Reste à voir si les deux élections à venir suffiront à restaurer la confiance des citoyens lettons : comme le souligne Veiko Spolitis, professeur de politique internationale à l'université Stradins de Riga, le gouvernement recueille 6 % d'opinons favorables, le Parlement 6 %, les partis 2 %. En revanche, l'UE approche les 50 %.

En savoir plus

Le chef de l'Etat sortant, Valdis Zatlers, grand favori de l'élection présidentielle du 2 juin - Fondation Robert Schuman

Latvian turmoil will not affect government, MEPs say - EUObserver

Page sur la Lettonie - Baltic Times

Lettonie - Toute l'Europe