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Crise grecque : "d'un mal est sorti un bien" pour Alain Lamassoure

Actualité 12.05.2010

Alain Lamassoure (PPE) est "soulagé et heureux" par la décision de l'Union européenne d'allouer 750 milliards d'euros à la Grèce. Même si cette décision est venue trop tard pour lui, il estime que "d'un mal est sorti un bien". Il pointe notamment la fin de tabous sur la capacité qu'à l'Europe d'emprunter désormais. Pour lui, cela pourrait servir potentiellement à "financer des investissements porteurs d'avenir" et non simplement à "éteindre des incendies".

Touteleurope.fr : Quelle est votre réaction par rapport à l'aide de 750 milliards d'euros allouée à la Grèce ?

Alain Lamassoure : Je suis à la fois soulagé, parce que nous sommes passés très près d'une crise très grave, et heureux (même enthousiasmé) de voir que sous la pression d'une telle menace, les dirigeants européens ont eu un magnifique sursaut qui va permettre d'ouvrir un nouveau chapître de la construction européenne.

Les méthodes choisies pour préserver les Etats membres les plus endettés de la spéculation financière sont assez innovantes et vont pouvoir donner lieu à de nombreux développements dans d'autres domaines.

Touteleurope.fr : La Commission européenne a-t-elle bien joué son rôle dans cette crise ?

Alain Lamassoure : Ce qui est importe, c'est le résultat : l'Europe s'est dotée d'une sorte de force de frappe financière pour éteindre de nouveaux incendies qui pourraient frapper d'autres pays très endettés, après avoir touché la Grèce. Un certain nombre de tabous qui paralysaient l'initiative politique européenne en matière économique et financière sont tombés. Par exemple, la Banque Centrale Européenne (BCE) ne s'interdit plus d'acheter des obligations d'Etat. Elle avait déjà diversifié ses modes d'actions au moment de la crise financière en 2008 pour sauver les banques. Maintenant, elle les diversifie pour venir au soutien des Etats membres.

De la même manière, jusqu'à présent il y avait une sorte de tabou qui empêchait l'Union européenne d'emprunter. Elle avait son budget avec des dépenses qui devaient obligatoirement être équilibrées par des recettes. L'Union n'avait pas le droit d'emprunter un seul euro. Désormais, elle pourra constituer un fonds financé par des emprunts contractés par la Commission européenne au nom de l'Union sur les marchés financiers en vue de re-prêter à des Etats membres si ceux si rencontrent des problèmes du même type que ceux qu'a rencontrés la Grèce.

Conformément au traité de Lisbonne (article 122.2 TFUE), "Lorsqu'un État membre connaît des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés, en raison de catastrophes naturelles ou d'événements exceptionnels échappant à son contrôle, le Conseil, sur proposition de la Commission, peut accorder, sous certaines conditions, une assistance financière de l'Union à l'État membre concerné".

En effet, on a découvert à la faveur de la crise qu'il y avait dans le Traité de Lisbonne un article, l'article 122, qui lui permettait d'emprunter. Si l'Union peut emprunter pour aider certains de ses membres mal gérés, elle est capable d'emprunter pour financer des investissements porteurs d'avenir dans des Etats membres bien gérés aussi. Donc ce sont des innovations qui peuvent être riches de développements futures.

Touteleurope.fr : Que répondez-vous à ceux qui pensent que cette décision arrive trop tard et que cela aurait pu être décidé dès le Conseil européen extraordinaire du 11 février ?

Alain Lamassoure : 
En février, le seul problème qui se posait, c'était le problème grec. Personne ne pouvait imaginer que la situation prendrait une telle tournure. Il aurait été préférable de pouvoir arrêter l'incendie dès le premier feu, à savoir dès février. On sait parfaitement que la lenteur de décision allemande a fait perdre deux mois de plus. Du coup, l'incendie a commencé à se propager et paradoxalement d'un mal est sorti un bien.

Autant la réaction des dirigeants européens a trainé dans le cas de la Grèce, autant l'incendie s'est étendu d'une telle manière qu'ils ont su trouver à la fois l'importance de la décision sur le volume de cette force frappe financière à mettre en oeuvre, mais aussi les méthodes innovantes que nous dote aujourd'hui d'une panoplie nouvelle.

Touteleurope.fr : Comment éviter de se retrouver dans cette situation une seconde fois ?

Alain Lamassoure : 
Dans l'immédiat, le feu est maitrisé. Nous nous sommes dotés de cet instrument pour l'emprunt et la BCE fait ce qu'il faut sur le marché interbancaire pour soulager les Etats endettés. Pour éviter une rechute, il faut sans doute mettre en place de véritables instruments de gouvernance économique, ce que les dirgeants européens ont décidé. Moi, j'insiste sur le fait que cela ne doit pas se limiter à des rencontres de Ministres des Finances ou à des sommets de chefs d'Etats.

La politique économique, cela ne se décide pas dans le secret d'un cabinet à l'abri des regards, des médias et des contrôles politiques. Il faut faire participer à la gouvernance économique les parlements nationaux qui sont les détenteurs du pouvoir budgétaire et de la souveraineté fiscale chacun de nos Etats membres. Il faudra mettre à jour les règles de disciplines qu'on s'était donné au départ, tels les critères de Maastricht ou le pacte de stabilité et de croissance. La France a d'ailleurs, quand ça la gênait trop, critiqué ce pacte.

L'expérience a montré qu'on a absolument besoin de ce pacte pour éviter que les pays bien gérés (ou moins mal gérés) se retrouvent obligés de venir en aide aux pays les plus mal gérés. Cela veut dire qu'il faut mettre à jour les critères de ce pacte de stabilité qui datent maintenant de treize ans. La situation économique a complètement changé. Il faut prendre en compte d'autres paramètres. Il faut aussi trouver le moyen de responsabiliser davantage les Etats qui seraient tentés de se laisser aller.

Il y a plusieurs moyens d'y parvenir comme de prévoir le statut de l'Etat en situation de défaut, à savoir de faillite. Si on avait une disposition de ce genre dans le traité, après tout, on aurait pu laisser la Grèce faire faillite sans que cela menace d'autres Etats membres ou à plus forte raison la zone euro toute entière. Je pense qu'il va falloir trouver des solutions de ce type.


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