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Crise de l'euro : les 27 adoptent un plan de 750 milliards d'euros

Actualité 10.05.2010

750 milliards d'euros : c'est le montant total du dispositif adopté la nuit dernière par les ministres des finances de l'Union européenne pour faire face au risque de contagion de la crise grecque. Un "mécanisme de stabilisation" qui, tandis que la situation financière des Etats membres n'en finit pas de se dégrader, devrait aider les pays en difficulté à régler leur dette.

L'union monétaire "attaquée"

Dimanche 3 mai, les ministres des finances de la zone euro ont adopté un plan d'aide à la Grèce de 110 milliards d’euros, qui n'a pas suffi à apaiser les places financières.

 

La stratégie a été arrêtée vendredi par les 16 chefs d'Etat de la zone euro, la Commission Barroso en a dessiné les contours dimanche, les 27 ministres des Finances de l'UE ont approuvé ses détails dans la nuit : le "mécanisme européen de stabilisation destiné à préserver la stabilité financière en Europe", est désormais en vigueur.

Objectif : protéger l’euro contre de nouvelles attaques, en garantissant aux Etats européens économiquement fragile des facilités d'emprunt. Plusieurs d'entre eux, confrontés à un déficit et une dette publics considérables, ont subi ces dernières semaines ce que certains ont qualifié "d'attaques" des agences de notations (Fitch, Standard & Poor's, Moody's) contre l'euro.

Les notes de la Grèce, dans une moindre mesure du Portugal et de l'Espagne, ont été successivement dégradées par ces agences. Effet immédiat : une panique des marchés, une forte augmentation des taux d'intérêts d'emprunts de ces pays, et la chute de la monnaie unique, qui avoisinait en fin de semaine les 1,25 dollars. 

 

Plan en deux parties…

Face aux difficultés budgétaires de ces pays, mais surtout afin d'éviter une contagion de la crise à l'ensemble de la zone euro, ses chefs d'Etat puis les ministres des finances de l'ensemble de l'Union européenne se sont retrouvés à Bruxelles ce week-end.

Conformément au traité de Lisbonne (article 122.2 TFUE), "Lorsqu'un État membre connaît des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés, en raison de catastrophes naturelles ou d'événements exceptionnels échappant à son contrôle, le Conseil, sur proposition de la Commission, peut accorder, sous certaines conditions, une assistance financière de l'Union à l'État membre concerné".

Dans la nuit du 9 au 10 mai, ils ont arrêté un plan de grande ampleur, d'un montant de 750 milliards d'euros. Ce dispositif hybride, à la fois communautaire et intergouvernemental, comporte deux volets :

D'une part, la création d'un fonds communautaire de soutien pour la zone euro (60 milliards d'euros). Sorte de FMI européen à taille réduite, ce fonds autorise la Commission européenne à prêter en son nom de l'argent aux pays en difficultés. Alimenté par des emprunts au nom de la Commission et garantis par les Etats membres, ainsi que par des marges dans le budget communautaire, il complète un fonds déjà existant de 50 milliards d'euros mais destiné aux seuls pays européens hors zone euro (6,5 milliards d'euros avaient été utilisés en 2008 pour aider la Hongrie).

D'autre part, l'octroi de prêts de la part des Etats membres les plus solides financièrement (440 milliards d'euros maximum). La contribution totale de la France au fonds d'urgence devrait avoisiner les 85 milliards d'euros.Ceux-ci pourront garantir les emprunts des États les plus fragiles ou leur accorder des prêts bilatéraux.

 

A cette enveloppe européenne de 500 milliards d'euros pourront s'ajouter 250 milliards d'euros du FMI, soit une somme globale de 750 milliards d'euros.


…et conclusion de la BCE

De son côté, la Banque centrale européenne (BCE), qui la semaine dernière refusait encore de participer au remboursement de la dette grecque, a fait volte-face lundi 10 mai, en annonçant qu'elle rachèterait une partie (dont le montant reste à déterminer) de la dette publique et privée de la zone euro.

 

Plutôt que de racheter directement la dette des Etats membres (ce que ses statuts lui interdisent), la BCE achètera sur le marché secondaire (donc auprès des banques) des titres de dettes des pays en difficulté budgétaire.

 

Contrepartie : des plans nationaux d'austérité

En contrepartie du dispositif d'aide, les dirigeants de la zone euro se sont engagés à réduire par des mesures concrètes leurs déficits publics… et à durcir le pacte de croissance et de stabilité, qui limite le montant des politiques budgétaires nationales.

L'Allemagne en particulier, particulièrement préoccupée par l'équilibre budgétaire de l'Union européenne, a imposé plusieurs conditions : pas de garantie d'Etat à un emprunt communautaire géré par la Commission, intervention du FMI en cas de besoin, et plafonnement de l'enveloppe européenne.

 

La chancelière Angela Merkel, dont le parti était jusqu'à dimanche en campagne pour l'importante élection en Rhénanie du Nord Westphalie, semble avoir attendu les résultats (par ailleurs défavorables) pour engager son pays dans un tel mécanisme communautaire.

De leur côté la Pologne et la Suède, non membres de l'union monétaire, ont promis d'offrir leurs garanties au fonds d'urgence. A l'inverse le Royaume-Uni a exclu, alors que l'identité du nouveau Premier ministre reste inconnue, de soutenir le dispositif.

 

Vers un fonds monétaire européen ?

Contrairement au plan d'aide à la Grèce adopté la semaine dernière, l'accord du 9 mai a des chances de rester dans les annales… ses effets positifs ont été ressentis dès ce midi, la monnaie unique repassant la barre des 1,30 dollar.

Ce dispositif prévu pour trois ans ouvre-t-il le chemin vers l'institutionnalisation, à plus long terme, d'un véritable "fonds monétaire européen" ?

Alors que l'Europe "fêtait" avec une certaine angoisse les 60 ans de la déclaration Schuman, il semble en tout cas que les nombreux appels à la solidarité lancés de toutes parts ont eu ce dimanche une résonance singulière.

 

 

En savoir plus :

 

Principaux résultats du Conseil du 9 mai 2010 [PDF] (eng) - Conseil de l'Union européenne

 

Crise économique dans la zone euro - 2010 - Touteleurope.fr

Angela Merkel perd une région et la majorité au Bundesrat - Touteleurope.fr