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Copenhague et après, l'analyse d'Anthony Giddens

Actualité 16.12.2009

Sociologue reconnu, aujourd'hui membre de la Chambre des Lords (Chambre Haute) Anthony Giddens a récemment publié "Les Politiques du Changement climatique". Il explique ici les limites de Copenhague et formule un appel à l'action, clair et convaincu.

"Copenhague doit nous inspirer un état d'esprit radicalement nouveau"

Copenhague a ses limites. Si en aucun cas, il ne doit nous faire reculer, il doit plutôt nous inspirer un état d'esprit radicalement nouveau, et des actions novatrices tant au niveau bilatéral, régional que national.


Récemment, on entendait le scientifique américain James Hansen dire qu'il souhaitait que les pourparlers échouent à Copenhague. Je ne suis pas d'accord, car un échec à Copenhague serait un mauvais signal à donner au monde, sur ce qui constitue désormais les plus dangereux risques que l'humanité n'ait jamais eu à affronter.


Cependant, je comprends pourquoi James Hansen en arrive à de tels propos. En vérité, et on ne le souligne pas assez, quel que soit l'accord ou le non accord à Copenhague, le plus dur restera à faire. C'est le vieux slogan des suffragettes " Des actes, pas des mots" qui devrait être le mot d'ordre de la politique du changement climatique.


Si l'on considère les actions plus que les paroles, comme Hansen le souligne, les choses ne se présentent pas bien aujourd'hui. Regardons les pays développés. Ceux-ci sont censés réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour indiquer la bonne voie. Or beaucoup n'ont fait que des progrès limités pour respecter les objectifs de réduction du protocole de Kyoto, qui restent modestes (si l'on déduit en plus les effets de la récession, qui ont conduit à la réduction des émissions de 9% en 2008).

Anthony Giddens est un membre de la Chambre des Lords (Chambre Haute). Sociologue reconnu dans le monde entier, il contribué à l’élection de Tony Blair en tant que conseiller, et à la mise en place d’un pouvoir de “ centre gauche ” ou de “ centre radical ” en Grande-Bretagne. Son plus récent ouvrage est  Les Politiques du Changement climatique.


Certes, un petit groupe d'Etats, comprenant la Suède, le Danemark et l'Allemagne, semble avoir réalisé d'importants progrès. Mais un examen plus minutieux permet de voir que beaucoup de leurs réalisations ne sont pas dues simplement à une politique active en matière de changement climatique.
En effet, la Suède et le Danemark ont réagi avec force à la crise pétrolière des années 1970, et ont commencé à introduire des technologies renouvelables à partir de ce moment là. Quant à l'Allemagne, elle a fait quelques progrès en développant l'éolien, mais il n'en reste pas moins que les sources renouvelables ne constituent que 7% de leur mix énergétique.


Ainsi, même dans les pays "bons élèves", un changement radical d'échelle dans l'effort environnemental sera nécessaire. Mais plus inquiétant encore, ce sont les Etats dans lesquels très peu ou aucun progrès n'ont été fait, ou dans lesquelles les émissions ont même augmenté. En Europe, on montre du doigt des pays tels que l'Italie, l'Espagne ou la Grèce. Ailleurs, ce sont le Japon, l'Australie, le Canada et les Etats-Unis. Au Canada, les émissions en 2007 ont été de 22% supérieure à celle de 1990, l'année de référence de Kyoto, et elles ont augmenté quasiment d'autant aux Etats-Unis.

 

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On a d'ailleurs beaucoup parlé de la faible position que le Président Obama aurait dans les négociations à Copenhague, étant donnée la difficulté qu'il a à faire adopter une charte sur le changement climatique par le Congrès. Mais sans parler de législation, en restant sur la nécessité d'agir, le défi de réduction des émissions américaines est énorme. Le mode de vie américain est basé sur de l'énergie pas chère combinée à un crédit pas cher, tout cela avec une extension urbaine plus ou moins infinie. Comment de telles tendances peuvent-elles être renversées, et dans un laps de temps relativement court?


Je ne vois aucune politique aujourd'hui en place, qui soit à la mesure du problème. Beaucoup pensent que le vent, le soleil, l'eau et d'autres technologies pauvres en carbone vont progressivement remplacer les énergies fossiles – spécialement si elles sont accompagnées d'une meilleure conservation de l'énergie. Cela peut certainement être une partie de la solution mais nous ferons de très petits progrès en matière de réduction d'émissions si nous ne sommes pas capables de gérer simultanément notre consommation. Un changement de mode de vie général, dans tout le monde industrialisé, est impératif. Aujourd'hui, le PIB est une mesure flouée qui ne reflète en rien la qualité de vie mais aucun pays n'a encore trouvé une façon de comptabiliser autrement. Le rapport remis au Président Sarkozy, écrit par un groupe d'éminents économistes, incluant le Prix Nobel George Stiglitz, appelle pourtant à une réévaluation radicale des stratégies de croissance qui ne doit pas être mise au placard.


Quant aux pays les plus pauvres du monde qui sont  aussi concernés, le défi est redoutable. Un nouveau modèle de développement doit être pensé. La Chine, l'Inde, le Brésil et les autres nations en voie de développement ont le droit d'aspirer à vivre selon des standards comparables à ceux du monde développé, même si au delà d'un certain point, il leur sera impossible de suivre le même rythme que celui qu'ont eu les pays riches – les conséquences destructrices en terme de changement climatique seraient trop importantes.

James Hansen

James Hansen est un scientifique Américain, directeur de l'institut Goddard d'études spatiales de la NASA.

Portrait
Un grand accord innovant et un nouvel état d'esprit sont nécessaires, et une grande part de celui ci devra être social et politique. Nous devons penser que certaines façons de vivre traditionnelles et certains liens sociaux ne doivent pas être sacrifiés sur l'autel de la modernité mais au contraire doivent servir à monter des voies alternatives.


Par exemple, les pays en voie de développement pourraient changer en préservant les communautés locales et leurs districts, en les intégrant avec des moyens de communication "haute technologie", évitant ainsi une expansion urbaine encore plus importante. Vient ensuite la sphère des relations internationales, où le même nouvel état d'esprit sera nécessaire. Aujourd'hui, il y a peu de moyens pour garantir que les pays qui se sont engagés respecteront réellement leurs engagements.

Quel intérêt y a-t-il pour les Etats à se mettre d'accord sur des objectifs communs si il n'y a aucune façon de les contrôler? Un contrôle régulier des progrès par un ou des organe(s) international(ux) pourrait aider mais les nommer et les stigmatiser aurait un impact marginal. Des sanctions plus en accord doivent être définies,  ce qui sera difficile étant donné que les Etats préservent très jalousement leur souveraineté en la matière.


Ainsi, même si ce ne sont que de pures négociations, les accords du style de Copenhague connaissent des limites. Les pactes bilatéraux seront extrêmement importants, spécialement entre la Chine et les Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs. Par exemple, les Etats-Unis pourraient être d'accord pour céder quelques droits exclusifs d'exploitation en échange de concessions commerciales.


Des accords régionaux et des planifications seront nécessaires, dans toutes les parties du monde, pas seulement pour les objectifs de réductions mais aussi pour s'adapter à des changements de grandes échelles dans les modèles météorologiques.  Cela ne signifie pas qu'il faut être défaitiste, mais il faut suivre l'appel à l'action de Hansen. Partout dans le monde et de tous les points de vue, il reste énormément de travail à accomplir. Un tout nouvel état d'esprit doit être adopté.

 

En savoir plus

 

Dossier de Touteleurope.fr sur le Sommet de Copenhague

Le think tank le Policy Network