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COP21 : L'accord de Paris donne "un cadre et une vision de long terme"

Actualité 15.12.2015

Après douze jours d'intenses négociations et quelques heures de prolongations, les négociateurs des 195 Etats parties à la COP21 sont parvenus à un accord. Ce dernier a été entériné samedi 12 décembre, non sans émotion, par Laurent Fabius, président de l'événement et ministre des Affaires étrangères. Les pays auront un an, à partir du Jour de la Terre, le 22 avril 2016, pour ratifier le texte.

Céline Ramstein, chef de projet COP21 à l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), répond aux questions de Touteleurope.eu et apporte son éclairage sur la teneur de l'accord.

COP21

Touteleurope.eu : Quel est votre sentiment général sur la COP21 qui vient de s'achever et l'accord qui a pu être trouvé ?

Céline Ramstein : Du soulagement principalement ! Il est vrai que nous avons beaucoup travaillé à l'IDDRI, depuis plusieurs années, en vue de la COP21, en produisant des analyses sur les différents points qui allaient être discutés. Donc rien que sur le plan professionnel, nous ressentons du soulagement et nous sommes heureux de l'accord.

Céline Ramstein

Diplômée de Sciences Po et de l'université Pierre et Marie Curie, Céline Ramstein est chargée de projet COP21 à l'IDDRI.

Plus généralement, il faut bien dire que cet accord est bon, alors même que, jusqu'au dernier moment, c'était assez tendu. Il y a quelques semaines encore, on ne pouvait pas imaginer que toutes les dispositions qui figurent dans l'accord seraient adoptées à Paris. Evidemment, il n'y a pas tout. Il y a des points qu'il aurait été préférable de préciser. Mais sur le plan général, nous sommes satisfaits à l'IDDRI de ce que cet accord va permettre dans le futur. Et il ne faut pas minimiser l'importance des nombreuses initiatives qui ont été annoncées pendant la COP, par les entreprises, les collectivités et la société civile, et qui contribuent à l'action climatique et qui prouvent qu'il y a eu une ambition très forte déjà en œuvre sur le terrain.

Le monde et le climat ne sont pas sauvés, mais la COP21 offre un cadre et une vision de long terme pour mettre en place les politiques publiques nécessaires dans les différents pays.

Les observateurs s'accordent à qualifier la COP21 de 'succès diplomatique', mais certains n'hésitent pas à ajouter qu'il s'agit aussi d'un '(semi)échec climatique'. Où placez-vous le curseur ?

La COP21 n'allait jamais, d'un coup de baguette magique, régler le problème climatique. Par contre, le nouveau fonctionnement au sein duquel les pays étaient invités à mettre sur la table, en amont, leurs stratégies pour lutter contre le changement climatique, a marché. 188 Etats sur 195 ont joué le jeu. La mobilisation a été considérable. Dorénavant, plus personne peut ne rien faire concernant le climat.

Après, il est vrai que ces contributions des pays mènent actuellement sur un réchauffement climatique mondial de l'ordre de 3°C. Cela n'est évidemment pas suffisant. L'accord de Paris dit bien qu'il faut accélérer l'action et entrer dans la trajectoire des 2°C, voire 1,5°C. Cela suppose de continuer le travail aux niveaux national, européen et international et de mener des actions extrêmement ambitieuses dans les années qui viennent. Agir sur l'efficacité énergétique, les bâtiments, les énergies renouvelables…

L'accord de Paris ne fait pas mention d'un prix du carbone au niveau mondial. A quel point est-ce regrettable ?

Tout d'abord, nous n'envisagions pas qu'une taxe carbone ou un prix du carbone mondial allaient pouvoir être établies à Paris. Ce n'était pas réaliste. Beaucoup de pays ne sont pas prêts à accepter cela à l'heure actuelle et nles différences de niveau de développement entre pays ne permettent pas d'appliquer du jour au lendemain un prix commun sur le carbone.

Sébastien Balibar, directeur de recherches au CNRS, a également commenté, pour Toute l'Europe, les résultats de la COP21. Lire son interview

Après, il était important de donner un signal fort pour inciter tous les pays à mettre en œuvre des mécanismes pour donner un prix au carbone. Ces derniers existent d'ailleurs déjà dans de nombreux Etats et collectivités et cela peut prendre différentes formes : taxe, marchés, internalisation du prix du carbone dans les activités des entreprises… L'accord intègre une décision reconnaissant l'importance de ces mécanismes de prix du carbone : c'est déjà une invitation à poursuivre.

N'y a-t-il pas des pays susceptibles de ne pas tenir leurs promesses, comme cela a été le cas dans le passé ?

Dans tous les pays, sans exception, il va falloir travailler. Dans tous les pays, il y aura d'importants arbitrages politiques à gagner. L'accord international va renforcer cette position des Européens, qui étaient soucieux de ne pas être les seuls dans l'effort. Et la logique est la même pour les Etats-Unis ou la Chine. Le fait qu'il y ait une entente mondiale leur donne une forte impulsion. Tout comme l'ensemble de la société civile aura aussi un rôle crucial à jouer pour s'assurer que les engagements soient tenus. Leur mobilisation lors de la COP21 a d'ores et déjà montré aux dirigeants qu'ils se sont emparés de cette question. Par ailleurs, l'accord de Paris comprend des dispositions relatives à la transparence. Les pays se sont ainsi engagés à rendre publiques leurs avancées.

Les ratifications de l'accord ne sont elles-mêmes pas si évidentes. Les Etats-Unis ont refusé à la dernière minute une formulation contraignante juridiquement. Certains Etats pourraient-ils se désister ?

Concernant le 'shall' ou 'should' [voir encadré], nous aurons le fin mot de cette histoire dans les prochaines semaines. Mais l'importance de la formulation n'est en rien une nouveauté. Barack Obama et son équipe de négociations avaient dit depuis le début ce qu'il leur serait possible d'accepter ou pas, par rapport à leur droit national, pour que le président puisse ratifier l'accord via son pouvoir exécutif. Car on sait que le Congrès américain le refuserait et qu'on basculerait alors dans un scénario de type Kyoto [les Etats-Unis avait signé l'accord, mais ne l'ont jamais ratifié, ndlr]. Or il s'avère que ce mot 'shall' est apparu là où ils avaient toujours dit qu'il faudrait mettre 'should'. Il a fallu régler ce problème dans l'urgence au dernier moment.

Alors que le texte final allait être soumis au vote, les Etats-Unis ont tenu à ce que le mot 'shall', désignant l'obligation, ne soit pas utilisé. A la place le mot 'should', désignant une incitation, mais non contraignant, a été préféré.

D'une manière générale, je pense qu'il y a peu de risque de non-ratification ou de non-entrée en vigueur de l'accord compte tenu de la mobilisation de la société civile et des chefs d'Etat et de gouvernement qu'il y a eue.

L'accord de Paris prévoit un mécanisme de révision des engagements tous les cinq ans, donc à partir de 2025 dans la mesure où l'entrée en vigueur est prévue pour 2020. N'est-ce pas une perspective trop éloignée ?

C'est en réalité un peu plus compliqué que cela. Déjà, certaines personnes regrettent que l'accord n'entre en vigueur qu'en 2020 : cela a toujours été prévu ainsi. La date correspond à la fin de la deuxième phase du Protocole de Kyoto. Ensuite, dans l'accord de Paris, une révision est prévue dès 2018. Il s'agira d'un 'dialogue facilitateur' au cours duquel on va discuter de l'état de l'ambition collective. Ce sera tout à fait crucial pour identifier des moyens d'aller plus loin. De plus, l'accord stipule clairement que dès 2020, les pays seront formellement invités à présenter de nouvelles contributions pour l'horizon 2030. Je ne crois donc pas du tout que nous allons attendre 2025 pour revoir les engagements.

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