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Consultations citoyennes : pour des amendes contre les géants de l'agro-alimentaire

Actualité 05.06.2018 Isaure Magnien

Au nord de Paris se cache un endroit insolite : ferme urbaine, bar, restaurant et lieu d'échange, la REcyclerie est le lieu qu'a choisi Toute l'Europe pour organiser sa propre Consultation citoyenne, lundi 4 juin, sur le thème l'alimentation en Europe.

Consultation citoyenne à la REcyclerie organisée par Toute l'Europe le 04 juin 2018

Consultation citoyenne à la REcyclerie organisée par Toute l'Europe le 04 juin 2018

Glyphosate, bio, souffrance animale… l'Union européenne en fait-elle assez pour notre alimentation ? C'est autour de cette question générale que les plus de cinquante participants et les trois intervenants de la Consultation citoyenne organisée par Toute l'Europe lundi 4 juin étaient invités à réfléchir.

Ceci n'est pas une conférence

Alors que les discussions et le tintement des verres ne sont pas encore tout à fait taris, Céline Schmitt, rédactrice à Toute l'Europe, invite les participants à débuter les échanges. Les consignes sont données dès le début de l'évènement : ceci n'est pas une conférence, mais une Consultation citoyenne. Ainsi, les participants seront largement sollicités et les intervenants devront donner des réponses concises. L'objectif : que le public puisse, à la fin de la rencontre, écrire sur une fiche dédiée leurs propositions pour une meilleure politique de l'alimentation en Europe.

En guise de préambule, chaque membre du panel a trois minutes pour se présenter. Laurence Delva est cheffe de service de l'alimentation au ministère de l'Agriculture et de l'alimentation. Elle a pour tâche, parfois ardue, de défendre et d'expliquer les politiques du gouvernement. Vient ensuite Karine Jacquemart, militante de longue date pour les causes environnementales et pour l'accès à une alimentation de qualité partout en Europe. Aujourd'hui directrice générale de l'ONG Foodwatch France, elle se réjouit de voir le "nutri-score" enfin à l'ordre du jour de l'agenda politique français, et affirme ne pas agir pour "agiter les peurs mais pour changer les choses". Enfin Charles-Maxence Layet, assistant parlementaire de la députée européenne Michèle Rivasi (EELV), doit permettre à chacun de comprendre les coulisses des décisions bruxelloises.

La sûreté alimentaire en question

Puis l'assemblée est d'emblée sollicitée, sans ambages : "Avez-vous le sentiment que votre alimentation est protégée par l'Union européenne ?" Hormis trois convaincus et quelques hésitants, la majorité de l'auditoire répond par la négative. Mais pourquoi ? "Nous avons bien vu ce qu'il s'est passé avec le glyphosate. Et même au niveau national, pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas inscrit son interdiction dans la nouvelle loi alimentation ?", remarque une participante.

Pour Laurence Delva, il est avant tout question de procédure : les amendements proposés étaient trop éloignés du projet de loi. Mais pour Karine Jacquemart, cette décision reste incompréhensible. "Il vaut mieux légiférer tout de suite, au moins pour avoir la garantie que ce sera fait, au lieu d'attendre que les acteurs se responsabilisent seuls ou de reporter cela à une date ultérieure", juge-t-elle.

Les questions et remarques s'enchaînent. Les préoccupations sont variées mais néanmoins teintées du prisme national. Actualité oblige, la loi alimentation votée début juin et ses nombreuses lacunes, montrées du doigt par les associations de défense de l'environnement, des consommateurs et du bien-être animal, occupe une grande partie du débat. Un participant remarque alors que "nous parlons beaucoup de la France, de l'Europe, mais lorsque l'on parle d'alimentation il faudrait penser global". Karine Jacquemart abonde : "Evidemment, tout est lié".

Pour quelqu'un d'autre dans le public, la question du prix des aliments apparaît centrale. En effet, "la malbouffe affecte les populations les plus précaires", rappelle Karine Jacquemart. Mais face à l'argument d'un "bio trop cher", la militante oppose un raisonnement inverse : "la question n'est pas de savoir si manger des aliments bio ou de bonne qualité est trop cher. Si ça l'est, alors c'est une question de politique économique, et c'est aux dirigeants de réfléchir aux moyens de faire en sorte que tout le monde puisse avoir les moyens de bien manger".

Volonté d'agir et amendes dissuasives

"Mais alors, comment agir ?", se demande un participant inquiet du manque d'efficacité des actions de lobbying des ONG et des députés. Les réponses sont maigres : aller voter et continuer à s'engager. Une proposition fuse alors : "ne faudrait-il pas, comme pour les GAFA dans le domaine du numérique, réussir à contrôler les géants de l'industrie agro-alimentaires ?"

Pour Charles-Maxence Layet, une solution serait effectivement de mettre en vigueur des amendes dissuasives, au moins égales au coût des dommages perpétrés. Après un vote à main levée demandé par l'un des participants, l'audience approuve. L'instigateur s'enthousiasme : "au moins, si cette consultation a eu une vertu, c'est qu'au bout d'une heure, nous nous soyons mis d'accord sur une proposition concrète qui permettrait de faire avancer les politiques de l'alimentation en Europe".

En dépit des tentatives pour aborder d'autres sujets, celui du glyphosate revient vite. Rachat de la multinationale Monsanto par Bayer, lobbies et conflits d'intérêts… il semble que pour les personnes présentes, le thème de l'alimentation en Europe soit largement associé à ces thématiques. Charles-Maxence Layet n'hésite d'ailleurs pas à parler à ce propos de "guerre de l'information" entre les agences européennes et nationales, les études scientifiques indépendantes et celles menées par les grands groupes de l'industrie agro-alimentaire.

A quelques minutes de la fin de la consultation pourtant, de nouveaux thèmes comme la souffrance animale ou les accords de libre-échange sont abordés. Preuve qu'il aurait certainement fallu quelques heures supplémentaires pour faire le tour d'une question aussi centrale que l'alimentation.

Rendez-vous sur le site de Toute l'Europe pour retrouver la restitution de cette consultation citoyenne et pour vous informer sur les questions européennes !