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Conseil européen extraordinaire : l'UE serre les rangs face à la Russie

Actualité 02.09.2008

A la demande du Président en exercice du Conseil de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy, les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union Européenne se sont réunis, lundi 1er septembre, à Bruxelles, afin d’aboutir à une position commune sur la situation en Géorgie. Une réunion qui a permis aux Etats membres de s'accorder sur un certain nombre de points et d'afficher une position unie et ferme face à la Russie, alors que plusieurs milliers de Géorgiens défilaient dans les rues de Tbilissi pour manifester contre la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des deux régions séparatistes de Géorgie.

Contexte

Le Plan de paix en six points

1. Ne pas recourir à la force.

2. Cesser les hostilités de façon définitive.

3. Donner libre accès à l’aide humanitaire.

4. Les forces militaires géorgiennes devront se retirer dans leurs lieux habituels de cantonnement.

5. Les forces militaires russes devront se retirer sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités.

6. Ouverture de discussions internationales sur les modalités de sécurité et de stabilité en Abkhazie et en Ossétie du Sud


En raison du maintien des forces russes dans la province géorgienne d’Ossétie du Sud, et de la reconnaissance par les autorités russes de l'indépendance des provinces séparatistes géorgiennes, le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, a décidé de convoquer, le 1er septembre, une réunion extraordinaire du Conseil européen.

Cette réunion devait permettre aux vingt-sept Etats membres de s'accorder sur la position à tenir face à la Russie.

Les origines de la crise remontent à 1992 lorsque l’Ossétie du Sud fait unilatéralement sécession avec la Géorgie.

Le 7 août 2008, la Géorgie attaque l’Ossétie du Sud en réponse aux provocations des séparatistes ossètes, et le 8 août, l’armée Géorgienne occupe Tskhinvali, "capitale" ossète.

La Russie intervient rapidement et, du 9 au 11 août, les troupes géorgiennes sont défaites par les "forces de la paix" russes et se retirent d’Ossétie du Sud.

Le 13 août, la Russie, dont les troupes sont toujours présentes en Ossétie du Sud, et la Géorgie signent un plan de paix en six points élaboré avec l’aide du Président français Nicolas Sarkozy. Ce plan prévoit notamment un retrait rapide des troupes russes des provinces séparatistes géogiennes

Le 22 août, la Russie affirme avoir effectué un retrait complet de ses troupes, ce que contestent les Occidentaux et, dès le 25 août, le président russe Dmitri Medvedev reconnaît l’indépendance des provinces géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Une reconnaissance immédiatement condamnée par l'Union européenne.

Une Union européenne unie et ferme face à la Russie

En réunissant ses vingt-six partenaires à Bruxelles, la France, en tant que présidente en exercice de l'Union européenne, a relevé le défi de faire s'accorder les positions divergentes des Etats membres sur le dossier géorgien.

Vidéo : Conférence de presse de Nicolas Sarkozy



Le Conseil européen a rappelé à l'unanimité sa préoccupation sur les conséquences, notamment humaines, de cette situation et sa condamnation de la décision unilatérale de la Russie de reconnaitre l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud.


En effet, l'Europe paraissait divisée entre, d'un côté, les partisans d’une ligne dure face à Moscou, tels que la Grande-Bretagne, la Suède et les Pays Baltes, et, de l'autre, les Etats membres soulevant les risques d’une telle prise de position, notamment en termes énergétiques (la Russie fournit un quart du gaz et du pétrole européens) et de relations avec les pays de l'Est, dont, bien entendu, la Russie, mais également l'Ukraine.

Pourtant, les conclusions du Conseil européen du 1er septembre font l'état d'un consensus européen sur plusieurs points.

Nicolas Sarkozy a d'ailleurs souligné que "l'Europe est aujourd'hui unie autour des propositions que la présidence a proposé au Conseil".

Le Président en exercice a souligné "le message d'unité très fort" lancé par ce Conseil européen, considérant le rôle de l'Union européenne indispensable dans la résolution de ce conflit : "Si l'Europe ne le faisait pas, qui le ferait à sa place ?"



Les conclusions du Conseil européen montrent donc une position commune ferme vis-à-vis de la Russie.

Les vingt-sept Etats membres se sont accordés pour :

  • Condamner la décision unilatérale de la Russie de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ;

  • Assurer la mise en oeuvre intégrale du plan en six points obtenu le 12 août ;

  • Renforcer de la mission d'observation de l'OSCE en Ossétie du Sud, par l'envoi d'observateurs et par des contributions matérielles et financières substantielles ;

  • Fournir une aide à la reconstruction en Géorgie, y compris dans les zones d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie ;

  • Renforcer les relations qu'elle entretient avec ses voisins orientaux,notamment à travers sa politique de voisinage, le développement de la "synergie mer Noire" et un "partenariat oriental" que le Conseil européen souhaite adopter en mars 2009. Le Conseil européen souligne, dans ce contexte, l'importance du prochain sommet entre l'Union européenne et l'Ukraine le 9 septembre ;

  • Nommer un représentant spécial de l’Union européenne pour la crise en Géorgie ;

  • Geler les négociations de l'accord de partenariat en l'UE et la Russie tant que les troupes russes ne se sont pas retirées des provinces séparatistes et que le plan de paix en six points n'a pas été intégralement appliqué.

 

Points de vue

La crise géorgienne était au coeur des débats entre les chefs d'Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept hier à Bruxelles. Elle était également le principal sujet de discussion des députés européens réunis en session plénière à Strasbourg.

Lors du Conseil européen, Nicolas Sarkozy s'est voulu ferme et déterminé face à la Russie. Il a ainsi rappelé que "cette réunion n'était pas dirigée vers la Russie, mais il est aussi clair que le comportement de la Russie au cours des dernières semaines (...) a fait naître de profondes réactions en Europe et au-delà".

Le Président en exercice du Conseil de l'UE s'est ainsi interrogé "Que veut la Russie : la confiance et la coopération ou la méfiance et la montée des tensions?", précisant que "Le retour des sphères d'influence n'est pas acceptable. Yalta, c'est fini."

Du côté du Parlement européen, Joseph Daul a souligné que "La Russie a les mêmes droits et devoirs que le reste de la Communauté internationale", et que l'Europe doit "user de tout son poids politique et économique" pour faire pression sur la Russie "en vue d'un retrait immédiat et total du territoire géorgien".

S'exprimant pour le groupe UEN, Konrad Szymanski (UEN, PO) a estimé que, dans la mesure où "la Russie ne réalise pas 3 des 6 points de l'accord signé" le 12 août, elle ne doit plus être considérée "comme un partenaire de l'Europe".
 
Daniel Cohn-Bendit  (Verts/ALE, DE) a suggéré : "Proposons à la Géorgie et à l'Ukraine un partenariat privilégié comme antichambre à l'adhésion, une fois l'UE réformée, stratégie qui permettra de mettre sur la table les valeurs européennes". Le coprésident des Verts/ALE a qualifié par contre l'intégration de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'OTAN prônée par le président du PPE "de chose la plus idiote à faire". 
 
Au nom du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz (FR) a déclaré qu'"exprimer une position pro-russe ou pro-géorgienne est une impasse". Affirmant que "dans cette région où le terreau est dangereusement fertile aux nationalismes, l'irresponsabilité politique se paye cash", il a critiqué l'attitude du Président géorgien, la qualifiant de "dangereuse pour la Géorgie, pour le Caucase et pour l'Europe".

Pour le groupe des Non Inscrits, Sylwester Chruszcz (NI, PO) a estimé que les Occidentaux avaient "ouvert la boîte de Pandore en reconnaissant l'indépendance du Kosovo". Il a en outre critiqué une unité internationale "de façade" concernant le conflit en Géorgie et a appelé à la fin de "l'hypocrisie".




Source


Conseil européen exceptionnel sur la situation en Géorgie - Conclusions  de la Présidence - 01/09/08 - Conseil de l'Union européenne

Débat sur la Géorgie - 01/09/08 - Parlement européen

Conseil européen exceptionnel sur la situation en Géorgie - Conférence de presse - PFUE TV - 01/09/08 - Présidence française de l'Union européenne

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