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Conférence de presse du 18 septembre : ce qu'Hollande a dit sur l'Europe

Actualité 19.09.2014

Quelque 300 journalistes étaient à l'Elysée ce jeudi 18 septembre, pour la conférence de presse semestrielle de François Hollande. Dans son discours liminaire, puis en réponse aux questions de la salle, le président de la République a fait plusieurs annonces (opération aérienne en Irak, installation d'un hôpital en Guinée pour faire face à Ebola…) et a tenu à clarifier son action sur un certain nombre de points. Croissance et emploi, impôts, justice et transparence, indépendance de la presse ou encore service civique comptent parmi les sujets abordés… sans oublier bien sûr l'Union européenne, que ce soit à propos du couple franco-allemand, de la politique économique, de la situation en Ukraine ou de la défense. Voici les extraits de ses propos sur l'Europe.

François Hollande

Dès le début de son discours, le président a tenu à souligner le contexte d'incertitude dans lequel se trouvait aujourd'hui la France : "Le monde affronte une crise particulièrement grave. Ou plutôt des crises qui se conjuguent, se renforcent les unes les autres. L'Europe est une nouvelle fois devant des choix cruciaux (…). Et la France s'interroge dans un climat de défiance lourd sur son avenir. C'est à ces questions que je veux répondre aujourd'hui (…)".

Ukraine : "Il est dans l'intérêt de tous qu'une solution soit trouvée"

Après ses propos sur l'Irak et l'épidémie d'Ebola, le président a abordé le conflit ukrainien. "Les tensions sont (…) aux frontières de l'Union. En Ukraine, ou des principes essentiels ont été mis en cause : l'intégrité territoriale d'un pays, le principe d'intangibilité des frontières (…) Comme un retour de Guerre froide. La France, avec l'Allemagne (…) a tenté depuis le 6 juin (…) une médiation (…). Nous n'y sommes pas parvenus, reconnaissons-le, pendant un temps. L'Europe a été conduite à prendre des sanctions (…) mais elle a dit clairement que ces sanctions seraient levées si le processus de règlement de la crise était engagé et appliqué, et le cessez-le-feu respecté. Ces sanctions, elles coûtent à la Russie (…), à l'Europe. Cette politique coûte à la croissance".

Le Président de la République a confirmé que les porte-hélicoptères Mistral ne seraient livrés à la Russie que "si le cessez-le-feu est respecté, si le processus de règlement est achevé" en Ukraine. "Mais nous n'en sommes pas là", a-t-il souligné.

"Il est de l'intérêt de tous, et de la Russie notamment, qu'une solution soit trouvée. Nous sommes prêts, la France, l'Allemagne, à la chercher et même à l'organiser", à travers notamment "le format Normandie", "La Russie peut être, doit être un partenaire de l'Europe"

Défense : "Partager le fardeau"

"L'Europe est devant des choix cruciaux (…). [Elle] doit avoir une défense, elle ne peut pas s'en remettre à d'autres (…). Elle ne peut pas non plus confier sa protection ou son autorité à (…) quelques pays de l'Europe, la France notamment, pour [qu'ils] fassent le travail à sa place. Avec une générosité accordée sur le plan politique, plus chichement distribuée sur le plan financier (…). Une étape doit être franchie pour que les efforts soient coordonnés, le fardeau partagé, et pour qu'il y ait une véritable industrie européenne de défense. C'est la condition pour l'autonomie de l'Europe, dans le cadre de ses alliances", a déclaré François Hollande, sans toutefois préciser comment il comptait procéder pour mettre en œuvre ces projets.

Construction européenne : le "danger" de la "déconstruction"

"L'Europe (…) doit être une protection. Elle ne l'est pas aujourd'hui, en tout cas elle n'est pas ressentie comme telle. Ni par rapport aux excès de la mondialisation, ni par rapport aux mouvements de populations venant de l'extérieur. Elle n'est pas davantage regardée comme une protection par rapport au respect des règles sociales, environnementales, ou même par rapport aux atteintes au principe de l'exception culturelle".

"Après un demi-siècle de construction de l'Europe nous rentrons, en tout cas c'est un danger, dans un projet de déconstruction, pas simplement de l'Union, mais des Etats eux-mêmes et de la solidarité intérieure comme extérieure".

Référendum en Ecosse / progression des extrêmes : "les scrutins sonnent comme des tocsins"

"Si le projet européen se dilue, la voie est ouverte aux égoïsmes, aux populismes, aux séparatismes… voilà ce qui se produit en ce moment. Cette conjugaison de forces centrifuges (...) [a] fini par perdre ce qu’était l’enjeu européen pour d’abord se replier dans le cadre national, puis ensuite dans le cadre régional. Se faire plus petit, pour soi-disant être plus fort, le contraire même de ce qu’a été l’idée européenne"

"Tous les scrutins qui se sont produits, et notamment au Parlement européen, ne sonnent plus comme des avertissements mais comme des tocsins", a déclaré le président en référence à la progression de l'extrême droite lors des dernières élections européennes, mais également des élections régionales allemandes qui ont vu une percée du parti eurosceptique AfD… et enfin au référendum en Ecosse le même jour, dont l'indépendance (si le oui l'avait emporté) risquait d'inciter d'autres régions européennes à suivre l'exemple.

Pendant la séance de questions, un journaliste est revenu sur les propos du président rapprochant populistes et séparatistes européens: "quel rapport faites-vous entre les indépendantistes écossais et le parti Aube dorée ?", lui a-t-il demandé. "Une partie du peuple ne se reconnaît plus" dans le projet européen, lui a répondu François Hollande. "Pourquoi l'Europe n'a pas été capable de créer un projet à ce point fédérateur pour que des aspirations légitimes à l'autonomie, à l'identité, puissent se retrouver dans l'ensemble européen ? Au point que maintenant certains peuvent se dire (…) qu'on peut s'affranchir de l'unité nationale. Ce sont des questions que l'Europe doit se poser parce que nous n'avons pas fait l'Europe pour en arriver là ! Nous n'avons pas fait l'Europe pour qu'il y ait une déconstruction des nations"

Politique économique : une "réorientation"

"Le danger n'est plus comme en 2012 (…) de voir la zone euro se disloquer. Grâce aux décisions du Conseil européen, de la Banque centrale européenne, cette crise a été maitrisée. La monnaie unique a été préservée, les taux d'intérêts sont revenus à un niveau historiquement bas. Le danger, c'est l'enlisement des économies européennes dans la stagnation, c'est-à-dire un scénario de fin de croissance, l'austérité budgétaire se conjuguant avec un niveau élevé de l'euro et la faible inflation s'ajoutant à la faible croissance", a déclaré le chef de l'État.

"Je place depuis deux ans l'enjeu de la réorientation de l'Europe pour que le retour nécessaire aux équilibres budgétaires s'adosse à une politique de croissance et d'emploi. Nous commençons à être entendus (...). La BCE a déjà pris des initiatives : baisse des taux d'intérêts, niveau de l'euro qui est revenu à une parité plus convenable, qui a permis de gagner de la compétitivité pour l'Europe, et puis un financement supplémentaire donné à l'économie. Le nouveau président de la Commission européenne a présenté un plan d'investissement de 300 milliards d'euros (…) ça peut être un facteur positif pour la demande".

"L’Europe a besoin de la France parce que nous sommes la deuxième économie de l’Europe (…). La France, elle compte".

Déficit public : 50 milliards d'économies, "pas davantage"

"Le sommet de la zone euro, qui se tiendra le 24 octobre prochain, permettra à la France de faire valoir une nouvelle fois sa position, et nous ne serons pas seuls à l'exprimer : l'Europe ne peut vivre durablement une croissance ralentie quand il y a tant de chômage et tant de jeunes désemparés (...). Il ne s'agit pas de revenir sur les règles qui ont été fixées, que nous avons acceptées, pour réduire les déficits, mais d'utiliser toutes les flexibilités prévues par les traités pour faire revenir la croissance et l'emploi (...). La France ne demande pas un traitement à part, en disant 'parce que nous sommes un grand pays nous devons nous exonérer de notre discipline'. Elle parle dans l'intérêt de l'Europe. La France va faire 50 milliards d’économie et ce n’est pas si facile. Mais elle ne fera pas davantage car ce serait mettre en cause la croissance. Elle ne va pas lever d'impôt supplémentaire pour ne pas casser la reprise et désespérer les contribuables qui n'en peuvent plus".

"Nos amis allemands ont parfaitement raison de nous rappeler qu'il faut faire des réformes. Et nous en avons faites". Les réformes du chancelier Schröder sont "une bonne référence, mais pas forcément traduisible dans toutes ses dimensions, ce n'est pas le même système social. Mais qu'on ne nous demande pas de faire en cinq ans ce que nos amis Allemands ont réalisé en plus de dix ans, dans un environnement économique bien plus favorable et sans aucune contrainte de déficit public".

"Donc nous devons faire des réformes, être plus compétitifs, savoir engager un véritable dialogue social, changer un certain nombre de règles tout en prenant en compte le dialogue social, mais en même temps d'adapter notre trajectoire de déficits".

"Je ne pense pas qu’une économie comme la France, mais c’est vrai pour d’autres, puisse faire à la fois le rétablissement de sa compétitivité et le rétablissement de ses comptes publics. Nous allons faire cette politique d'économies mais nous ne ferons pas davantage [que les 50 milliards d'euros prévus]. Voilà quel va être l'argument : d'abord la compétitivité. Et l'Allemagne, c'est ce à quoi elle est le plus sensible. Parce qu'il ne peut pas y avoir deux économies aussi proches qui puissent avoir des résultats aussi différents en termes de commerce extérieur. L'Allemagne fait 150 milliards d'excédents de son commerce extérieur en euros, la France fait un peu moins de 60 milliards de déficit. Et ça, c'est impossible !

Le président a annoncé qu'il allait engager une négociation particulièrement avec l'Allemagne pour reporter à 2017 (et non plus 2015) le respect des 3% du PIB pour le déficit français.

L'Europe à plusieurs vitesses : le "moteur" franco-allemand

"La France est prête à de nouvelles initiatives (...) pour aller plus loin avec l’Allemagne dans des politiques intégrées, comme la transition énergétique, le numérique et les infrastructures. Nous sommes prêts à dire que nous sommes favorables à une Europe à plusieurs vitesses où le couple franco-allemand doit être le moteur de cette intégration, et notamment sur cette questions de la transition énergétique".

Changement climatique : la transition énergétique "grande cause internationale"

La conférence de 2015 à Paris sur le changement climatique (Cop 21) "sera l'occasion pour l'Europe d'obtenir ce que d'autres n'ont pas réussi à obtenir : un accord".

"La loi sur la transition énergétique va être la grande cause nationale et internationale".