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Conférence climat de Lima : Paris déjà en ligne de mire ?

Actualité 04.12.2014

Du 1er au 12 décembre 2014, les 195 pays ayant ratifié la Convention-cadre des Nations unies pour le changement climatique (CCNUCC) se réunissent à Lima, au Pérou, pour la vingtième Conférence des parties (COP 20). Dans un contexte de forte mobilisation internationale, la COP 20 devra finir de baliser le terrain afin de rendre possible l’établissement d’un accord international juridiquement contraignant à Paris, lors de la COP 21… dans un an.

Eda Rivas et Manuel P. Vidal, ministres péruviens des Relations internationales et de l'Environnement

Lima, hôte de la COP20

Considéré comme étant un des pays les plus vulnérables au changement climatique, le choix du Pérou comme pays hôte n’est pas fortuit. D'après l'Autorité nationale de l'eau (ANA), en 40 ans, la surface des glaciers tropicaux du pays a reculé de 40 %. La fonte de la calotte glaciaire de ces glaciers, notamment celle du Quelccaya dans les Andes péruviennes orientales menace le Pérou d'une pénurie d'eau d'ici 2050, alors que 90 % de sa population vit dans des zones arides ou semi-arides. De l'autre côté des Andes, la forêt amazonienne péruvienne et sa biodiversité pourrait à terme elle aussi être affectée par ces changements.

D'après le ministre péruvien de l'Environnement et président de la COP 20, Manuel P. Vidal, "la COP 20 sera la plus grande conférence de l'histoire du Pérou". Cette dernière rassemble en effet 15 000 personnes venues du monde entier et les 195 Parties. Une grand-messe représentant un investissement managérial, économique et politique important pour Lima.

Consulter notre frise historique retraçant les principales avancées des négociations internationales sur le climat

Le Pérou reconnaît cependant les opportunités que représente la conférence. Elle est l'occasion de montrer au monde la volonté et la capacité du Pérou et de l'Amérique latine pour contribuer à trouver une solution globale an changement climatique, et de s'engager dans la poursuite d'une croissance à faible émissions de carbone. Les mots d'ordre sont ceux de la transparence et de l'inclusion afin d'atteindre le consensus le plus large possible devant mener à l'adoption de l'accord sur le changement climatique de 2015.

Dans le cadre de sa présidence de la COP 20, le Pérou a défini trois fronts d'action. Le premier est celui de l'organisation logistique de la conférence, le second est le rassemblement de la société civile autour de la COP, et le troisième se focalise sur les négociations en elles-mêmes, en se rapprochant de la France, pays organisateur de la COP 21. Bien qu'aucun accord international ne soit prévu pour la COP 20, tous les yeux sont tournés vers Lima, afin de connaître les ambitions des différentes Parties.

La conférence de Lima peut-elle faire mieux que les précédentes ?

Le souvenir de l'échec de la conférence de Copenhague de renégocier un accord devant remplacer celui de Kyoto demeure toutefois dans tous les esprits. C'est dans ce cadre que la plate-forme de Durban, cycle de négociations élaboré lors de la COP 17 a été mis en place afin de préparer l'après-Kyoto sous un nouvel angle stratégique. Lima est une étape à part entière de ce processus de négociations, et est la dernière étape avant la date butoir de 2015, où un accord global doit être trouvé pour l'après 2020.

Afin de se prémunir contre une nouvelle désillusion, il a été demandé aux différents pays de préparer et d’annoncer sa propre contribution au futur accord. Ces derniers devront la transmettre aussi tôt que possible avant la Conférence de Paris. De fait, au cours des dernières années, seules de maigres mesures comme la constitution d’un fonds vert de 100 millions de dollars, destiné à soutenir les pays en développement dans leurs efforts contre le changement climatique, ont vu le jour.

Le but affiché des conférences de Lima et de Paris est d’éviter un nouveau blocage entre des pays divisés. L’ampleur de l’aide aux pays en développement ou encore la représentation des intérêts privés risquent toutefois de constituer, de nouveau, des pierres d’achoppement.

Quel rôle pour l'Europe ?

Responsable de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l'Union européenne cherche à donner l'exemple. Le 24 octobre dernier, les 28 ont en effet adopté le Paquet Énergie-Climat 2030 visant à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % sur la base de 1990, mais aussi porter la part des énergies renouvelables à 27 % et améliorer l'efficacité énergétique de 27 %. Des objectifs en accord avec la feuille de route de l'UE vers une économie compétitive à faible intensité de carbone à l'horizon 2050.

Un tel accord a logiquement été bien reçu, même si le Parlement européen a regretté que ce dernier ne soit pas tout à fait à la hauteur de ses attentes. Les eurodéputés réclamaient en effet des objectifs à la fois contraignants et plus ambitieux concernant le développement des énergies vertes et l’efficacité énergétique. Une position partagée par les responsables politiques et associations écologistes.

Tout l’enjeu, pour l’Union européenne, sera désormais d'être capable de ne parler que d'une seule voix lors de la COP 20. Bien que chacun en Europe s'accorde sur le fait d'agir pour l'environnement, les dissensions apparaissent lorsque l'on pose la question du comment. Cela tient en grande partie aux différences dans l'origine de l'énergie des pays membres.

Alors que les pays de l'Est reposent sur les énergies fossiles comme le charbon, les pays les plus riches sont d'ores et déjà engagés dans la transition énergétique – en s'appuyant parfois sur le nucléaire. A l'échelle régionale sont donc observables les tensions qui existent à l'échelle globale. Le comportement exemplaire de l'UE et sa capacité à surmonter ses dissensions internes seront donc indispensables afin de montrer au monde qu'un compromis est possible, et d'envoyer un message d'espoir pour un accord global juridiquement contraignant en 2015.


* Article écrit dans le cadre d'un projet collectif avec Sciences Po Paris, dont les participants sont Hugo Lequertier, Abderrazak Ouassat, Lucile Rogissart et Claire Sandevoir