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Conférence Climat de Lima : le système onusien à bout de souffle, l’Europe impuissante

Actualité 16.12.2014

L’Union européenne, avec le Paquet énergie-climat, avait plutôt bien montré la voie. Les Etats-Unis et la Chine, ensuite, à leur niveau, avaient également fait un geste. Pour une fois, les attentes avant la grand-messe annuelle des négociations sur le climat étaient justifiées. Mais, comme d’habitude, ce fut globalement un échec. Tout juste les Etats ont-ils joué les prolongations pour sauver la face. Et ne pas encore tout à fait enterrer la possibilité d’un accord global et contraignant à Paris, dans un an.

Evo Morales à la COP 20 de Lima

Méfiance croissante des pays émergents

196 délégations. Des milliers de fonctionnaires, de représentants de la société civile, d’écologistes. Une fois par an depuis maintenant 20 ans, la communauté internationale se réunit en un même lieu pour chercher une solution au dérèglement climatique. Or plus le temps passe et plus l’impression d’impuissance se dégage de ces réunions monstres où les clivages se creusent un peu plus à chaque fois.

Trois décennies de lutte contre le changement climatique : consulter notre frise historique des négociations internationales sur le climat

Schématiquement, le Nord s’oppose au Sud. Les pays les moins avancés ne veulent pas voir leur développement économique freiné, voire anéanti, à cause d’engagements écologiques contraignants, comme celui de la réduction de leur consommation d’énergies fossiles. Un effort qu’ils sont d’autant moins prêts à consentir que les pays industrialisés ont assuré leur position sur ce type de ressource polluante. "Le fardeau de la lutte contre le changement climatique repose de plus en plus sur les pays émergents", confirme Sunita Narain, directeur du Centre indien pour la science et l’environnement. "Cela rend leurs efforts pour réduire la pauvreté et permettre leur développement durable plus difficiles et onéreux".

De fait, s’il est possible de tirer un enseignement du sommet de Lima c’est bien que les discussions climatiques sont indissociables de celles sur le développement. Et que l’actuel système onusien ne permet pas de lever la méfiance réciproque entre les parties. Si Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et en première ligne pour l’organisation de la Conférence de Paris, entend maintenir le processus de négociation tel qu’il est, il n’en demeure pas moins que les blocages ont la peau dure.

Une situation évidemment regrettable et inquiétante compte tenu de l’urgence des enjeux. "Au rythme actuel, rien ne sera fait entre aujourd’hui et 2020", s’alarme Jean Jouzel, l’un des principaux scientifiques du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat. "On doit davantage parler des catastrophes évitées, des conflits qui n’auront pas lieu, de la qualité de notre bien-être. Ils ne parlent que des énergies renouvelables alors qu’ils n’y versent que 40 milliards de dollars par an de subventions", poursuit-il pour Libération, entre lassitude et pessimisme. Car, comme le rappelle l’eurodéputé vert Yannick Jadot, le discours politique pro-environnement est devenu un sport international, mais rarement suivi d’actions tangibles.

L’Europe presque seule au monde

Quand les Etats ne font pas preuve d’un complet manque d’implication. En effet, l’Union européenne apparaît assez isolée dans sa volonté de mettre sur pied un accord mondial et contraignant, qui prendrait effet en 2020. "L’UE a en tête que seuls des objectifs chiffrés et obligatoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont à même de donner un signal de long-terme, la confiance nécessaire pour les investisseurs et de permettre une transition à faible empreinte carbone dans le monde entier", a ainsi exposé Elina Bardram, négociatrice en chef de la Commission européenne pour la Conférence de Lima. "Nous ne voulons pas nous retrouver à Paris et réaliser que les objectifs et les contributions sont insuffisantes par rapport à ce dont nous avons besoin", a-t-elle confié au Guardian.

Le problème est que les Etats-Unis, en dépit d’une implication certaine de la part du président Obama qui souhaite que la lutte contre le changement climatique fasse partie de son héritage historique, ne sont pas favorables à des objectifs communs contraignants. Washington préfère en effet que les Etats aient la possibilité de choisir l’ampleur des objectifs et leur rythme pour les atteindre. Une position a minima en accord avec l’accord bilatéral passé avec la Chine en novembre. Les Etats-Unis réduiront de 26 % au moins leurs émissions d’ici à 2025 par rapport aux niveaux de 2005. Et la Chine commencera à baisser les siens en 2030. Rien de révolutionnaire donc. Mais quand même mieux que les stratégies quasi inexistantes du Canada ou de l’Australie, définitivement les "mauvais élèves" occidentaux des négociations sur le climat. Tony Abbott, Premier ministre australien, a en effet été jusqu’à supprimer le portefeuille du changement climatique du gouvernement.

D’ici la d’ores et déjà très attendue Conférence Climat de Paris, prévue en décembre 2015, la route parait donc encore démesurément longue. A Lima, les Etats se sont simplement entendus sur le fait de rendre une contribution individuelle, si possible pour mars prochain, indiquant les objectifs nationaux à réaliser. Aucune obligation ne les contraindra dans la formulation de ces objectifs, ni même pour simplement rendre cette déclaration en temps et en heure. Ce qui a amené le New York Times à conclure que les Nations unies en sont réduites à devoir se contenter de la pression populaire pour inciter les différentes parties à agir. En effet, ces contributions doivent être publiées sur un même site afin que les citoyens puissent juger des engagements de leur gouvernement. Toutefois, à la demande des Occidentaux, aucune harmonisation des calculs n’est prévue. La comparaison ne sera pas aisée.

Et cette solution ne résout en rien la question pourtant centrale du financement du Fonds vert pour le climat. Cette manne promise de 100 milliards de dollars par an destinée à compenser les efforts environnementaux des pays en développement. Pour le moment, ce fonds n’a été abondé qu’à hauteur de 10 milliards de dollars. Décidément, le compte n’y est pas encore.