Derniers articles publiés

Comprendre la force du mouvement indépendantiste chez les jeunes Ecossais

Actualité 07.05.2015

C'est un vrai suspens Outre-Manche. Les électeurs britanniques élisent aujourd'hui les 650 membres de la Chambre des Communes. Une élection que tous prédisent comme historique en Ecosse. Sur les 59 sièges disponibles pour cette partie du Royaume-Uni, le parti indépendantiste SNP en remporterait une bonne cinquantaine, peut-être même l’intégralité selon certains sondages. Rencontre avec un jeune militant SNP.

Mercredi 6 mai, un rassemblement du parti SNP était organisé en plein cœur d’Edimbourg. Mais à la place d’un traditionnel stand et d’une poignée de militants prêts à assainir leurs éléments de langage bien rodés pour tenter de séduire les indécis, que voit-on ? Rien de moins que le Premier ministre d’Ecosse, Nicola Sturgeon debout sur une scène improvisée à multiplier les selfies avec une foule qui s’élargie au fur et à mesure que les minutes passent et que la pluie persistante ne semble pas déranger le moins du monde. Ultime action de campagne ou test de popularité ? On ne sait plus. On ne peut que constater l’engouement que suscite cette personnalité déjà bien connue dans la classe politique mais indéniablement novatrice.

Sur place, nous tentons une approche auprès de jeunes militants. Pourquoi ce parti suscite-t-il un tel soutien chez les jeunes ? Une population que l’on dit de plus en plus détournée de la politique et qui a pourtant voté massivement en faveur de l’indépendance de l'Ecosse en septembre dernier. Un scrutin exceptionnellement ouvert aux jeunes dès l'âge de 16 ans. Démarrer sa vie de citoyen en abordant un sujet aussi clivant entraîne forcément des conséquences. Nous rencontrons Adam, jeune étudiant de 20 ans qui accepte de se prêter au jeu.


Nicola Sturgeon sur le terrain

Qu’est-ce qui peut bien amener un jeune homme de 20 ans à se déplacer un mercredi matin faire campagne, sous la pluie ? Bien qu’il soit habituellement difficile d’objectiver sa propre trajectoire et d’y donner une origine précise, la réponse d’Adam est évidente. "C’est la campagne pour le référendum qui m’a décidé à m’engager". Preuve une fois de plus que cette consultation citoyenne a été et sera un élément structurant de la vie politique écossaise et ce pour plus d’une génération.

"Avant, je ne m’intéressais pas vraiment à la politique, mais ce référendum a été l’occasion pour moi de se poser des questions sur la manière dont mon pays est gouverné et comment, nous citoyens, nous pouvons prendre part aux décisions importantes", explique-t-il.

Mais quelle place la question de l’indépendance occupe-t-elle vraiment dans son engagement militant au sein du SNP ? "Obtenir l’indépendance un jour n’est pas essentiel pour moi. A vrai dire je ne le souhaite pas vraiment. Ce qui m’intéresse c’est de savoir comment les Ecossais peuvent faire valoir leurs différences sur des sujets majeurs". Une réponse qui a de quoi surprendre. Le SNP ayant bâti son ascension en exacerbant cet enjeu. Il justifie ses propos : "L’indépendance aurait était un moyen mais il y en a d’autres. Avoir une véritable influence à Westminster est également un très bon moyen d’assurer plus de pouvoirs au Parlement écossais. Il s’agit moins d’un message patriotique que de valeurs progressistes que nous défendons au SNP".

Adam nous confie aussi que sa mère est catalane. Il a donc grandit avec cette revendication indépendantiste. Loin de renforcer ses propres convictions sur le sujet, ses racines lui permettent une lecture peut-être plus objective comme il l’avoue lui-même : "La situation entre la Catalogne et l’Ecosse n’est pas comparable, je vois bien ici par exemple que le chômage n’est pas si élevé. A l'inverse, les Catalans ressentent un besoin urgent de changement".

Concernant ces élections, comment expliquez-vous que ce soit le SNP et non les partis traditionnels dont le Labour qui capte l’électorat jeune ? "Les Ecossais votent Labour depuis des années. C’est l’Ecosse de la classe ouvrière, de la période industrielle. Du Labour qui a mis en place le système de santé, des prestations sociales pour les plus pauvres. Les gens ne se posaient même plus la question de voter pour eux. Mais les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas connu cette période. Ils voient le Labour comme il est aujourd’hui. Celui qui soutient les coupes budgétaires, qui maintient le renouvellement du programme nucléaire Trident. Et puis, les Ecossais se rappellent aussi de sa campagne négative sur le référendum. Jouant la carte de la menace, et le faisant main dans la main avec les Conservateurs".

Cette question des relations entre le SNP et le Labour éveille les instincts du jeune militant. Difficile de distinguer ses propres jugements de jeune citoyen des éléments de langage du militant politisé.

Cependant on ne peut nier la sincérité dont il fait preuve et la force de conviction qu’il investit naturellement dans son discours. Il est vrai que les vents sont favorables au SNP. Le parti semble détenir ce fameux ingrédient qui fait les campagnes électorales. Celui que personne ne peut décrire vraiment mais que tout le monde ressent. Ce que l’on appellerait la dynamique. Mais Adam tient à confirmer son propos par un ultime argument. Il invoque le sérieux de son parti, au pouvoir depuis 2007 en Ecosse.

"Les Ecossais nous font aussi confiance car ils savent que nos promesses sont justes et réalistes. Nous avons un bilan, nous exerçons déjà des responsabilités. Les Ecossais veulent voir leur voix entendue à Londres. En 2010, les Ecossais ont donné 41 sièges au Labour, 41 sur les 59, et qu’avons-nous eu ? Un gouvernement Conservateurs" dit-il sur un ton à la fois agacé et découragé. "Cette fois, les gens veulent vraiment que çacela change. Et avec le SNP c’est possible.» conclut-il avant de retrouver ses camarades, déjà partis sur un autre lieu de campagne.

Quel sera le score jeudi soir ? Des surprises sont possibles. Rappelons que la veille du référendum les sondages donnaient le "oui" et le "non" au coude-à-coude, le lendemain l’écart était de 10 points. Mais la progression du SNP sera historique. La question est moins de savoir combien de sièges le SNP va remporter mais si le Labour party sera capable d’en gagner au moins un.  La future influence des indépendantistes écossais sera quoi qu’il arrive importante, sûrement décisive.

Mais l’histoire ne s’arrêtera pas le vendredi 8 mai. L’année prochaine ce seront les élections du Parlement écossais. Un pouvoir local déjà aux mains du SNP. Ce que les indépendantistes feront de cette influence à Londres, en particulier sur les questions de nouvelles dévolutions de compétences sera le véritable test pour Nicola Sturgeon.

Mais pour l’instant, c’est un véritable engouement populaire que ce parti suscite. Le hasard du calendrier est parfois cruel. Deux jours auparavant, exactement sur la même place d’Edimbourg, c’était le Labour party qui faisait campagne. Le temps était radieux comparé à la pluie d’hier. Pourtant très peu nombreux ont été les passants qui ont dénié s’arrêter pour écouter les propositions du premier parti d’opposition. La politique, une vraie question de dynamique !

Entre militants du Labour et ceux du SNP, la comparaison n’est pas flatteuse pour les premiers.

 

* Article écrit dans le cadre d'un partenariat avec notre correspondant en Ecosse Maxime David