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Collège von der Leyen : retour sur une mise en place agitée

Synthèse 07.01.2020 Léo Lictevout

Proposée par les Etats membres réunis en Conseil européen début juillet 2019, l'Allemande Ursula von der Leyen a été confirmée par le Parlement européen deux semaines plus tard pour prendre la tête de l'exécutif européen et succéder à Jean-Claude Juncker. Toutefois, le processus d'investiture ne s'est pas déroulé exactement comme prévu, et a retardé d'un mois l'entrée en fonctions de la Commission.

Ursula von der Leyen a présidé la première réunion hebdomadaire de la Commission européenne le 4 décembre 2019, cinq mois après sa désignation par les Vingt-Huit - Crédits : Etienne Ansotte / Commission européenne

Ursula von der Leyen a présidé la première réunion hebdomadaire de la Commission européenne le 4 décembre 2019, cinq mois après sa désignation par les Vingt-Huit - Crédits : Etienne Ansotte / Commission européenne

C'est la première fois, depuis la présidence de Jacques Delors, qu'une personnalité n'ayant pas exercé de mandat de chef d'Etat ou de gouvernement arrive à ce poste. Mais plus inédit encore, l'ancienne ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen est devenue la première femme élue à la présidence du collège des commissaires. Elle a d'ailleurs annoncé, dès son premier discours face au Parlement européen, sa volonté de composer un collège paritaire, et a demandé à chaque Etat membre de proposer un couple mixte de candidats.

Une Commission à 27 ?

Dès la fin de l'été, 26 candidats ont donc été désignés par leurs Etats d'origine - à l'exception notable du Haut représentant de l'Union pour les Affaires étrangères et la politique de Sécurité, l'Espagnol Josep Borrell, dont la candidature avait été présentée en même temps que celle de la présidente de la Commission, en juillet. Certains piliers avaient de grandes chances de figurer dans la nouvelle équipe : c'est le cas du Néerlandais Frans Timmermans, vice-président de la commission Juncker et chef de file des sociaux-démocrates européens lors des élections européennes de mai. Egalement de la Danoise Margrethe Vestager, candidate des libéraux, et commissaire sortante à la Concurrence. Ces deux commissaires ont ainsi été nommés vice-présidents exécutifs du collège, une concession faite à leurs groupes respectifs du Parlement, qui briguaient également la présidence de la Commission. Ils partagent désormais ce titre avec le Letton Valdis Dombrovskis.

Début octobre puis mi-novembre, les 26 personnalités désignées ont défilé devant les députés européens, pour des oraux visant à évaluer leurs compétences.

En théorie, une personnalité issue du Royaume-Uni aurait dû s'ajouter à cette liste. Car avec le report du Brexit au 31 janvier 2020, le pays aurait normalement été tenu d'envoyer un commissaire à Bruxelles tant qu'il restait membre de l'UE. Cependant, le 13 novembre, Londres a signifié à la Commission européenne qu'elle n'en enverrait pas. Ce qui a conduit au lancement d'une procédure d'infraction contre le pays de la part de l'UE : une décision essentiellement symbolique, visant à permettre l'entrée en fonction de la Commission sans commissaire britannique.

Trois candidats rejetés

Mais la question britannique n'a pas été la seule embûche semée sur le chemin d'Ursula von der Leyen. Le collège de commissaires, qui devait initialement entrer en fonction le 1er novembre, s'est heurté au rejet de trois de ses membres désignés au cours des auditions face au Parlement européen. Le candidat hongrois László Trócsányi (Elargissement) et la candidate roumaine Rovana Plumb (Transports) initialement désignés ont été rejetés dès le 30 septembre par la commission juridique du Parlement européen, en raison de risques de conflits d'intérêts.

Les auditions des commissaires européens par les eurodéputés (mode d'emploi)

C'est ensuite la candidature de la Française Sylvie Goulard (Marché intérieur) qui, le 10 octobre, a été rejetée à l'issue de deux auditions et d'une série de questions écrites. En cause, des soupçons d'intégrité et des réponses évasives sur ses attributions. Le collège étant alors incomplet, la future présidente Ursula von der Leyen a ainsi dû attendre que la Hongrie, la Roumanie et la France désignent trois nouveaux candidats.

Commission européenne : la candidature de la Française Sylvie Goulard est rejetée

Ancien ministre des Finances et chef du groupe Atos, le nom de Thierry Breton a été dévoilé par la France le 23 octobre. Sa candidature a été approuvée par le Parlement européen le soir même de son audition, le 14 novembre. C'est également le cas de la candidate roumaine, la députée européenne Adina-Ioana Valean.

Thierry Breton face aux députés européens : le replay vidéo

Ambassadeur de la Hongrie auprès de l'UE, le Hongrois Olivér Várhelyi a quant à lui dû répondre à des questions supplémentaires par écrit, avant d'être accepté le 18 novembre.

Des ajustements de dernière minute

Après la polémique suscitée par le poste de commissaire à la "protection de notre mode de vie européen" et à la suite de la demande de groupes parlementaires, Ursula von der Leyen a accepté de modifier l'intitulé de trois portefeuilles début novembre : le titre "protection de notre mode de vie européen" est ainsi devenu "Promouvoir le mode de vie européen" (Margaritis Schinas), les droits sociaux se sont ajoutés à l'Emploi (Nicolas Schmit) et la pêche à l'Environnement et aux océans (Virginijus Sinkevičius).

Par ailleurs, la présidente a confié au commissaire à l'Economie, Paolo Gentiloni, la responsabilité de coordonner la mise en œuvre des objectifs de développement durable dans le cadre du Semestre européen, lequel vise à examiner les budgets nationaux des Etats membres.

Commission européenne : des concessions pour les auditions ?

Le collège a finalement reçu un vote d'approbation à la majorité simple du Parlement européen le 27 novembre. La nouvelle Commission est entrée en fonction le 1er décembre 2019, pour un mandat de cinq ans.