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Climat : les émissions de CO2 en Europe

Carte et comparatif 09.07.2020 Agnès Faure

Les émissions de CO2 issues de la consommation d'énergie, qui représentent l'essentiel des rejets dans l'atmosphère, ont fortement diminué au sein de l'Union européenne en 2019. Une baisse constatée dans plus des trois quarts des Etats membres, et qui résulte notamment des objectifs fixés au niveau de l'UE.

Entre 2018 et 2019, les émissions de CO2 issues de la consommation d'énergie ont diminué de 4,3 % au sein de l'Union européenne. Celles-ci représentent 80 % de l'ensemble des émissions totales de gaz à effet de serre de l'UE. L'Union comptait quant à elle en 2015 pour 10 % des émissions mondiales de CO2.

La baisse est "significative" pour Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne. A titre de comparaison, entre 2017 et 2018 ces émissions avaient connu une baisse globale de 2,5 % dans l'UE.

En 2019, les émissions de CO2 issues de la consommation d'énergie ont encore augmenté dans quatre Etats membres, notamment au Luxembourg, qui enregistre une hausse de 7,5 %, accentuant une tendance présente depuis 2016. Mais elles sont en recul dans tous les autres pays, à l'exception de Chypre, où elles sont restées au même niveau.

L'Estonie est de loin le meilleur élève de l'Union avec une réduction de ses émissions de CO2 de plus de 20 %. Le pays confirme ainsi ses bons résultats des années précédentes : en effet, malgré une hausse observée en 2017-2018 ainsi qu'en 2013, la tendance reste celle de la diminution de ses émissions de CO2 depuis plusieurs années.

Le Danemark, la Grèce, la Slovaquie et le Portugal suivent avec des économies d'énergie de l'ordre de 9 %. La France a quant à elle réduit ses émissions de CO2 (-2,0 % entre 2018 et 2019) mais reste en dessous de la moyenne européenne (-4,3 %). Néanmoins, le pays s'inscrit lui aussi dans une tendance générale de réduction de ses émissions.

L'objectif global, pour l'Union européenne (à l'exception de la Pologne), est de parvenir à la neutralité carbone d'ici à 2050, soit la compensation de 100 % des émissions de CO2 (autant d'émissions captées ou "absorbées" qu'émises). Et la présidente de la Commission européenne souhaite relever les objectifs pour 2030, avec non plus 40 % mais 55 % de réduction des émissions d'ici là par rapport aux niveaux de 1990. Afin d'être mis en œuvre, ce projet doit toutefois être validé par le Parlement européen, qui s'était auparavant prononcé en faveur d'un tel objectif, et le Conseil de l'Union européenne où en revanche certains Etats membres s'y opposent.

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Parmi les Vingt-sept, c'est l'Allemagne qui émet le plus de CO2. Elle représente ainsi à elle seule un quart des émissions, soit plus que les 17 Etats les plus économes, qui n'en émettent en tout que 14,4 %. Avec 11,2 % des émissions de CO2 de l'UE qui lui sont attribuées, la France se place quant à elle en troisième position des pays les plus émetteurs, comme la Pologne, toutefois moins peuplée.

Des chiffres à nuancer

Le manque d'homogénéité des Etats de l'Union était néanmoins à prévoir. Pour atteindre les objectifs de réduction au niveau européen, des sous-objectifs nationaux ont été fixés à chaque Etat membre. Et la répartition de ces efforts fait l'objet de discussions continuelles entre les pays les plus industrialisés et les économies les moins riches, pour qui les objectifs fixés sont moindres (une réduction de 19 % à Malte contre 40 % pour la Suède).

En outre, la baisse de la consommation d'énergies fossiles observée dans certains pays peut s'expliquer par l'augmentation du prix d'échange des quotas d'émission de CO2. Selon Eurostat, ce système rend "économiquement moins rentable l'utilisation de combustibles fossiles solides". Dès lors, "pour compenser l'utilisation réduite des combustibles solides, les pays utilisent plus de gaz naturel et plus d'énergies renouvelables pour la production d'électricité et/ou importent l'électricité manquante depuis d'autres pays".

La question de la délocalisation de la pollution doit également être prise en compte. "En effet, si du charbon est importé pour être utilisé dans la production d’électricité, cela entraîne une augmentation des émissions dans le pays importateur, alors que si c’est de l’électricité qui est importée, cela n’a pas d’effet sur les émissions du pays importateur, car ces émissions seraient déclarées par le pays exportateur, où l’électricité a été produite", explique Eurostat.

Le CO2 ne représente également qu'une partie des gaz à effets de serre émis par les Etats membres. Au dioxyde de carbone (CO2) s'ajoutent le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) et les gaz fluorés. Entre 1990 et 2016, les émissions totales de gaz à effets de serre ont toutefois diminué de 22 % dans l'UE. Plus récemment, l'Agence européenne de l'environnement a également publié des données retraçant l'évolution des émissions de gaz à effet de serre depuis 1990. Elle confirme ainsi que la tendance européenne est à la baisse, laissant penser que l'objectif fixé pour 2020 sera normalement rempli.

Plus précisément, la période 1990-2019 peut être divisée en plusieurs parties distinctes : jusqu'en 1999, l'UE a connu une période de baisse continue, avec seulement un pic en 1996 dû à un hiver particulièrement froid ; jusqu'en 2008, toutefois, les émissions de gaz à effets de serre ont stagné. Elles ont abruptement diminué en 2009 avec la crise économique, qui a notamment affecté la production industrielle. Malgré une reprise en 2010 et deux légères augmentations en 2015 et 2017, les émissions sont reparties à la baisse de 2011 à 2019.