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Claire Dutertre : "Les inégalités de salaires sont le reflet vivant et vivace de notre manque d’évolution sur la place des femmes dans le travail"

Actualité 07.03.2008

Claire Dutertre dirige l'association Femmes d'Entreprises d'Europe et d'Avenir. Lors des 4e Rencontres européennes Femmes & Entreprises, qui se dérouleront les 9 et 10 mai 2008, 3 000 Européennes sont attendues. La présidente de l'association présente cet événement et analyse la situation des femmes en Europe.

 


Vous être la directrice de l'association "Femmes d'Entreprises d'Europe et d'Avenir". Quel est le rôle de votre association ?


Notre association a pour missions de sensibiliser, d’informer, d’agir et de faire des propositions sur la question des femmes et du travail au niveau national et européen.

Concrètement nous travaillons sur :

  • L’orientation et la formation initiale ;

  • La formation continue ;

  • Les promotions de carrière ;

  • La diversité des métiers (Les femmes occupent statistiquement 6 grandes familles de métiers sur 227 recensées par l’INSEE) ;

  • La conciliation vie professionnelle-vie privée ;

  • L’égalité salariale ;

  • Les gardes d’enfants ;

  • La création d’entreprises.


Ces actions s’appuient sur une politique forte. Nous préférons au terme d’égalité professionnelle, celui de "libertés de carrières". Cette stratégie est fondée sur 3 piliers : ne pas créer de distinguo entre les entrepreneures et les femmes salariées, associer les hommes à la réflexion et aux actions, enfin ces principes et les partager avec nos voisins européens.

Nous promouvons l’idée de distinguer absolument les questions de genre avec les questions de diversité. La question des femmes ne doit plus intégrer les grandes politiques de diversité. Les femmes relèvent du genre et dans le genre,  c'est-à-dire chez les hommes et chez les femmes, il y les questions de minorités. Il ne s’agit surtout pas de hiérarchiser mais de clarifier.

Nous militons pour rendre automatique en France et en Europe, un mode de garde pour tout enfant à naître. Ce sont des choix sociétaux majeurs.


Les 9 et 10 mai 2008, vous organisez les 4e Rencontres européennes Femmes & Entreprises. 3 000 Européennes sont attendues. Pouvez-vous nous présenter cet événement ?

Les 4e Rencontres européennes Femmes & Entreprises ont pour ambition d’associer l’opinion publique à ces problématiques. Chacune et chacun doit s’approprier ces questions et devenir acteur des changements et des évolutions. Les questions des femmes et du travail sont discutées entre spécialistes et peu ou pas partagées avec l’ensemble de la société.

Personne ne se hasarde à organiser des Rencontres d’une telle envergure, mais nous pensons que le grand public doit être immergé sur ces sujets qui les concerne directement, lui et ses enfants.

Ces Rencontres aborderont les thèmes concrets sur lesquels notre association travaille. Elles seront l’occasion de réunir le grand public, les demandeurs d’emploi, les salariés, les dirigeants, les entrepreneures, les DRH, les instances publiques, les partenaires sociaux et les acteurs s’inscrivant sur ces problématiques.

Les engagements doivent être partagés, les différentes parties doivent apprendre à dialoguer librement. Enfin, comment vivre mieux l’Europe de proximité qu’en invitant plus de 500 européennes à venir nous rencontrer !

Les valeurs européennes se construisent sur une mixité hommes-femmes équilibrée. Fortes de nos valeurs et de nos idées novatrices, nous serons d’autant plus crédibles et utiles auprès des femmes du monde entier.


Depuis le 1er janvier 2008, les sociétés anonymes norvégiennes doivent compter au moins 40 % de femmes dans leur conseil d'administration. Qu'en pensez-vous ? La France devrait-elle s'inspirer de cette législation ?

Les inégalités de salaires sont le reflet vivant et vivace de notre manque d’évolution sur la place des femmes dans le travail. Contrairement au discours ambiant, la situation reste molle et nos représentations sur les femmes demeurent plutôt archaïques.

L’exemple de la Norvège est un véritable exemple. En revanche, je pense qu’il n’est pas transférable en l’état pour la France et l’ensemble des pays membres.
Des préalables s’imposent, à commencer par des politiques volontaristes, claires et visibles sur la problématique. D’une part les femmes doivent sortir du champ du traitement social. Les femmes et le travail, c’est l’économique et le culturel, non le social.

D’autre part, la victimisation des femmes freinent considérablement les avancées. D’où notre volonté de développer le concept des "Libertés de carrières" plus que l’égalité qui enferme les femmes sur une posture exclusivement inégalitaire.


Le programme Equal a pour objectif de lutter contre toutes les formes de discrimination et d'inégalité dans la sphère du travail et de l'emploi. Ce programme communautaire est-il efficace ?

Le programme Equal  pose problème. Il faut sortir de la confusion entre les inégalités et les discriminations. Il ne s’agit surtout pas de nier les inégalités et les discriminations. Mais l’approche est exclusivement portée sur ces deux axes, comme si les femmes étaient a priori en situation de victime et non d’acteur, d’adulte, de libre arbitre. En terme de vision, c’est beaucoup trop réducteur.

Ce programme semble efficace pour les femmes en difficulté. Mais quand est-il des autres ? Les femmes ont besoin d’êtres reconnues, perçues, identifiées comme des individualités à part entière, c'est-à-dire majeures et en possession de toutes leurs facultés. Ne parler des femmes que sous l’angle des inégalités contribue à déprécier son statut et fait perdurer les vieux schémas.



Propos recueillis le 07/03/08