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Christine Fages : "A Haïti, toute aide est la bienvenue "

Actualité 21.01.2010

Christine Fages est porte-parole adjointe du Quai d'Orsay. Alors qu'au Parlement européen certains critiquent la façon dont a été mobilisée l'aide de l'Union européenne aux victimes du séisme en Haïti, elle revient pour Touteleurope.fr sur les différents aspects de l'aide française, sa coordination avec l'aide européenne et les nouveaux défis à venir pour la reconstruction de l'île.

Touteleurope.fr : En quoi consiste le dispositif d'aide déployé par la France en Haïti ? Quel est son montant ?

 

Christine Fages : "Il y a plusieurs catégories d'aide, certaines catégories sont chiffrables, d'autres moins.


Il y a 920 personnels déployés en Haïti actuellement avec 210 tonnes de matériel. Un hôpital de campagne, qui implique 70 personnes et un poste médical avancé, également de 70 personnes, ont été installés sur l'île.


Une station de potabilisation de l'eau destinée à rendre l’eau à nouveau potable a été mise en place. L'accès à l'eau potable est un des plus grands soucis actuellement en Haïti, avec l’accès à la nourriture, mais encore plus que l’accès à la nourriture. L'accès à l'eau potable pour les populations fragiles, notamment pour les enfants, est un problème majeur. Cette station à la capacité d'alimenter 20 000 personnes par jour en eau potable. Nous avons aussi un hélicoptère et des avions de rotation de la sécurité civile.

 

A Paris, le centre de crise, qui a été renforcé dès le 12 janvier (jour où le séisme a détruit la moitié de Port-au-Prince), a reçu 11 800 appels. S'agissant des rotations pour évacuer des Français mais aussi  d'autres populations fragiles, on en est à 1888 personnes évacuées, dont 665 Français, et d’autres nationalités, dont 383 Haïtiens.

 

Nous avons en attente trois avions qui doivent partir d'ici ce soir, avec encore du matériel de sécurité civile et du fret humanitaire ; un transport de chalands de débarquement, qui n’a pas besoin d’un port pour s'approcher prés des côtes, puisque le port de Port-au-Prince a été détruit. Celui-ci fournira, le 24 janvier, des engins de travaux publics destinés au déblayement et des hélicoptères pour renforcer la mission de l’ONU de surveillance la ville. Enfin, 148 personnes attendent un déploiement.

 

Toutes ces choses sont évidemment difficiles à chiffrer : on ne peut pas chiffrer le coût du personnel de sécurité civile par exemple.

 

Sur le plan budgétaire, nous avons esquissé une aide de 12 millions d’euros décaissés : 2 millions d’euros comme aide alimentaire, à travers le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’ONG Action contre la faim, et 10 millions d’euros pour répondre à l’appel d’urgence lancé par les Nations Unies. Ces 10 millions d’euros sont comptabilisés dans l’aide européenne de 92 millions d’euros versée par les Etats membres".

 

 

 

Touteleurope.fr : Comment fonctionne concrètement la coordination avec l'Union européenne? 

 

C.F. : "La coordination européenne a très bien démarré. Il y a eu une réunion lundi dernier des ministres européens du Développement à laquelle s’est rendue le Secrétaire d’Etat à la Coopération M. Joyandet.

 

Certains mécanismes ont été décidés. Karl de Gucht, commissaire européen chargé de l'Aide au développement, s’est rendu en Haïti pour voir sur le terrain la coordination de l’aide et évaluer les besoins en termes de reconstruction.
Nous sommes déjà presque à la fin de la phase d'urgence.

 

La phase de reconstruction va commencer très vite et les Européens ont un rôle majeur à jouer dans cette phase puisque ce sont eux qui ont la plus grande variété d'instruments pour traiter ce genre de questions.

 

Les moyens de l’Union européenne et des Etats-Unis sont complémentaires, mais la force de la Commission européenne et du Conseil, lorsqu’ils sont réunis, est importante : ils arrivent à réunir des financements très intéressants et ils ont une expertise à faire valoir en termes de développement.

 

L'aide d’urgence de l'Union européenne est tout de même de 122 millions, ce qui est conséquent : 30 millions d’euros de la Commission (au titre d'ECHO) et 92 millions d’euros des Etats membres. Et le 18 janvier l’Union a annoncé la mobilisation d’instruments financiers spécifiques, c'est à dire orientés vers le problème haïtiens.


100 millions d’euros ont été annoncés par la Commission européenne (40 millions d’aide budgétaire, 40 millions pour la réhabilitation des infrastructures essentielles et 20 millions au titre de l’instrument de stabilité) pour la réhabilitation à moyen terme, et 200 millions d’euros pour la reconstruction à long terme.

 

Au total, l'aide européenne est de 330 millions d'euros."

 

 

Touteleurope.fr : Y’a-t-il un problème de visibilité de l'aide européenne?

 

C. F. : "Dans une catastrophe comme celle- là, qui détruit les structures d'un Etat, ce qui est important c’est d’agir vite. Les pays européens qui ont pu l'ont fait. Et cela assure aussi la visibilité de l’Union européenne. Ainsi, quand la France déploie un dispositif, elle assure également la visibilité de l’UE.

 

Il est important que les Américains soient présents car ils ont beaucoup de choses à apporter, et ils font les choses de façon efficace. Mais la catastrophe est telle qu'il y a la place pour tout le monde, pour que toutes les aides se concentrent sur les Haïtiens et pour aider cet Etat à se reconstruire et à fonctionner, de façon à ce que l’aide qui arrive soit efficace et atteigne la population.

 

Ainsi, une mission d'experts de la Commission va être envoyée en Haïti pour évaluer les besoins les plus pressants".

 

 

Touteleurope.fr : Comment l'aide française est-elle distribuée sur place ?

 

C.F. : "L’aide alimentaire passe par le Programme alimentaire mondial (PAM), qui est un organisme des Nations unies, et par Action contre la faim (ACF) qui est une ONG bien connue. Pour ce qui est du Fonds d'appel d'urgence des Nations Unies, ce sont ces dernières qui vont gérer le produit de cet appel et procéder à la distribution de l'aide.

 

Nos personnels de la sécurité civile étaient surtout sur place pour fouiller les décombres et essayer de trouver des survivants. Cela s’est fait sur le terrain, en fonction de besoins immédiats. Dans ce genre de catastrophes, c'est l'urgence qui décide".

 

 

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