Derniers articles publiés

Changement climatique : quel impact en Europe ?

Carte et comparatif 29.11.2018 Marie Guitton

Inondations, tempêtes, sécheresses… L'Europe n'est pas le continent le plus exposé aux catastrophes liées au réchauffement de la planète, mais elle n'en est pas exempte. Toute l'Europe vous propose une carte des évènements "exceptionnels" qui ont frappé l'UE ces dernières années. A plus long terme, ils pourraient devenir la "norme" si rien n'est fait pour lutter contre les causes du changement climatique.

 Tous les pays de l'UE ont connu des évènements climatiques extrêmes ces dernières années.
Cliquez sur notre carte pour les découvrir.

 

Le changement climatique, un fait avéré

La surface de la Terre n'absorbe qu'une partie des rayonnements solaires. Environ un tiers d'entre eux sont en effet directement réfléchis vers l'espace par l'atmosphère, qui joue alors un rôle de "parasol". Par ailleurs, lorsque les rayons du soleil lui parviennent, la surface de la Terre émet à son tour un rayonnement vers l'espace pour "se débarrasser" d'une partie de la chaleur qu'ils génèrent. L'atmosphère joue alors un rôle de redistribution, à la fois vers le haut et vers le bas. Une partie de la chaleur s'échappe, tandis que l'autre est retenue sur Terre grâce à "l'effet de serre", sans lequel la température moyenne serait d'environ -18 °C…

Le problème est que "depuis 1900, les activités humaines ont sensiblement accru la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère, ainsi que celles de quelques autres gaz à effet de serre", explique Robert Kandel, ancien directeur de recherches au CNRS. Ces gaz accroissent l'effet de serre de l'atmosphère, et donc la température sur Terre. Au-delà du célèbre CO2, émis par les transports ou les chauffages par exemple, ce spécialiste de la météorologie dynamique énumère le méthane (CH4), lié à l'expansion de la riziculture et de l'élevage bovin ; le protoxyde d'azote (N20), l'une des conséquences de "l'utilisation massive d'engrais chimiques" ; ou encore les chlorofluorocarbones (CFC), créés par l'industrie chimique avant d'être presque totalement interdits d'utilisation en 2010.

Les émissions de CO2 augmentent en Europe

Parallèlement, les émissions de dioxyde de soufre (SO2), lors des éruptions volcaniques ou de la combustion de charbon et de pétrole, contribuent à renforcer l'effet parasol de l'atmosphère, ce qui peut engendrer un refroidissement de "certaines régions du globe", précise le scientifique. Mais le bilan de ces deux phénomènes est sans appel : "Le climat se réchauffe", écrit-il dans un dossier publié par Futura sciences.

Selon l'Organisation météorologique mondiale des Nations unies, les années 2015, 2016 et 2017 ont en effet été les plus chaudes jamais enregistrées à l'échelle du globe depuis le début des relevés, avec une progression de 1,1 à 1,2 degrés par rapport aux années préindustrielles (1880-1900).

Des conséquences déjà visibles en Europe

Ce réchauffement affecte les mouvements atmosphériques et les courants marins, eux-mêmes pouvant être à l'origine de phénomènes météorologiques importants.

Si rien n'est fait pour endiguer les émissions de CO2 ou de méthane, "il est certain que les risques d'événements extrêmes (sécheresses prolongées, pluies très fortes, tempêtes...) vont changer au cours des prochaines décennies, et cela pour le pire dans certaines régions", prévient donc Robert Kandel, sans tirer de conclusion uniforme à l'échelle de la planète.

Pour l'heure, les pays les plus pauvres sont les moins résilients, alors même que les pires catastrophes de type sécheresse, typhon ou tsunami s'abattent sur l'Afrique, l'Asie-Pacifique et l'Amérique-Caraïbes. Mais l'Europe n'est pas à l'abri pour autant.

Le réchauffement climatique est aussi une réalité sur le Vieux Continent. Un travail visuel des Décodeurs (Le Monde) permet par exemple d'observer les écarts des températures relevées par Météo France entre le début du 20e siècle et nos jours. "La température moyenne de plus de 70 villes françaises s’est élevée de 2 °C à 3 °C durant ces dernières décennies", souligne le quotidien, qui cite entre autres Paris, Bastia, Besançon et Le Mans.

Et si chaque épisode de fortes pluies ou d'intense chaleur ne peut pas être imputé à ce réchauffement (la variabilité ayant toujours été une composante du climat), force est de constater que des évènements climatiques "exceptionnels" se sont également produits en Europe ces dernières années, comme le montre notre carte.

Certes, les Européens tirent parfois parti de la douceur du climat, sur le plan touristique ou agricole par exemple. A l'occasion de la COP23, organisée en 2017 à Bonn (Allemagne), des chercheurs de l'université de Cambridge ont ainsi confirmé que la truffe noire du Périgord avait pu être cultivée pour la première fois dans le sud… du pays de Galles. Mais ces (bonnes ?) nouvelles n'occultent pas les catastrophes.

A l'été 2003 par exemple, la canicule tue 70 000 Européens, dont près de 20 000 dans l'Hexagone. Les conséquences de cette vague de chaleur, qui atteint 47,8 °C au Portugal, s'aggravent notablement du fait de l'incurie des pouvoirs publics.

En mai et juin 2016, des pluies diluviennes touchent la France et l'Allemagne. Le niveau de pluie cumulé bat tous les records statistiques dans plusieurs localités. Des milliers d'habitants sont déplacés. A Paris, la Seine s'élève de plus de 6 mètres. Au total en France, 182 000 sinistres sont déclarés, pour un coût supérieur à 1,4 milliard d'euros. Au sud de l'Allemagne, près de la frontière autrichienne, l'eau atteint les toitures des maisons et fait plusieurs morts.

L'année suivante, une étude autrichienne menée dans 38 pays européens entre 1960 et 2010 montre par ailleurs que dans plusieurs régions, les crues interviennent désormais plusieurs semaines plus tôt que dans les années 1960-1970, à cause de la fonte plus précoce des neiges ou de la plus grande humidité des sols.

En juillet 2018, des incendies ravagent ensuite la Suède et la Laponie… aussi bien que la Grèce. Alors que les températures battent des records dans les pays scandinaves, des incendies d'une intensité inhabituelle s'y déclarent. Ainsi la Suède comptabilise-t-elle 18 700 hectares emportés par des feux entre les mois de janvier et juillet 2018, contre une moyenne de 454 hectares entre 2008 et 2017. "Soit une hausse de… 4 000 %", relève Le Monde. Sous-équipés pour lutter contre des incendies d'une telle ampleur, la Finlande et les Pays baltes se battent aussi difficilement contre les flammes, en même temps que la Grèce où une centaine de personnes décèdent.

Selon le climatologue Jean Jouzel, interrogé par le quotidien, 5 % des Européens sont actuellement concernés par les évènements liés au changement climatique. Mais d'ici à la fin du siècle, "ce qui est exceptionnel aujourd’hui sera la norme en Europe (…) avec des événements encore plus ravageurs et nombreux", prévient-il. "En France, les incendies ne seront plus cantonnés au Sud, ils pourront frapper le Centre et l’Ouest, qui deviendront aussi des régions à risque."

Les conséquences prévues à plus long terme

Selon un rapport remis par le Groupement d'experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) en 2013, et jugé depuis trop optimiste, la température moyenne de la surface du globe devrait augmenter de 0,3 à 4,8 °C d'ici à 2100, en fonction des émissions de gaz à effet de serre et des actions environnementales entreprises.

En octobre 2018, le GIEC a aussi publié un "rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C". Mais ce scénario ne serait réaliste que si "tous les aspects de la société" étaient "modifiés rapidement, radicalement et de manière inédite", prévient-il.

Pour l'heure, le scénario le plus souvent retenu est donc celui d'un réchauffement moyen de 3 degrés. Deux Européens sur trois pourraient alors être touchés par des événements climatiques extrêmes, soit 350 millions contre 25 millions au début des années 2000, selon Giovanni Forzieri, expert scientifique à la Commission européenne, co-auteur d'une étude publiée en 2017 dans la revue The Lancet.

Et une fois encore, des conséquences bien plus graves que les turbulences en avion ou la redéfinition de la carte des vins pourraient être observées…

152 000 décès annuels en 2100. Selon cette étude, notamment résumée par Le Temps, "le nombre de morts liées aux catastrophes associées au dérèglement climatique en Europe [UE28, Suisse, Norvège et Islande] serait multiplié par 50, passant de 3 000 décès annuels entre 1981 et 2010 à 152 000 à la fin du siècle". Avec le scénario de +3 °C, le climat deviendrait ainsi "la première cause de mortalité liée à l’environnement, devant la pollution de l’air".

Les vagues de chaleur causeraient 99 % de ces décès, tandis que "les inondations côtières, en grande partie liées à l’élévation du niveau des mers, augmenteraient également de manière exponentielle", causant des dégâts matériels considérables.

Par ailleurs, "l’influence du climat sera plus importante dans le Sud : chaque année, la totalité de la population pourrait y être affectée par une catastrophe climatique".

Des pluies plus intenses. "À l’avenir, les pluies intenses devraient être plus fortes et plus fréquentes dans le sud de l’Europe", alerte également une étude de 2018 relayée par l'Institut de recherche pour le développement (IRD). "Dans le sud de la France  - notamment dans le bassin du Rhône -, le nord de l'Italie, le nord de la Grèce et sur les côtes adriatiques, l’augmentation de volume de ces pluies intenses pourrait dépasser 20% à l’horizon 2100", calcule Yves Tramblay, hydrologue et co-auteur de l’étude. "Ces précipitations extrêmes pourraient induire des inondations plus graves et ainsi occasionner d'importants dégâts humains et économiques", ajoute-t-il.

Des crues exceptionnelles beaucoup plus fréquentes. Dès 2050, selon une autre étude publiée en 2014 dans Nature, les crues exceptionnelles se produiront en moyenne tous les 10 ans en Europe, contre tous les 16 ans actuellement, relate pour sa part le site Futura sciences. Les actions de prévention et de réparation se chifferaient alors à 23 milliards d'euros annuellement, contre 5 milliards environ entre 2000 et 2012. Mais "faut-il pour autant tout mettre sur le dos du réchauffement climatique ?", s'interroge le site spécialisé. "Les auteurs ne le pensent pas. Le changement du climat interviendrait seulement à hauteur d'un tiers de l'augmentation de ce coût. Les deux tiers restants viendraient de la démographie galopante et des besoins de loger les habitants, y compris en construisant des bâtiments dans des zones inondables."

Des villes sous-marines. A l'heure actuelle, selon un rapport publié en 2017 par l'Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA), les scénarios envisagés -du meilleur au plus extrême- prévoient en moyenne que la fonte des glaces élèvera le niveau des océans d'un mètre d'ici à 2100 et de 2,8 mètres d'ici à 2200. Les mégalopoles d'Asie du Sud-Est sont particulièrement menacées, ainsi que toutes les régions côtières densément peuplées du Pacifique et de l'Océan indien. En Europe, ce sont les Pays-Bas, dont un quart du territoire se situe sous le niveau de la mer, mais aussi le Royaume-Uni et la France qui seraient les plus touchés, dans des villes comme Amsterdam ou Bordeaux.

Des froids polaires. Parallèlement aux pics de chaleur, le réchauffement climatique pourrait aussi entraîner… des épisodes de froid polaire en Europe. Avec l'affaiblissement du Gulf Stream (la fonte des glaces changeant la densité de l'eau et donc entravant sa circulation), les échanges de courants chauds et froids participant actuellement au climat tempéré de l'Europe pourraient se réduire drastiquement. Et ainsi durcir les hivers dans l'Ouest de l'Europe.

Des populations déplacées. Chaque catastrophe crée son lot de personnes déplacées. Et alors que l'Organisation mondiale de la Santé et le Groupe de la Banque mondiale prévoient une explosion des problèmes sanitaires, de la pauvreté et des prix alimentaires liée au changement climatique, les réfugiés seront de plus en plus nombreux à l'avenir. "Prenons conscience qu'il y a déjà, aujourd'hui, davantage de réfugiés climatiques que de réfugiés de guerre. Quelque 80 % d'entre eux vivent dans les pays du Sud, mais vont-ils y rester ?", s'interrogeait ainsi le président français François Hollande au Parisien en 2015, avant la COP21, en citant la "désertification de l'Afrique" et en prévoyant des "guerres" liées à la raréfaction des ressources vitales.

"Les migrants chercheront avant tout à se mettre à l’abri des impacts du changement climatique, plutôt qu’à quitter leur pays", répondait François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement, dans un article publié en 2010 sur le sujet. En mars 2018, la Banque mondiale parlait ainsi de "plus de 140 millions de personnes poussées à migrer à l’intérieur de leur propre pays d’ici à 2050". "La migration s’effectuera généralement sur de petites distances, les migrants cherchant également à maintenir certains réseaux sociaux et familiaux, de même qu’une activité économique", précisait François Gemenne. Par ailleurs, "les populations vivant dans les régions qui seront les plus touchées par le changement climatique étant bien souvent socialement vulnérables, la migration internationale leur sera fréquemment inaccessible d’un point de vue financier". "Contrairement à une idée reçue, l’Europe ne doit donc pas s’attendre à des flux migratoires importants en provenance d’autres continents sous l’effet du changement climatique. Il est néanmoins probable que les mouvements migratoires actuels, en particulier ceux provenant du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, s’accentueront sous la pression de plus fortes contraintes environnementales", concluait le chercheur.

Moins de biodiversité. D'après une étude publiée en mai 2015 dans la revue Sciences, des chercheurs américains ont aussi établi une corrélation entre le réchauffement climatique et le nombre d'espèces animales menacées d’extinction. Si la température augmente de 2 °C en 2100 par rapport à la période préindustrielle, plus de 5 % des espèces seront ainsi menacées de disparaître.

"Depuis les années 1970, la Terre a perdu 60% de ses populations d'animaux sauvages, constate déjà le WWF dans son dernier rapport remis en octobre 2018. La vaste zone Europe, Afrique du nord et Moyen-Orient en est à -31 %."