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Ce que pourrait être la future Union de la Méditerranée

Actualité 08.06.2007

© Communauté européenne, 2007Michael Emerson et Nathalie Tocci, chercheurs au Centre for European Policy Studies (CEPS), commentent dans ce policy brief la proposition, dévoilée par Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale, visant à mettre en place une Union de la Méditerranée. D'après eux, cette idée a été lancée sans avoir été réellement préparée. Elle soulève une question à laquelle n'a pas répondu le nouveau président français : celle des "relations entre cette Union et les politiques actuelles de l'UE dans la région, qui depuis 12 ans sont basées sur le processus de Barcelone, auquel est venue se greffer il y a deux ans la branche sud de la politique européenne de voisinage (PEV)".

Selon les deux chercheurs, il est difficile d'imaginer que cette Union prenne le pas sur le processus de Barcelone, "car les principaux instruments commerciaux, d'aide, de gestion des frontières, d'immigration et visas, de gestion des crises, figurent déjà parmi les compétences de l'UE". Elle ne pourrait pas davantage consister en une extension du "dialogue 5 + 5" (crée en 1990, à l'initiative de la France) car cela "créerait une confusion supplémentaire", sans pour autant résoudre la  question sur laquelle a achoppé le processus de Barcelone : la résolution du conflit israélo-arabe.

Michael Emerson et Nathalie Tocci estiment plus utile de réformer l'architecture du processus de Barcelone et de la PEV, dont l'unité est aujourd'hui "très artificielle" car elle s'adresse à la fois au monde méditerranéen et à l'espace post-soviétique. Il conviendrait aussi de réfléchir au contenu politique de cette coopération, notamment au regard des attentes des pays du Sud : meilleur accès de leurs produits agricoles au marché européen, effectivité de l'aide au développement, politiques migratoires et de visas moins restrictives, implication de l'UE dans la résolution de la question palestinienne. Côté européen, l'approfondissement de cette relation nécessitera probablement de donner une place prépondérante aux Etats riverains de la Méditerranée, concernés au premier chef par cette coopération.

En tout cas, estiment les deux auteurs, si l'idée du président français était de trouver un lot de consolation pour la Turquie en cas de rupture des négociations d'adhésion, "la grande idée de l'Union euroméditerranéenne disparaîtrait aussi vite qu'elle est née", étant donné la réponse négative que ne manquerait pas de faire Ankara à cette proposition.

Lire l'analyse

Michael Emerson et Nathalie Tocci, "A little clarification, please, on the 'Union of the Mediterranean', CEPS, juin 2007