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Ce qu'il faut retenir du grand débat des européennes sur France 2

Actualité 05.04.2019 Jules Lastennet

Ils étaient 12 têtes de liste sur France 2, jeudi 4 avril, pour véritablement lancer la campagne pour les élections européennes. Successivement interrogés sur le Brexit, les frontières, les migrations, la gouvernance de l'UE, l'écologie, la fiscalité et les droits sociaux, les principaux candidats français ont tâché de se différencier et de faire valoir leurs programmes.

Capture d'écran de l'Emission politique du 4 avril 2019 consacrée aux élections européennes

Capture d'écran de l'Emission politique du 4 avril 2019 consacrée aux élections européennes

Le Brexit

Premier thème choisi par le service public : la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. L'occasion de vérifier, sans round d'observation, le gouffre qui sépare les partisans de la poursuite du projet européen des plus eurocritiques voire europhobes. Car si la grande majorité des têtes de liste présentes a tenu à rappeler la nécessité de "respecter la souveraineté populaire britannique", à l'instar de Manon Aubry (La France insoumise), les différences d'analyse se sont révélées béantes.

Débat des Européennes : qui sont les 12 candidats invités sur France 2 ?

Ainsi, pour Nathalie Loiseau (La République en marche), le Brexit est une "catastrophe" qui conduit les Britanniques au bord du "chaos". Pour Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) également, le tableau est sombre : les "passions tristes et la haine de l'étranger" ont prévalu outre-Manche avec pour conséquence un "horizon bouché" pour le Royaume-Uni. Quant à Jean-Christophe Lagarde (UDI), celui-ci estime que le Brexit doit être vu comme une "leçon d'histoire" pour les défenseurs d'un Frexit dans la mesure où les Britanniques sont, selon lui, en phase "d'éclatement".

Or à l'inverse, à en croire Jordan Bardella (Rassemblement national), "l'économie britannique ne s'est jamais aussi bien portée". De la même manière, point de "chaos" pour Florian Philippot (Les Patriotes) : les Britanniques recouvrent au contraire la "maîtrise de leurs frontières et de leur économie".

Un objet pour symboliser son projet

En guise d'ouverture des débats, les candidats étaient invités à présenter un objet, symbole de leur projet pour l'Europe.

Certains des choix faits par les têtes de liste ne nécessitent pas d'explication, comme la passoire de Jordan Bardella, les menottes de François Asselineau ou encore les morceaux du mur de Berlin apportés à la fois par Jean-Christophe Lagarde et Raphaël Glucksmann.

Trois candidats ont préféré mettre en avant un produit alimentaire : une baguette de pain pour Florian Philippot, en symbole du renchérissement de la vie avec l'euro ; du miel de Bretagne pour Yannick Jadot, pour évoquer la disparition des abeilles ; du piment d'Espelette pour Nathalie Loiseau, pour expliquer les bienfaits potentiels d'un label européen dans le commerce mondialisé.

Citons enfin l'avion Airbus de Nicolas Dupont-Aignan, symbole de l'Europe des coopérations qu'il appelle de ses vœux ; le chèque de 5 milliards d'euros de Manon Aubry, comme le montant de l'évasion fiscale ; l'Illiade et l'Odyssée de François-Xavier Bellamy, pour rappeler l'importance de l'héritage européen ; le bracelet de naissance de la fille de Ian Brossat, pour interpeller sur la disparition des services publics ; et le gilet de sauvetage de Benoît Hamon, qui a été tendu aux banquiers en 2008, mais pas aux migrants en 2015.


Schengen et les frontières

Plutôt binaires s'agissant du Brexit, les échanges ont plutôt alterné entre trois tendances pour ce qui concerne la gestion des frontières et l'avenir de l'espace Schengen.

Plusieurs candidats se sont en effet employés à rappeler l'importance des "murs" et des "portes". C'est le cas notamment de François-Xavier Bellamy (Les Républicains), selon qui nous faisons preuve "d'ingratitude envers les murs", qui doivent nous permettre d'accueillir "dignement" les personnes relevant du droit d'asile. C'est le cas également de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), pour qui l'UE peut être comparée à un "immeuble" dont on aurait enlevé les portes aux appartements et qui n'aurait qu'un "vague code" en bas.

A l'autre extrémité du spectre, des candidats tels que Benoît Hamon (Génération.s), qui a déploré que les premières minutes du débat soient consacrées à cette thématique, preuve, selon lui, d'une "défaite culturelle" de l'Europe. Son de cloche similaire de la part de Raphaël Glucksmann (Parti socialiste-Place publique), qui a fait part de sa "honte" d'être le premier parler de la nécessité de d'abord sauver les migrants osant la traversée de la Méditerranée. Des idées ensuite prolongées par Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts), rejetant toute idée de "submersion" et appelant à la "solidarité" ou Ian Brossat (Parti communiste), déclarant "assumer l'accueil des migrants".

A la croisée des chemins, des personnalités telles que Nathalie Loiseau, pour qui Schengen est "une belle invention, mais en panne", nécessitant le renforcement des frontières extérieures de l'Europe via l'agence Frontex.

Gouvernance de l'Union européenne

En matière de gouvernance, l'influence des lobbys au niveau européen a d'abord été évoquée par plusieurs têtes de liste. Il s'agit pour Raphaël Glucksmann du "problème principal" de la démocratie européenne, nécessitant une lutte "farouche". Pour ce faire, selon Manon Aubry, il est indispensable "d'envoyer des parlementaires de combat" au Parlement européen. Une opinion largement partagée par Benoît Hamon et Yannick Jadot qui ont tous deux mis en avant la nécessité de faire preuve de "courage" pour affronter les groupes d'intérêt.

Pour gagner en démocratie, la représentante de LFI prône ainsi les référendums d'initiative citoyenne, les référendums révocatoires ou encore une prise en compte systématique des initiatives citoyennes européennes. Pour Ian Brossat, alors que l'Europe est "loin des gens et proche de l'argent", il est impératif de bloquer les passages entre les institutions et le privé.

Pour permettre d'améliorer le fonctionnement institutionnel de l'UE, Jean-Christophe Lagarde insiste sur la nécessité de mettre un terme à la prise de décision à l'unanimité, sauf sur les questions de sécurité et les élargissements. François-Xavier Bellamy (Les Républicains) suggère pour sa part de "construire des blocs de coopération", une idée également portée par Nicolas Dupont-Aignan.

En revanche, pour François Asselineau (Union populaire républicaine, UPR), le salut ne pourra venir que d'une sortie de l'Union européenne. Car cette dernière représente selon lui un "blocage absolu" et même une "prison".

Budget et fiscalité

Sur les plans budgétaire et fiscal, les solutions avancées par les candidats ont été conformes à leurs argumentaires habituels relatifs à la France.

Ainsi pour les têtes de liste de gauche, l'enjeu principal est de "changer les règles" afin de permettre "l'équité sociale", pour reprendre les formules de Manon Aubry et Benoît Hamon. Cela passe, pour le candidat de Génération.s, Raphaël Glucksmann ou Yannick Jadot par de la redistribution. "Il faut plus de budget européen si on veut contrer la Chine, la Russie, les Etats-Unis" et si on veut défendre l'écologie, le social et la recherche, a ainsi décliné la tête de liste EELV. Quand le fondateur de Place publique estimait qu'il est "logique de donner" aux pays en retard de développement et que ce qui pose réellement problème est plutôt "l'évasion fiscale".

Pour Jean-Christophe Lagarde, les contributions nationales au budget européen devraient être supprimées au profit de ressources propres à l'Union européenne comme une taxe carbone aux frontières ou une taxe sur les transactions financières, évoquées de longue date. Quant à Nathalie Loiseau, la représentante de la majorité a insisté sur l'importance de ne pas tolérer le dumping social ou fiscal et les entorses à l'Etat de droit de pays qui reçoivent beaucoup de l'UE.

Nettement plus radicaux, les candidats les plus à droite sur l'échiquier politique ont tous critiqué avec énergie la perte d'argent que représente l'Union européenne pour la France. Ainsi pour Jordan Bardella, la contribution française revient à donner 100 euros à Bruxelles, à n'en voir revenir que 60 et avec des obligations sur son utilisation. On "tond la laine sur le dos des Français", a également soutenu Florian Philippot, selon qui on finance de surcroît des usines en Europe de l'Est qui viennent détruire des emplois en France.

Environnement

Sujet très présent dans la campagne pour les élections européennes en France, l'écologie est sans aucun doute le thème qui a suscité le moins d'échanges musclés entre les têtes de liste, même si les diagnostics et remèdes évoqués ont largement différé d'une personnalité à l'autre.

Selon Manon Aubry, passer au tout renouvelable à l'horizon 2050 doit être la marche à suivre. Benoît Hamon et Yannick Jadot proposent tous deux la mise en place d'un Green New Deal, de respectivement 500 milliards et 100 milliards d'euros par an pour prendre définitivement le tournant de l'écologie au niveau européen, seul échelon pertinent en la matière.

Pour Jean-Christophe Lagarde également, l'Union européenne a les moyens de "financer la transition". A cet égard, la création d'un Livret E (comme Europe ou Ecologie) pourrait être une solution.

Comme à son habitude, un candidat comme Florian Philippot s'est montré beaucoup plus pessimiste, estimant que la transition écologique ne pourra se faire dans le cadre de l'UE, dont le projet est le "profit" et la "concurrence à outrance".

Emploi et social

Abordées en dernier, les questions sociales et d'emploi ont vu se succéder des interventions très majoritairement négatives des candidats vis-à-vis de l'Union européenne, avec une grande diversité dans les propositions évoquées.

Ainsi le constat est-il particulièrement noir pour François Asselineau, selon qui sur ce sujet, comme sur tous les autres, "on montre que l'Europe ne marche pas". Mêmes mots ou presque pour Florian Philippot : "tout ce que touche l'Europe, elle l'anéantit", a-t-il martelé. Quant à Jordan Bardella, la tête de liste du Rassemblement national estime que le renforcement des droits sociaux est "impossible" en raison de la concurrence qui règne au sein de l'UE.

La réponse viendrait-elle dès lors du protectionnisme ? Pour François-Xavier Bellamy, il est effectivement utile de "sortir de la naïveté" et de faire en sorte que les bien importés par l'Europe aient été produits selon les mêmes règles écologiques. Un "ajustement carbone aux frontière" est également défendu par Benoît Hamon.

Enfin, pour Nathalie Loiseau et Jean-Christophe Lagarde, une nouvelle "stratégie industrielle" est à bâtir. L'ancienne ministre de l'Europe d'Emmanuel Macron a ainsi prôné la mise en œuvre d'un "Airbus des batteries" et la refonte des règles de la concurrence pour permettre l'émergence de "champions industriels européens".