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Catherine Colonna juge l'état de l'Union européenne "préoccupant"

Actualité 30.08.2006

"Le fonctionnement de l’Union - et plus largement l’état de l’Union - me semble préoccupant", a déclaré mardi 29 août la ministre déléguée aux Affaires européennes, Catherine Colonna, dans un discours prononcé devant les ambassadeurs de France réunis à Paris pour leur conférence annuelle.

Plutôt que d’une crise, la ministre a estimé que l’Union est atteinte d’une "maladie de langueur, de fatigue généralisée, qui n’augure rien de bon de sa capacité à répondre aux attentes des peuples si nous ne trouvons pas rapidement les moyens de lui donner une nouvelle impulsion".

Face à ce constat, Catherine Colonna a estimé qu’un "sursaut beaucoup plus fondamental est nécessaire si l’on veut écarter le risque d’un affaissement de la construction européenne, d’une lente et inexorable dilution".

La veille, à l’ouverture des travaux, le Président de la République, Jacques Chirac, avait déjà, dans son discours, mis en avant le fait que "l’Europe a été trop absente de la crise libanaise", en soulignant que "les peuples renoueront avec l’Europe, psychologiquement et affectivement, si elle affirme comme une force de proposition et d’action, face aux désordres du monde, comme une réponse à la mondialisation".

Prenant comme exemple le projet de directive services, dont la première version date de 2004 et ne sera pas transposé avant 2008, Catherine Colonna a tout d’abord déploré un "processus de décision long". La ministre déléguée a observé que "ces manifestations de langueur s’accompagnent d’une distanciation à l’égard du projet européen". "L’Union européenne pourra-t-elle continuer longtemps à décider à ce rythme lent dans un monde qui aujourd’hui va vite et ne nous attendra pas ? L’Europe peut-elle même encore prendre des décisions cruciales ?", s’est-elle interrogée. 

Deuxième constat : le mode de fonctionnement de l’Union européenne devient de plus en plus intergouvernemental. Catherine Colonna a affirmé qu’il y avait une "méfiance quasi-générale vis-à-vis de l’intégration, qui a longtemps été tenue comme objectif et demeure dans le traité (…). On constate de même une grande réticence à toute démarche d’harmonisation, qui est pourtant l’une des bases de la construction européenne. Nous sommes le plus souvent 25 Etats membres côte à côte, juxtaposant leurs positions et parvenant à un difficile compromis, plus que nous ne sommes unis dans la recherche d’un intérêt collectif".

La ministre a ensuite déclarée que l’Union européenne ne s’était pas bien adaptée à "trois modifications fondamentales des dix dernières années".

Catherine Colonna a critiqué l’attitude de l’Union vis-à-vis de :

- l’élargissement qui "modifie en profondeur la nature même du projet européen, alors que l’on affecte de croire que l’on poursuit la même construction européenne en étant simplement plus nombreux"."Les conséquence de ce processus sont majeures", a-t-elle souligné.

- la mondialisation est un "autre élément déstabilisateur pour le modèle européen classique. Les performances de l’Europe sont pour l’heure modestes dans cette économie plus compétitive, en termes de croissance, d’emploi ou de moyens consacrés à la recherche-développement (…). Ce règne du marché met durement à l’épreuve l’une des ambitions de l’Europe, qui est de trouver l’équilibre entre dynamisme économique et dimension sociale", a indiqué la ministre.

- la modification de "la demande de l’Europe" : "L’Union est confrontée à une demande globale alors qu’elle n’est pas un acteur global", a conclu Catherine Colonna, en rappelant que des incendies au Portugal à l’arrivée de clandestins sur les côtes des Canaries, tout le monde se pose la même question : "Que fait l’Europe ?".  

Le grand défi des années qui viennent sera donc pour la ministre, de "savoir si l’Europe peut prendre des responsabilités globales et si elle peut devenir un acteur global". "Il est évident que les Européens doivent accroître leurs efforts pour répondre aux trois modifications de leur environnement (…), mais j’ai tendance à croire qu’il faudra un sursaut, une mutation plus fondamentale", a-t-elle souligné.

Pour y remédier, Catherine Colonna appelle l’Europe a avoir "pour ambition d’être une puissance dans la mondialisation", ce qui implique entre autres, "de prendre davantage de responsabilités internationales, comme la situation au Proche et au Moyen-Orient nous y incite à nouveau". Mais la ministre a insiste sur le fait "que l’on ne devient pas une puissance en y consacrant 1% de son PIB".

Les Européens devraient "relancer l’harmonisation dans un certain nombre de secteurs", a-t-elle proposé, "en matière d’imposition sur les sociétés, par exemple, ou pour la protection des consommateurs ou la politique sociale". Catherine Colonna  a ainsi proposé de mettre en place, dans le cadre du dialogue social, un salaire minimum européen, dont le niveau pourrait être fonction du niveau économique de chaque Etat membre. 

"II faudra aussi développer une politique industrielle européenne, fédérer des projets de dimension mondiale, investir massivement dans la recherche et l’innovation", a-t-elle ajouté.

Le deuxième impératif est de rénover le mode de gouvernement de l’Europe. Le Conseil européen de juin dernier a défini une séquence, qui commencera au début de l’année prochaine sous présidence allemande et se poursuivra jusqu’au second semestre 2008 sous présidence française, au cours de laquelle devront être prises "au plus tard", dit le texte de conclusions, les décisions nécessaires à la poursuite du processus de réforme.

En attendant d’être fixés sur le sort du traité constitutionnel, il faut pour la ministre "restaurer la capacité de décision de l’Union" en permettant au Conseil de décider à majorité "super qualifiée", et non plus à l’unanimité. La Commission doit quant à elle être plus restreinte pour fonctionner de manière de façon collégiale et assumer ses responsabilités d’intérêt général. Enfin, le Parlement européen qui est devenu un acteur devrait moderniser son mode d’élection à travers l’Union.

Estimant que la survie du projet européen passe par une réelle mutation, Catherine Colonna estime que l’Union devra faire des choix : "Elle ne peut pas tout faire, elle n’est pas là pour tout faire et on ne lui demande pas de tout faire". En clair, "l’Union européenne devra faire moins de petites choses, et davantage de grandes choses. C’est ce que les citoyens attendent d‘elle".

Sources

 Discours de Jacques Chirac lors de l’ouverture de la XIVème Conférence des ambassadeurs, 28/08/2006
 Discours de Catherine Colonna, Conférence des Ambassadeurs, 29/08/2006