Derniers articles publiés

Bruno Le Maire, Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, sur France Inter

Actualité 14.04.2009

Bruno Le Maire, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes était l'invité d'Eric Delvaux (7/10).

 

Dans un mois et demi, les Français et les Européens éliront leurs députés européens. Comment expliquer cette abstention qui n’a jamais cessé de progresser en fait depuis l’élection des députés européens au suffrage universel en 1979 ? Ca monte, ça monte, on attend 2/3 d’abstentions, ça s’explique comment ?


J’espère d’abord que nous n’aurons pas 2/3 d’abstentions, et c’est le rôle des partis politiques, des responsables qui sont engagés dans cette campagne de montrer qu’elle représente un enjeu absolument considérable. Le vote du 7 juin, c’est savoir si on veut demain une Europe forte qui compte dans le monde ou une Europe au contraire qui s’affaiblit et qui n’est pas capable de défendre ses intérêts.

 


Oui mais les partis politiques en sont encore à faire les listes !

Oui mais les partis politiques sont aussi en train de faire les programmes, ce que nous faisons avec l’UMP ; nous avons beaucoup travaillé avec X. Bertrand, avec M. Barnier pour définir les grandes lignes de ce programme pour les européennes. Je pense que l’essentiel aujourd’hui c’est que les Français comprennent ce qui se joue le 7 juin. Et ce qui se joue, c’est une Europe forte ou une Europe faible, et donc une Europe qui est capable de défendre les intérêts des Français ou qui n’est pas capable de défendre les intérêts des Français.


Mais on connaît cette défiance quand même des Français et même des Européens à l’égard des institutions. Est-ce que ça s’explique pas aussi par ces référendums qui semblent bafoués quand le "non" tombe, et qu’on fait revoter jusqu’à un "oui" ?


Je pense que la défiance s’explique par plusieurs phénomènes. Le premier, c’est un manque de connaissance de ce qu’est l’Europe aujourd’hui. Comment est-ce qu’elle fonctionne, comment est-ce qu’elle prend ses décisions, au nom de quelle légitimité, et à quelles fins ? La deuxième raison qui me paraît importante, c’est que toutes ces décisions paraissent très éloignées du citoyen, qui se dit : l’Europe après tout prend des décisions qui ne me concernent pas, qui ne me permettront pas de changer ma vie au quotidien. Et puis, il y a une dernière raison, qui, je crois, compte aussi : c’est l’incapacité que l’on a parfois à faire comprendre la gravité des enjeux, ce que peut représenter l’Europe demain. A nous de changer ça dans les mois, dans les semaines qui viennent.


Mais vous parlez d’une Europe forte, or depuis 1979, élection au suffrage universel, les pouvoirs de ce Parlement européen ont été renforcés, et cependant, en même temps, l’abstention progresse. Donc, l’Europe est peut-être forte, mais elle ne convainc pas.


A nous de faire en sorte qu’elle soit plus convaincante. Le Parlement européen, vous le dites, a renforcé considérablement ses pouvoirs, et va renforcer ses pouvoirs encore avec Lisbonne, avec notamment un système de codécision qui fait qu’il va partager son pouvoir de décision avec le Conseil dans lequel siègent tous les chefs d’Etat. Je crois que cela montre très concrètement à quel point le Parlement va jouer un rôle important dans les décisions quotidiennes des Français, ce qu’il peut leur apporter, et ce qui peut changer dans leur vie dans les semaines à venir.


Votre marotte à vous, c’est l’axe franco-allemand, vous passez une bonne partie de votre temps à vouloir redynamiser cet axe franco-allemand, et ça a d’ailleurs plutôt bien marché au G20. Mais n’est-on pas plutôt dans la posture du rapprochement que dans un vrai rapprochement ?


Non, je pense que, face à la crise, nous avons montré qu’une alliance forte entre la France et l’Allemagne était le meilleur moyen de défendre une ligne politique et de défendre les intérêts des Européens. Je vous donne un exemple très concret : nous étions favorables à une régulation financière plus forte, en partant du principe que la crise venait justement du manque de règles dans le système financier. La France et l’Allemagne début janvier ont posé un certain nombre de principes : suppression des paradis fiscaux, régulation des hedge funds, et inscription sur une liste des différentes sanctions dont seraient l’objet les paradis fiscaux qui subsisteraient. Cette position a été reprise ensuite par l’ensemble des 27 Etats membres de l’Union européenne. Et au G20 de Londres, la position défendue par N. Sarkozy et par A. Merkel a permis de peser, précisément parce que les deux Etats étaient main dans la main, et parce qu’il représentaient à eux deux la position européenne. Je crois que lorsqu’il y a un accord entre la France et l’Allemagne, nous pouvons défendre nos positions face aux Etats-Unis, face à la Chine, face aux autres Grands du monde. Lorsque la France et l’Allemagne ne sont pas unies, nous ne sommes pas en mesure de le faire.


Sauf qu’A. Merkel préfère parler de "simple coordination" plutôt que d’envisager des actions collectives quand il s’agit d’apporter des réponses à la crise.


Cela dépend de quel sujet. Sur la régulation financière, ce n’est pas de "la coordination", c’est une position commune. Et cette position commune, elle n’était pas celle des Etats-Unis, elle n’était pas celle de la Chine ; aucun des Grands du monde ne souhaitait la suppression des paradis fiscaux ; aucun des Grands du monde ne souhaitait davantage de régulation financière, au contraire ils pensaient que c’était leur intérêt de faire d’abord de la relance budgétaire et de laisser la régulation financière de côté. Au G20 de Londres, les deux Etats qui ont imposé la régulation financière, qui ont permis que les règles du jeu financier changent, c’est l’Allemagne et la France parce qu’ils ont parlé d’une seule voix.


Après les élections européennes, il faudra aussi renouveler la présidence de la Commission de Bruxelles. Le libéral, M. Barroso est bien parti pour se succéder à lui-même. On n’a pas senti le mois dernier un grand soutien de N. Sarkozy. Est-ce que la France a un autre candidat pour la tête de Bruxelles ?


La France pour l’instant n’a aucun candidat officiel. Le président de la République l’a dit très clairement : "ça n’est pas le moment de choisir le candidat à la présidence de la Commission".


Pourquoi N. Sarkozy a-t-il été un peu ambigu sur son soutien à Barroso ?

 

Il n’est pas ambigu, il dit des choses qui sont des choses de bon sens. Première chose : il faut d’abord voir quel sera le résultat des élections européennes, et ce sont les électeurs qui décident. Si jamais vous donnez le sentiment aux électeurs que tout est décidé à l’avance, bien entendu ils n’iront pas voter. M. Barroso appartient à une famille politique, le PPE ; pour qu’il soit investi président de la Commission, encore faut-il que le PPE qui est majoritaire aujourd’hui au Parlement, l’emporte. Deuxième élément important : nous ne savons toujours pas sous quel traité nous allons choisir le président de la Commission. Ce sont des choses un peu techniques mais qui comptent quand même. Est-ce que ce sera sous Lisbonne, est-ce que ce sera sous Nice ? Ce ne sera pas la même Commission suivant qu’on sera sous un traité ou sous un autre. Et puis troisième élément qui compte, je crois, c’est que le président de la République est là pour défendre les intérêts des Français, et donc il s’agit d’avoir des nominations qui soient globales, dans lesquelles les intérêts des Français soient défendus, dans lesquelles il y ait des représentants français qui soient aux bonnes places, et cela dépendra évidemment d’un accord global.


 

 

A propos de la Turquie, un sondage ce matin dans Le Parisien : 50 % des personnes interrogées en France disent "non" à l’entrée de la Turquie, contre 35 % seulement favorables ; N. Sarkozy également est contre. Vous soutenez, vous êtes sur la même ligne que N. Sarkozy ? B. Kouchner ne l’a pas toujours été ?


Je suis membre d’un Gouvernement dirigé par F. Fillon, avec N. Sarkozy président de la République, et donc je défends une ligne qui est celle du Gouvernement et du président de la République. La France n’est pas favorable à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Elle n’y est pas favorable, non pas au nom de la Turquie qui est un grand Etat, qui est un Etat allié, qui est un élément de stabilité au Moyen-Orient. Elle n’y est pas favorable, au nom de l’idée que nous nous faisons de l’Union européenne. Nous voulons une Union européenne politique. Cette Union européenne politique, qui pèse entre les Etats-Unis et la Chine, n’est pas garantie aujourd’hui, parce qu’il y a un autre modèle, concurrent, défendu par un certain nombre d’Etats membres de l’Union européenne, qui, eux, veulent que l’Union se ramène à un simple lieu de libre-échange, à une simple zone économique. Pour défendre cette ligne d’une Union européenne forte, politiquement forte, nous estimons que l’adhésion de la Turquie à l’Union n’est pas une bonne solution.


Vous me parlez de la position de la France, et je voulais poser la question à B. Le maire ?

B. Le maire estime que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne aujourd’hui n’est pas une chose envisageable, et n’est pas souhaitable.


B. Obama, lui, est pour cette entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne. Est-ce qu’il a fait de l’ingérence en venant le dire, haut et fort, pendant son dernier séjour en Europe ?


Non, d’abord c’est une position très classique des Etats-Unis, de dire que la Turquie doit rentrer dans l’Union européenne.


C’est de l’ingérence ?


Non, ce n’est pas de l’ingérence, c’est une position des Etats-Unis qui est connue. Je rappelle simplement que c’est aux Européens de décider qui rentre dans l’Union européenne, et c’est à l’Europe de décider de son destin. Et à l’Europe seule. Je rappelle également que si les Etats-Unis sont favorables à l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, c’est précisément parce qu’ils se font de l’Europe une idée qui n’est pas la nôtre. Ils s’en font une idée dans laquelle l’Europe, une fois encore, sera un espace de libre-échange, ne défendra pas ses valeurs, n’aura pas une armée qui soit une armée consistante, et ne sera pas capable de rivaliser, ni face aux Etats-Unis, ni face à la Chine. Ca n’est pas notre conception de l’Union européenne de demain.


Un mot de politique. Vous êtes devenu "une prise de guerre" retirée aux "villepinistes". Vous êtes toujours "villepiniste" ?


Je suis toujours "villepiniste", et je suis "une prise de guerre" qui garde sa liberté de parole et sa liberté de conviction.