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Bruno Le Maire : "L'idée que la France peut s'en sortir seule n'est plus une idée crédible !"

Actualité 21.04.2009

Le Secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes s'exprime pour Touteleurope.fr sur les élections européennes : risques d'abstention, les enjeux de ce scrutin... Il revient également sur les relations franco-allemandes, l'impasse du traité de Lisbonne, la position française sur l'entrée de la Turquie dans l'UE ainsi que sur ses projets futurs.

 

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Ne craignez-vous pas, à nouveau, un fort taux d'abstention ?

Je crois que l'abstention, c'est toujours un risque dans les élections européennes. Et quand on regarde d'ailleurs à l'échelle de l'ensemble des 27 Etats, c'est un risque plus important chez nos voisins (on parle de taux de participation de 20 à 25 % chez certains Etats-membres) qu'en France où j'espère que l'on atteindra un taux de participation de l'ordre du double de ces 20 à 25 %.

Ce que je crois, c'est qu'il est très important de montrer que ces élections européennes, ce n'est pas une élection en chocolat ! C'est un vrai enjeu politique. Que veut-on comme Europe pour demain ? Est-ce qu'on veut une Europe forte qui existe entre les Etats-Unis et la Chine, qui défende ses intérêts économiques, qui défende le développement durable, qui défende l'Etat de droit ? Ou est-ce qu'au contraire on veut une Europe qui soit un grand ensemble ouvert à la circulation des capitaux, des marchandises, mais qui ne pèse pas politiquement ?

C'est ça qui se décide le 7 juin. Et je ne saurais trop insister sur le fait que les parlementaires européens ont un vrai pouvoir politique entre les mains. Donc le vote, c'est un vote essentiel.


Elections européennes : quand la campagne va-t-elle véritablement commencer ?

Je souhaite que la campagne européenne débute le plus rapidement possible. Parce que je circule beaucoup, je vois beaucoup de citoyens français ou étrangers européens. Et je vois qu'il y a un véritable appétit pour les questions européennes. Il y a plein de questions qui se posent.

Quand je participe à un débat citoyen ou à meeting dans le Nord de la France ou dans l'Ouest de la France, je vois d'abord qu'il y a beaucoup de monde : c'est à chaque fois des salles de 300, 400, 500 personnes. Et puis je vois surtout qu'il y a énormément de questions très concrètes qui se posent. Qu'est-ce que vous allez faire pour défendre notre industrie ? Qu'est-ce que vous allez faire pour soutenir l'emploi ? Est-ce que vous allez vraiment réguler la finance ? Est-ce qu'il y aura des mesures pour l'éducation des jeunes, pour la mobilité des jeunes en Europe ?

Il y a des milliers de questions qui se posent. Des questions également sur le fonctionnement de la Commission, sur le fonctionnement du Parlement, sur le fonctionnement du Conseil européen. Eh bien il faut répondre à toutes ces questions ! Il faut avancer nos propositions. Et pour ça il faut du temps. Il faut se donner le temps d'expliquer, le temps de présenter nos programmes. Plus vite nous pourrons entrer dans le vif du sujet, mieux ce sera.


Pourquoi ce désintérêt croissant des citoyens pour les élections européennes ?

Je ne crois pas du tout qu'il y ait un désintérêt croissant des électeurs à l'égard de l'élection européenne. Je crois au contraire qu'il y a un véritable appétit de comprendre et un véritable appétit des citoyens européens de reprendre le contrôle de l'avenir de l'Europe. Et je crois que c'est une très bonne chose.

Je vois les choses de manière peut-être plus optimiste, mais quand on regarde un certain nombre de sondages et qu'on demande aux Français : "Sur qui est-ce que vous comptez pour vous sortir de la crise?", ils comptent d'abord sur eux-mêmes, ce qui est un réflexe sain, mais ils comptent aussi très fortement sur l'Union européenne. Ils disent : "C'est à l'Europe d'apporter une solution à la crise". Et ils ont raison parce que c'est l'Europe qui apportera la solution à la crise économique. C'est l'Europe qui présentera une industrie compétitive, forte, capable de lutter face à l'industrie chinoise, à l'industrie américaine. C'est l'Europe qui investira pour l'innovation, pour la technologie. C'est l'Europe qui fera des grandes infrastructures routières, ferroviaires, qui nous permettront de circuler plus facilement dans l'ensemble du territoire européen.

La solution à la crise, elle est vraiment européenne, et je crois que cette idée là, c'est une idée qui a largement progressé auprès des citoyens français. Il y a encore quelques années, cette idée que la France pouvait s'en sortir toute seule, dans son coin, sans soutien des autres Etats européens, sans soutien du projet politique européen, c'était une idée qui était encore à peu près crédible. Aujourd'hui ce n'est plus une idée crédible. L'idée que la France peut s'en sortir seule n'est plus une idée crédible ! La France a très bien compris, les Français ont très bien compris, que la solution, l'avenir, passait justement par une intégration européenne et par l'affirmation d'une Europe politique forte.


Que diriez-vous aux électeurs pour les convaincre d'aller voter en juin prochain ?

"Je leur dirais que, aux jeunes en particulier, que leur espace politique naturel désormais c'est l'Union européenne à 27 et que c'est une chance de pouvoir aller étudier dans 26 autres Etats, dans d'autres universités, dans d'autres écoles. C'est une chance de pouvoir apprendre des langues étrangères et donc de s'offrir des perspectives de carrières plus variées. C'est une chance d'avoir un espace économique avec 500 millions d'habitants, avec 27 Etats membres, avec un marché beaucoup plus important où les marchandises françaises peuvent se vendre  plus facilement où les marchandises peuvent s'échanger plus facilement.

Et cette chance, en tout cas ça fait partie du projet de la majorité, nous voulons que la majorité des jeunes en profitent. Le problème européen aujourd'hui pour les jeunes c'est que tout ce dont je vous parle n'est accessible qu'à une petite minorité. Moi je souhaite que au moins la moitié d'une classe d'âge  à échéance de quelques années, la moitié d'une classe d'âge en France puisse aller étudier si elle le souhaite dans un autre pays européen, puisse se frotter à une autre culture que la culture française, puisse apprendre une autre langue en étant en immersion dans un pays européen que ce soit l'Allemagne, la Grande-Bretagne,  l'Italie, l'Espagne, l'Autriche ou tout autre pays européen.

C'est ça que nous devons faire avancer. Et le vote des jeunes de ce point de vue là est absolument décisif parce que leur mot pèsera dans les décisions euro péennes.


La nomination du Président de la Commission européenne n'est-elle pas jouée d'avance ?

La nomination du président de la commission européenne est quelque chose qui n'est pas assuré ni dans un sens ni dans l'autre. Et je tiens à dire que ça respecte un processus démocratique, que rien n'est gagné à l'avance. La nomination du président, et la commission européenne dans son ensemble, dépendra de l'issue des élections du 7 juin prochain suivant que la gauche sera majoritaire ou que le Parti populaire européen sera majoritaire, vous n'aurez pas la même commission et sans doute pas le même président de la Commission. Donc ne disons pas que tout est joué d'avance parce sinon effectivement les électeurs diront  "c'est pas la peine qu'on se déplace". Moi je dis que leur vote pèsera sur la définition de la composition de la commission.


Avez-vous été nommé pour renforcer le couple franco-allemand ?

Je crois que l'essentiel c'est pas de savoir pourquoi j'ai été nommé, l'essentiel c'est de savoir ce que je peux faire à ma place avec Bernard Kouchner, avec le Premier ministre, avec le président de la République, pour renforcer l'intégration européenne et fixer un cap politique clair à l'Europe parce que je crois que l'Europe a besoin de savoir où elle veut aller. Et de se fixer une ligne politique claire. Après on est d'accord, on n'est pas d'accord, c'est le jeu démocratique et on choisit en fonction de cette ligne politique mais, au moins, qu'elle soit claire. Et dans cette ligne politique, moi j'ai toujours défendu l'idée d'un renforcement de la relation entre la France et l'Allemagne.

Pourquoi ? Parce ce sont les deux plus grands Etats de l'Union européenne, parce que ce sont deux partenaires commerciaux majeurs et parce qu'ils ont une histoire particulière qui était une histoire de guerre et qui est devenue une histoire de paix. Et que ça leur donne une responsabilité tout à fait singulière dans la construction européenne.

Je pense donc que lorsque la France et l'Allemagne se mettent d'accord sur les projets politiques, se mettent d'accord sur une ligne politique pour l'Europe lorsque par exemple ils disent il faut de la régulation financière dans le monde de demain, le résultat c'est que cette ligne politique s'applique, c'est que les décisions qui sont prises ensemble par la France et par l'Allemagne au profit de l'ensemble des Etats de l'UE s'appliquent et deviennent des réalités.

Je reprends cet exemple de la régulation financière. Quand nous sommes arrivés à réunion du G20 à londres. Quand vous arrivez à la table où autour de cette table vous avez la Chine, grande puissance de demain, les Etats-Unis, première puissance mondiale, tout un nombre de pays émergents qui joueront demain les premiers rôles dans la vie internationale. Soit la France et l'Allemagne parlent d'une seule voix et disent "il faut de la régulation financière, il faut supprimer les paradis fiscaux, il faut mieux encadrer les Hedge funds, il faut réviser les agences de notation financière, et dans ce cas là vous avez de la régulation financière.

Soit la France et l'Allemagne ne sont pas d'accord, n'arrivent pas à être une force d'impulsion, et il ne se passe rien et il n'y a pas de régulation financière. Donc vous voyez c'est dans l'intérêt non seulement des deux Etats évidemment mais surtout dans l'intérêt de l'Europe politique que nous voulons d'avoir la France et l'Allemagne qui parlent d'une seule voix et qui avancent main dans la main. Et c'est le cas aujourd'hui, je peux vous le dire, avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui ont fait de ce couple franco-allemand, un couple exemplaire


Traité de Lisbonne : quelles seraient les conséquences d'un deuxième refus irlandais ?

Je crois que tout le monde, au moins ceux qui pratiquent l'Europe au quotidien, qui en sont responsables politiquement, voient que nous avons besoin d'institutions plus simples, plus permanentes et plus efficaces. Le traité de Lisbonne remplit ces trois conditions : c'est plus simple, c'est plus lisible, c'est plus efficace. Tout le monde comprend qu'il existe un intérêt général européen, au-delà des intérêts nationaux, et que cet intérêt général européen dicte que nous ayons à disposition du fonctionnement quotidien de l'Europe les nouvelles institutions prévues par le traité de Lisbonne. Nous avons besoin d'un ministre des Affaires étrangères européen. On le voit par exemple à l'occasion de la conférence de Durban qui a lieu aujourd'hui, conférence contre le racisme. Je pense qu'il serait plus simple d'avoir un ministre des Affaires étrangères européen qui puisse défendre une position européenne à cette conférence, qui traite d'un sujet majeur, qui répond vraiment aux valeurs essentielles de l'Europe. La lutte contre le racisme est au coeur de l'engagement politique européen.

Nous avons besoin, on le voit aussi face à la crise économique actuelle, d'avoir un président du Conseil européen stable, qui soit là pour deux ans et demi, pas simplement pour six mois, mais qui pendant deux ans et demi puisse gérer la crise économique, puisse accompagner les décisions des chefs d'Etat, puisse aller encore plus loin. Tout cela est prévu dans le traité de Lisbonne, ne nous privons pas des facilités qui sont prévues par ce traité. Je n'envisage pas que ce traité ne soit pas adopté dans les mois à venir.


Quelle est votre position concernant l'adhésion de la Turquie à l'UE ?


La Turquie est un grand pays, ami, allié, et un partenaire commercial essentiel. C'est un pays qui joue un rôle majeur dans la stabilité au Proche et au Moyen-Orient. Et nous avons avec ce pays ami et allié des relations qui sont fortes. Je recevrai d'ailleurs cette semaine le ministre d'Etat turc qui sera en visite à Paris et je lui dirai à nouveau à quel point nous souhaitons renforcer nos relations avec la Turquie, à l'échelle bilatérale comme à l'échelle européenne. Mais je veux ajouter que nous devons nous mettre d'accord, une fois encore, je le répète, sur le projet politique européen. Quel est notre projet politique européen ? Est-ce que c'est d'élargir sans cesse, en se disant "on va intégrer toujours plus de monde, toujours plus de populations, toujours plus de territoires", quitte à ce que nous ne soyons pas une force politique, ou est-ce que c'est au contraire "nous allons renforcer nos institutions, renforcer notre travail en commun, définir des politiques communes, et devenir une véritable force politique qui pèse dans le monde de demain" ?

Le choix de la majorité, et mon choix personnel, est très clair, c'est la deuxième option : le renforcement de l'Europe politique. Ce renforcement de l'Europe politique  n'est pas compatible avec l'élargissement à de nouveaux grands Etats comme la Turquie. C'est pour cela que nous ne sommes pas favorables à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Ce n'est pas au nom de la Turquie, c'est au nom du projet politique que nous défendons pour l'Union européenne.


Quitterez-vous vos fonctions pour faire campagne aux prochaines élections régionales ?

Je ne quitterai pas mes fonctions pour faire campagne aux élections régionales en Haute-Normandie. En revanche, ce que je peux vous annoncer, c'est que je prendrai évidemment mes responsabilités, et j'ai toujours estimé que l'on ne faisait bien qu'une chose à la fois. Si les électeurs de Haute-Normandie me faisaient confiance et me portaient à la présidence de la région Haute-Normandie, pour laquelle j'ai de grandes ambitions, je renoncerais effectivement à un poste ministériel puisque je crois que l'on ne peut pas faire bien deux choses à la fois : on ne peut pas être président d'une région, donner tout son enthousiasme, toute sa volonté à la région Haute-Normandie, ce qui est mon choix, ce qui est mon projet, et en même temps conserver une fonction ministérielle.

c'est l'un ou l'autre, et si les électeurs me faisaient confiance l'année prochaine, en mars 2010, je serais ravi de me consacrer à 1000 % à la région Haute-Normandie.