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Brexit : Britanniques et Européens se préparent au bras de fer

Actualité 27.04.2017

Samedi 29 avril, les dirigeants européens se rencontrent à Bruxelles pour discuter et officialiser leur position commune en vue des négociations sur le Brexit. Constants et unis depuis le premier jour, les Etats membres semblent prêts à l'âpre confrontation à venir. De son côté, Theresa May a fait le choix de déclencher des élections législatives anticipées pour renforcer ses marges de manœuvre politiques.

Theresa May et Jean-Claude Juncker, le 26 avril 2017 à Londres

Mardi 18 avril, dans une rare allocution solennelle devant le 10 Downing Street, la Première ministre Theresa May a pris l'ensemble des observateurs britanniques et internationaux par surprise en annonçant vouloir organiser des élections législatives anticipées, et ce dès le 8 juin. Une possibilité jusqu'à présent systématiquement écartée par Mme May et qui a sans difficulté été approuvée par l'écrasante majorité de la Chambre des communes.

Elections anticipées : victoire annoncée pour Theresa May

Naturellement, alors que l'article 50 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) prévoyant la sortie d'un Etat membre de l'UE a été déclenché et que les négociations sont prêtes à démarrer, la décision de la dirigeante britannique n'a rien d'anodine. Cette dernière est d'ailleurs motivée par les dissensions survenues au sein des deux chambres du Parlement britannique lors de l'adoption, en février, du texte de loi donnant mandat au gouvernement pour préparer la sortie du pays de l'Europe.

L'objectif de Mme May est dès lors d'accroître sa majorité à Westminster, qui n'est à l'heure actuelle que de 330 sièges sur 650, et donc de renforcer son autorité par le biais des urnes. Ayant pris la succession de David Cameron en juillet 2016, elle n'avait en effet pas conduit elle-même les élections législatives de mai 2015 remportées par le Parti conservateur.

Et sur sa route, la Première ministre ne devrait pas avoir à faire face à une opposition très puissante. Crédités d'environ 50% des suffrages, les Tories devancent en effet très largement le Parti travailliste, actuellement dirigé par Jeremy Corbyn. Contesté en interne pour son positionnement très à gauche et pour son manque de combativité lors de la campagne référendaire, ce dernier est appelé à conduire le Labour vers une défaite cinglante. Seuls 15% des Britanniques estiment que M. Corbyn ferait "le meilleur Premier ministre". Un chiffre qui ne grimpe qu'à 30% parmi les sympathisants travaillistes.

Au fond, seule une lassitude des électeurs britanniques qui, en plus des élections générales de 2015 et du référendum de 2016 ont récemment eu à se prononcer lors d'élections locales, pourrait éventuellement porter préjudice à Theresa May. Plus que sa victoire, a priori acquise, le principal enjeu pourrait ainsi être les résultats en Ecosse. La nation constitutive du Royaume-Uni, par l'intermédiaire de sa Première ministre, l'indépendantiste Nicola Sturgeon, réclame en effet une nouvelle consultation d'autodétermination, en raison du Brexit. S'il est probable que Theresa May accède à cette demande, elle souhaiterait toutefois repousser cette échéance au maximum, de manière à ne pas interférer avec les négociations avec l'Union européenne.

Unité sans faille des Vingt-Sept

D'autant plus que ces dernières ont de fortes chances d'être houleuses. En atteste les nombreuses déclarations des deux parties depuis l'annonce du Brexit. Comme le relate le Financial Times dans une série d'articles publiés du 25 au 27 avril, les Européens font preuve, depuis le premier jour, d'une "unité" sans faille, de "transparence" dans leur méthode, et de "cohérence" dans leur positionnement.

Par l'intermédiaire de Donald Tusk, président du Conseil européen, de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, ou, plus récemment, de Michel Barnier, nommé chef des négociations, les Vingt-Sept n'ont eu de cesse de répéter qu'une discussion ne pourra commencer avant la notification de l'article 50, que rester dans le marché unique sans accepter les quatre libertés de circulation serait impossible et, plus généralement, que le Royaume-Uni ne pourra avoir les mêmes droits qu'un Etat membre. Invités à Londres le 26 avril par Theresa May, MM. Juncker et Barnier l'ont résumé : les Britanniques ne pourront avoir "le beurre et l'argent du beurre".

Très rapidement en ordre de marche – M. Barnier a été nommé dès le 27 juillet 2016, soit un mois après le référendum britannique – les Européens ont ainsi largement déterminé les prises de position du gouvernement de Theresa May. Ne pouvant reculer sur les questions migratoires, la Première ministre a logiquement assumé le renoncement au marché unique, synonyme de "hard Brexit". Par ailleurs, la volonté de Mme May de mener de front les négociations de sortie et celles relatives à la future coopération entre son pays et l'UE s'est jusqu'à présent retrouvée face à un mur. Depuis le Bundestag le 27 avril, Angela Merkel l'a à nouveau affirmé : la chronologie de la procédure du Brexit est "irréversible", et les futures relations UE-Royaume-Uni ne seront abordées que lorsque les négociations de sortie auront été traitées de "manière satisfaisante".

Deux années de discussions ne seront à cet égard probablement pas de trop tant les pierres d'achoppement paraissent nombreuses. Parmi les plus importantes figure la protection des citoyens européens établis au Royaume-Uni. Les Vingt-Sept ont fait de cette question leur première priorité, à la faveur notamment des complications administratives auxquels les résidents communautaires font actuellement face pour pérenniser leur situation dans le pays. Le gouvernement britannique s'est défendu de recourir à une telle manœuvre, mais la lettre envoyée n'a pas satisfait la "taskforce" européenne. L'une de ses membres, l'eurodéputée néerlandaise Sophie In't Veld, étant même jusqu'à déclarer que les explications étaient "n'importe quoi".

Et à cela s'ajoute évidemment le montant de la facture que l'Europe enverra à Londres pour solde de tout compte et qui devrait s'élever à environ 60 milliards d'euros en raison notamment de l'engagement du Royaume-Uni dans le budget pluriannuel de l'Union courant jusqu'à 2020. Philip Hammond, ministre britannique des Finances, a d'ores et déjà précisé ne pas "reconnaître" cette somme.

Le bras de fer ne fait donc que commencer entre les Britanniques et les Européens. Et ce n'est pas le sommet du 29 avril qui devrait résoudre le moindre différend. Theresa May n'y est pas conviée et le face à face véritable a été repoussé à après les élections anticipées du 8 juin.

 

Par Jules Lastennet